Municipales 2026 : le RN franchit un cap vers l'implantation locale avant 2027
Municipales : le RN progresse vers l'implantation locale

Un premier tour sans défaite amère pour le Rassemblement national

Nul triomphe retentissant, mais point de défaite amère non plus comme il y a six ans. Pour ce premier tour des élections municipales, scrutin réputé le plus délicat pour le Rassemblement national, le mouvement de Marine Le Pen peut s'enorgueillir d'avoir franchi une étape cruciale dans son rêve d'implantation locale. Cette progression intervient à un an de la présidentielle de 2027, avec la perspective tangible de conquérir de nouvelles mairies et de consolider son ancrage territorial.

Les félicitations de Jordan Bardella et les consignes pour le second tour

Le président du RN, Jordan Bardella, s'est félicité peu après 20 heures de la réélection dès le premier tour de plusieurs candidats nationalistes. Depuis Beaucaire, dans le Gard, ville choisie pour passer la soirée électorale, il a déclaré : « Les Français ont exprimé leur volonté avec clarté et ce soir encore une aspiration profonde au changement. » Il a ensuite donné les consignes pour le second tour : « Lorsque nous sommes qualifiés pour le second tour, nous nous maintiendrons. Partout où le contexte local le permet, le Rassemblement national tend la main aux listes de droite sincères, aux listes indépendantes. » Avec un objectif clair : « Partout où cela sera nécessaire, empêchez la victoire de l'extrême gauche. » Ces déclarations ouvrent la voie à de potentielles fusions de listes et alliances locales.

Premier objectif : conserver et conforter les bastions existants

Si l'état-major du parti à la flamme s'est montré discret sur ses ambitions chiffrées, plusieurs objectifs cadres étaient identifiés. Le premier : conserver et conforter la dizaine de communes battant déjà pavillon RN, avec Perpignan en tête. Pari réussi pour Louis Aliot qui, avec un peu plus de 50 % des suffrages selon les estimations, a été réélu dans la cité des Pyrénées-Orientales, à quelques voix près dès le premier tour. Sans surprise, les maires RN d'Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais) – avec 78 % des voix – de Moissac (Tarn-et-Garonne), du Pontet (Vaucluse) ou de Hayange (Moselle) sont, eux aussi, réélus dès le 1er tour. Malgré plusieurs mises en cause judiciaires, David Rachline, à Fréjus dans le Var, repart lui aussi pour un nouveau mandat avec 51,3 % des voix selon les premières estimations. En revanche, à Villers-Cotterêts (Aisne), la candidate Gaëlle Lefèvre devra affronter un second tour pour conserver la ville sous les couleurs du parti.

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Deuxième objectif : conquérir de nouvelles communes

Le second objectif du parti à la flamme était de conquérir de nouvelles communes. Parmi elles, la ville de Toulon, 180 000 habitants dans le Var, où Laure Lavalette est arrivée en tête avec 41,3 % des suffrages. Elle pourrait cependant faire face à un second tour délicat en cas de « front républicain » contre sa candidature ou d'une fusion des deux listes de droite concurrentes. À Marseille, dans les Bouches-du-Rhône, le candidat RN Franck Allisio se qualifie au second tour, devancé par le maire socialiste sortant, Benoît Payan, avec 35 % des suffrages. Cette situation ouvre la voie à un second tour insondable et imprévisible.

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Les ambitions pour Nice et les villes moyennes

Au-delà des villes à haute charge symbolique, le RN nourrissait de grandes ambitions pour Nice, dans les Alpes-Maritimes, où se présentait leur allié Éric Ciotti. Arrivé largement en tête au premier tour avec plus de 42 % des voix, plus de dix points devant son ancien mentor Christian Estrosi, le patron de l'Union des droites pour la République (UDR) est favori pour emporter la ville dimanche prochain. Mais c'est surtout dans les villes moyennes, de 30 000 à 70 000 habitants, où le RN a enregistré plus de 40 % des voix aux européennes et aux législatives, que Marine Le Pen et Jordan Bardella visaient le plus de conquêtes. Par exemple, à Menton (Alpes-Maritimes), la candidate Alexandra Masson est arrivée en tête pour ravir à la droite « la perle de France ». À Draguignan, dans le Var, le député RN Philippe Schreck est aussi en position de force. Le député RN Nicolas Meizonnet a été élu dès le premier tour à Vauvert, dans le Gard. Le RN a également emporté dès le premier tour la commune de Tergnier, 12 000 habitants dans l'Aisne, et celle de Marne-Les Mines, 5 000 habitants, dans le Pas-de-Calais.

Troisième objectif : percer dans les grandes agglomérations

Troisième objectif mais non des moindres, le Rassemblement national espérait, grâce à ce scrutin, rompre le bannissement dont il faisait l'objet dans la plupart des grandes agglomérations du pays, Marseille mise à part. Ainsi, il tente de faire son entrée dans nombre de conseils municipaux et métropolitains. Tel devrait être le cas à Lille, dans le Nord, où l'eurodéputé Matthieu Vallet s'est qualifié au second tour avec 10 % des voix, selon les premières estimations.

Les enjeux du second tour et les perspectives futures

Si les potentiels accords de second tour, et l'existence ou non d'un « front républicain » contre les candidats nationalistes, détermineront pour beaucoup l'issue des élections municipales dimanche prochain, le RN peut d'ores et déjà se réjouir d'une certitude. Grâce à ces plus de 600 listes présentées, plus une centaine de listes adoubées, il devrait voir son nombre de conseillers municipaux sensiblement augmenter. Au lendemain des municipales de 2020, le parti ne comptait plus que 850 élus, loin des 2 500 récoltés au lendemain des municipales de 1995. Au-delà de pouvoir donner leurs parrainages au prochain candidat du RN pour la présidentielle, ces élus s'avéreront capitaux pour un tout autre scrutin, prévu en septembre prochain : les sénatoriales, avec l'objectif pour le parti à la flamme d'obtenir pour la première fois de son histoire un groupe au Palais du Luxembourg.