Municipales : le « ni-ni » stratégique de LR porte ses fruits dans les grandes villes
« Il existe une autre voie ! », s'est exclamé avec satisfaction Bruno Retailleau, ancien ministre de l'Intérieur et président des Républicains, au lendemain des élections municipales. Cette affirmation fait suite à des résultats qui, selon lui, démontrent que des « millions de Français » rejettent à la fois « le chaos social » de La France Insoumise et « le désordre budgétaire » du programme économique du Rassemblement national.
Une reconquête significative dans les bastions historiques
La stratégie du double refus – ni alliance avec LFI, ni main tendue au RN – a permis aux Républicains d'effectuer un retour remarqué dans plusieurs grandes villes dont ils étaient pratiquement absents depuis six ans. Parmi les succès notables figurent la reconquête de municipalités traditionnellement ancrées à gauche comme Clermont-Ferrand, Brest, Limoges, Besançon et même Tulle, le fief de l'ancien président socialiste François Hollande.
François-Xavier Bellamy, vice-président du parti, n'a pas manqué de tacler les socialistes en déclarant : « Les socialistes auront eu à la fois le déshonneur et la défaite », faisant référence aux « accords de la honte » entre la gauche et LFI qu'il a dénoncés tout au long de la campagne.
Des victoires qui compensent les déceptions
Ces gains viennent atténuer la déception de la perte de Nîmes, la plus grande ville que la droite avait conservée après la débâcle d'il y a cinq ans, cette fois-ci remportée par le communiste Vincent Bouget. Cependant, LR a été privé de victoires emblématiques qui auraient pu confirmer la « vague bleue » espérée par Bruno Retailleau pour renforcer sa candidature à la présidentielle, lancée il y a un peu plus d'un mois.
À Paris, Rachida Dati a été battue par le socialiste Emmanuel Grégoire. À Lyon, Jean-Michel Aulas a été devancé de justesse par le sortant écologiste Grégory Doucet, allié à LFI. À Marseille, Martine Vassal s'est retrouvée à seulement 5% des voix.
La droite se présente comme « première force locale »
Malgré ces revers, Bruno Retailleau a insisté sur le statut de son parti : « Nous sommes toujours et plus que jamais, la première force politique locale de France ». Il a mis en avant les nombreuses victoires remportées dans « cette France qui n'est plus regardée, celle des villes moyennes et des communes rurales ».
Face au RN dont le président Jordan Bardella a multiplié les appels à la droite et à ses électeurs pendant l'entre-deux-tours, Les Républicains ont adopté une ligne ferme en menaçant d'exclusion les membres qui auraient fait alliance avec l'extrême droite, comme ce fut le cas à Reims, Brie-Comte-Robert ou Draguignan.
Le cas particulier de Nice et les perspectives présidentielles
La situation à Nice reste problématique pour LR, où l'ancien président du parti Éric Ciotti, allié au Rassemblement national, a conquis la cinquième ville de France aux dépens du sortant Christian Estrosi (Horizons), pourtant officiellement soutenu par LR. Trois jours avant le scrutin, Bruno Retailleau avait provoqué un tollé en refusant d'appeler à voter pour Estrosi, laissant les Niçois voter « en leur âme et conscience ».
La question qui se pose désormais est de savoir si ces victoires locales renforceront la dynamique de Bruno Retailleau dans la course à l'Élysée, face à ses rivaux qui plaident pour une primaire ouverte. Laurent Wauquiez, patron des députés LR, a lancé un « appel au rassemblement de la droite derrière un candidat unique et autour de convictions de droite communes ». David Lisnard, maire de Cannes et lui aussi candidat potentiel, a plaidé pour une primaire, avertissant que « ne pas l'organiser, dans un contexte qui s'annonce si favorable, serait une faute lourde au regard des enjeux pour la France ».



