Municipales en Dordogne : entre traditions et rivalités politiques
Après le premier tour des élections municipales et avant le second, le personnel politique périgordin n'a pas été avare en bons mots, piques mesquines, gaffes et loupés. La campagne électorale révèle des pratiques locales ancrées et des stratégies parfois surprenantes.
Le casse-croûte républicain de Pressignac-Vicq
À Pressignac-Vicq, la sacro-sainte tradition du casse-croûte républicain a une nouvelle fois été respectée dimanche 15 mars, à l'occasion du premier tour des municipales. Ici, les joutes politiques n'ont jamais empêché les candidats de s'asseoir à la même table pour manger et boire un coup. Pour l'occasion, le maire sortant Benoît Bourla, qui ne se représentait pas, avait sorti l'artillerie lourde : une bouteille de 5 litres de gros rouge. Et comme le veut la tradition, l'autre liste candidate avait aussi ramené sa quille.
Mauvaise nouvelle, en revanche, il n'y aura pas de seconde tournée, puisque Cédric Salem a emporté le scrutin avec 62 % des voix, évitant ainsi un second tour.
Les joutes 2.0 sur les réseaux sociaux
Les municipales, ça se passe aussi sur les réseaux sociaux. Notamment pour Nicolas Platon et Philippe Chotard, candidats à la mairie de Ribérac. Leur dernière joute 2.0 en date, sur Facebook, concerne un débat radiophonique d'entre-deux-tours, le premier accusant le second de ne pas vouloir y prendre part.
Faux, rétorque Philippe Chotard qui précise avoir « décliné la proposition faite dans l'urgence par Ici Périgord » pour un débat entre les candidats ribéracois, mercredi 18 mars au matin, mais pas celle de Liberté FM. Cette rencontre sur les ondes aura lieu ce jeudi 19 mars entre 13 et 14 heures, ce qui permettra à Franck Blanchardie, troisième prétendant au siège de maire dans cette ville, de tenir sa réunion publique le même jour à 19 heures.
Les affabilités stratégiques à Périgueux
Depuis quelques mois, le maire sortant de Périgueux, Émeric Lavitola et celui qui l'a précédé de 2014 à 2020, Antoine Audi, multiplient les assauts d'amabilité. Les rudes attaques qui ont émaillé le mandat qui se termine ont laissé la place à des sourires et autres affabilités.
Dernier exemple en date, dimanche 15 mars, où le dépouillement a été l'occasion de les voir s'échanger des sourires entendus. Étonnant ? Pas tant que ça car l'un et l'autre ont le même adversaire : Michel Cadet. Et il en va en politique comme en relations internationales : l'ennemi de mon ennemi est mon ami.
Le retrait stratégique d'Antoine Audi
Arrivé derrière Michel Cadet au premier tour à Périgueux, Antoine Audi a choisi de retirer sa liste pour le second. Autrement dit, ne pas reproduire le schéma de 2020 où le maintien des listes de droite et du centre leur avait coûté l'élection face à une gauche unie.
Mais les inimitiés étant d'autant plus dures que l'orgueil est meurtri, Antoine Audi n'a pu se résoudre à appeler à voter pour son voisin sur les bancs de l'opposition. Son communiqué en témoigne, qui ne dit mot d'un vote en faveur de Michel Cadet. À part ça, la grande famille gaulliste est soudée comme jamais.
L'éclatement des listes et les prises de position
À peine Antoine Audi annonçait qu'il retirait sa liste que cette dernière a volé en éclats. Chaque entité qui la compose a repris ses billes. Par exemple, le candidat de l'Union des démocrates et indépendants a indiqué, qu'à titre personnel, il ne voterait pas à gauche.
À l'autre bout du spectre, son représentant de Démocrates et Progressistes a annoncé qu'il prenait position en faveur d'Émeric Lavitola. Idem pour l'ancien représentant des macronistes en Dordogne et actuel conseiller municipal d'opposition, Dominique Gaschard. Reste l'ex-député macroniste Philippe Chassaing. Lundi soir, il devait entrer en conclave pour arrêter une position. Et depuis ? Rien. Au centre, ne pas prendre position est une prise de position en soi.
Les contorsions de la gauche à Périgueux
À Périgueux, les contorsions de la droite ont leur équivalent à gauche, où Émeric Lavitola a choisi de ne pas saisir la main tendue par le candidat LFI battu au premier tour. Cette position du socialiste aurait été prise en concertation avec les autres entités de sa liste, notamment le Parti communiste et l'Après.
Le PC qui se réunissait lundi soir a botté en touche : « Partout où ce sera possible, nous continuerons à travailler au rassemblement des forces de gauche. » À l'Après, pourtant très à gauche, le communiqué ne dit mot de LFI. Mais il faut dire que le microparti regroupe les déçus du mélenchonisme. À Périgueux, le Nouveau Front populaire est bien mort et enterré.
Les déménagements des maires battus
Les premiers des nouveaux maires seront officiellement investis vendredi 20 mars. Ce qui laisse peu de temps à leur prédécesseur pour faire place nette, surtout si ces derniers comptaient prolonger le bail. Exemple à Saint-Astier, où la maire battue Élisabeth Marty a posté sur les réseaux sociaux une photo de son bureau avec ce commentaire : « Je vais bien, je déménage avec une équipe toujours au top. » Elle embarque dans ses cartons ses affaires personnelles et son projet d'adhésion au Grand Périgueux.
L'alternance à Trélissac
« J'ai vu des employés municipaux pleurer […], je veux les rassurer. On ne va pas faire la révolution », s'est empressé de déclarer Éric Fallous, élu à Trélissac, sur les ondes de nos confrères d'Ici Périgord. L'ancien macroniste a battu Olivier Georgiadès et, plus globalement, le Parti communiste, qui avait la mainmise sur la commune depuis 1977, et les mandats successifs de Michel Grandou et Francis Colbac.
« On a une administration qui n'a jamais connu d'alternance », a rappelé Éric Fallous. À une époque, certains s'inquiétaient de voir les chars soviétiques débouler avec les communistes. Au moment de partir, Olivier Georgiadès, Monsieur mobilités de l'Agglo du Grand Périgueux, devrait préférer le vélo.
Le carton rouge de Bergerac
À Bergerac, le geste violent d'un joueur de football de l'US La Catte pendant un match fait les affaires de l'équipe du maire sortant, Jonathan Prioleaud. En effet, Laurent Peslerbe, qui a pris la coprésidence du club cette année, est aussi sur la liste de son premier opposant et favori du premier tour, le socialiste Fabien Ruet.
Il n'en fallait pas plus aux plus ardents soutiens du premier magistrat pour décocher quelques flèches empoisonnées sur les réseaux et sortir le carton rouge. Au foot comme en politique, il faut savoir tirer profit de toutes les opportunités, surtout quand on est devancé en seconde mi-temps.



