Un revers politique majeur pour la présidente du Conseil italien
Plus de trois ans après son accession à la présidence du Conseil italien en octobre 2022, une éternité dans un pays habitué à une instabilité politique chronique, Giorgia Meloni vient de connaître un revers majeur et inattendu. Elle paraissait invincible, mais la cheffe de gouvernement a perdu sèchement le référendum organisé dimanche et lundi à son initiative. Les Italiens étaient appelés à se prononcer sur une réforme de la gouvernance de la magistrature, un texte qui impliquait de modifier la Constitution.
Un rejet sans appel des électeurs italiens
Giorgia Meloni présentait cette réforme comme indispensable pour garantir l’impartialité des juges. Cependant, les électeurs, nombreux à se déplacer, ont dit non à une nette majorité de 53,7 %. Ce rejet sans appel constitue le premier faux pas, politiquement parlant, de celle qui, jusque-là, impressionnait par son habileté dans l’exercice du pouvoir. Il ne faut pas en surestimer l’impact immédiat : Giorgia Meloni ne démissionnera pas, elle reste assez populaire dans les sondages, et son gouvernement de coalition entre la droite et l’extrême droite devrait aller jusqu’au terme de la mandature, prévu en septembre 2027, battant ainsi un record de longévité.
Un échec cuisant pour une populiste
Il n’en reste pas moins que ce désaveu est un échec cuisant pour une populiste, car il vient directement du peuple. Les Italiens ont exprimé leur attachement profond à la Constitution et n’ont pas suivi l’exécutif dans ses diatribes contre les « juges rouges », comparés, dans certains discours enflammés, à un « peloton d’exécution ». Ce résultat montre que les attaques polémiques et outrancières contre l’État de droit peuvent se retourner contre leurs initiateurs.
La résilience de l’État de droit en Europe
On pense souvent que l’État de droit est fragile, et il l’est effectivement. Mais l’actualité récente démontre aussi qu’il est plus soutenu et solide qu’on ne le croit. En avril dernier, le meeting organisé par Marine Le Pen pour protester contre sa condamnation avait viré au flop retentissant. Cet automne, sondés sur la peine de prison prononcée contre Nicolas Sarkozy, les Français jugeaient en majorité cette décision « impartiale ». Une majorité plus nette encore, les trois quarts des interrogés, se disait « choquée » par les menaces visant la présidente du tribunal. Les populistes tiennent souvent pour acquis que les attaques contre l’État de droit bénéficient des faveurs de l’opinion publique, mais les faits, heureusement, sont moins formels et plus nuancés.
Une leçon politique à méditer
La mise en cause du travail de la justice peut s’avérer à double tranchant, surtout lorsqu’elle est menée de manière polémique et excessive. Giorgia Meloni vient de l’apprendre à ses dépens, dans un contexte où sa longévité au pouvoir semblait acquise. Ce référendum rappelle que, même dans un pays marqué par l’instabilité, les institutions et la Constitution conservent une légitimité aux yeux des citoyens. Il faut se méfier des analyses hâtives qui enterrent trop vite les leaders populistes, comme on a pu le voir avec Donald Trump, dont on adore annoncer la chute depuis une décennie sans que cela ne se matérialise pleinement. Toutefois, cet épisode illustre que la défense de l’État de droit reste un enjeu crucial et partagé au-delà des clivages politiques traditionnels.



