Levallois-Perret : une campagne municipale sous haute tension
À Levallois-Perret, la politique dépasse largement la simple gestion municipale pour se transformer en véritable sport de combat. À quelques semaines des élections municipales, l'atmosphère est électrique dans cette ville la plus dense de France. Derrière les débats classiques sur la place de la voiture et le manque de logements, se joue un affrontement historique entre les héritiers d'un clan et ceux qui veulent tourner définitivement la page.
L'héritière face au fantôme de l'ère Balkany
Dans son grand bureau aux plafonds vertigineux, Agnès Pottier-Dumas affiche une sérénité calculée. La maire sortante (Les Républicains), qui avait succédé en 2020 à Patrick Balkany alors incarcéré, mène une campagne qu'elle qualifie de « beaucoup plus fluide ». Loin du « grand saut » dans le vide de ses débuts, elle observe avec distance l'agitation ambiante.
Devenue maire en rompant avec le folklore baroque de l'ère Balkany, Agnès Pottier-Dumas assume pleinement son approche technocratique du pouvoir. « À mon arrivée, j'ai dû faire face à une machine administrative en mutation », explique-t-elle pour justifier d'avoir consacré ses trois premières années à une refonte interne plutôt qu'aux apparitions publiques.
Le sésame du désendettement et la nouvelle politique urbaine
Préférant la rigueur des bilans comptables aux effusions de la politique de proximité, la maire défend son action chiffres à l'appui. La dette, qui avait autrefois culminé à 700 millions d'euros, est passée sous la barre des 300 millions. « On est à 280 millions d'euros », précise-t-elle, revendiquant une baisse de 40 millions sur son seul mandat.
Ce retour en grâce auprès des marchés a permis de relancer le chantier de l'école Anatole-France, un projet à 40 millions d'euros en sommeil depuis 2014. Agnès Pottier-Dumas se targue également d'avoir mis un coup d'arrêt à la « bétonisation frénétique », avec une révision du Plan local d'urbanisme qui abaisse les hauteurs maximales et impose davantage d'espaces verts.
Lies Messatfa, le challenger offensif
Mais ce tableau d'une ville apaisée et bien gérée n'est pour ses adversaires qu'un ravalement de façade. Lies Messatfa, fort de ses 41% aux élections départementales, mène une campagne offensive. Il accuse la maire sortante d'avoir augmenté les impôts, dégradé les finances et la sécurité, mais surtout de faire perdurer les méthodes troubles de l'ancien système.
Le challenger soutenu par Renaissance promet un grand coup de balai. Il entend miser sur la haute technologie, avec l'objectif de faire de Levallois la première ville à 100% sous vidéosurveillance grâce à « 320 caméras 5G et de l'intelligence artificielle ». Sur l'urbanisme, il propose un tarif de parking « petit rouleur » pour inciter les habitants à garer leurs véhicules en sous-sol.
Baptiste Nouguier, la vigie de gauche
Au milieu de ce feu croisé, Baptiste Nouguier, à la tête d'une liste d'union (PS, Place publique, Écologistes, PCF), veut peser sur les politiques à venir. Si le candidat reconnaît une certaine clarification financière depuis le départ des Balkany, il dénonce l'autoritarisme persistant de la maire et son manque d'ambition écologique.
Sa proposition phare est de réduire les voies de circulation sur la rue du Président-Wilson pour élargir les trottoirs, aménager des pistes cyclables et rendre la ville aux piétons. Le candidat de gauche a déjà obtenu une victoire significative devant le juge administratif, avec l'annulation de la vente du square Deguingand.
Le vieux lion et la liste de l'ombre
Le tableau ne serait pas complet sans évoquer la liste patronnée par Patrick Balkany. Après l'éviction de Jérôme Gauliard, le vieux lion a choisi Mounia Inoughi pour reprendre le flambeau. L'ancienne cadre promet de redynamiser les commerces via une foncière municipale et de rendre son « âme » à Levallois.
Mais ses adversaires ne voient dans cette candidature téléguidée qu'un « feuilleton loufoque », selon Baptiste Nouguier. Pour Lies Messatfa, cette candidature « réduit la campagne à une simple revanche entre la maire sortante et son ex-mentor ».
Un référendum historique pour Levallois
Tourner définitivement la page de l'ère Balkany ou la rouvrir, c'est bien là l'enjeu de ce scrutin à couteaux tirés. Dans une ville où les ambitions et les trahisons sont monnaie courante, les 15 et 22 mars ne seront pas une simple élection municipale, mais un véritable référendum historique sur l'avenir de Levallois-Perret.
Entre la maire sortante qui défend sa gestion rigoureuse, le challenger qui promet une révolution technologique, le socialiste qui veut imposer une vision écologique et l'ombre persistante de Patrick Balkany, les Levalloisiens ont devant eux un choix crucial. Le verdict appartient désormais aux électeurs, qui décideront si leur ville doit définitivement tourner la page ou rester prisonnière de son passé.



