Bulgarie : Élections législatives sous le signe du changement et de la lutte anticorruption
Élections en Bulgarie : Radev favori pour un changement

Les Bulgares aux urnes pour la huitième fois en cinq ans

Les bureaux de vote ont ouvert ce dimanche matin en Bulgarie pour des élections législatives cruciales, marquées par une forte volonté de changement face à la corruption endémique et la montée en puissance de l'ancien président Roumen Radev. Les électeurs se rendent aux urnes pour la huitième fois en seulement cinq ans, partagés entre une certaine lassitude et l'espoir de voir Radev, devenu le grand favori, former le prochain gouvernement et tenir ses promesses de lutte anticorruption.

Un scrutin dans un contexte de crise politique persistante

Les bureaux ont ouvert à 7 heures locales (4 heures GMT) pour cette élection législative et devraient fermer à 20 heures locales (17 heures GMT). Les premières estimations sorties des urnes sont attendues immédiatement après la fermeture. Le pays balkanique, qui reste le plus pauvre de l'Union européenne, traverse une crise politique profonde depuis 2021, lorsque de vastes manifestations anticorruption ont provoqué la chute du conservateur Boïko Borissov, au pouvoir pendant près d'une décennie.

Depuis cette période, de fragiles coalitions se sont succédé sans parvenir à stabiliser durablement la situation politique. Roumen Radev, âgé de 62 ans, a fait de la lutte contre la corruption son cheval de bataille, promettant de démanteler ce qu'il appelle « le modèle oligarchique de gouvernance ». L'ancien président, qui a dirigé l'État entre 2017 et 2026, a démissionné en janvier dernier pour pouvoir se présenter directement à ces législatives, soutenant ouvertement les manifestants anticorruption fin 2025.

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Les positions controversées de Radev sur la scène internationale

Roumen Radev se distingue également par des positions diplomatiques qui suscitent des débats. Il est favorable à la réouverture du dialogue avec la Russie, ce qui lui vaut des accusations de proximité avec Vladimir Poutine. Critique affirmé de la politique énergétique de l'Union européenne, cet ancien général de l'armée de l'air partage, concernant l'envoi d'armes à l'Ukraine, les positions de la Hongrie et de la Slovaquie.

« Je ne vois pas l'intérêt pour mon pays, pauvre, de payer », a-t-il déclaré, tout en précisant qu'il n'imposerait pas de veto à Bruxelles, conscient des avantages retirés par l'appartenance de son pays de 6,5 millions d'habitants au bloc européen depuis 2007.

Les forces politiques en présence

Dans ce nouveau scrutin, « Bulgarie progressiste », la formation de centre-gauche de Roumen Radev, est créditée d'environ 35% des intentions de vote, loin devant le GERB de Boïko Borissov (20%), tandis que les libéraux proeuropéens de PP-DB s'arrogent la troisième place. Boryana Dimitrova, de l'institut de sondage Alpha Research, constate que l'écart s'est creusé à mesure que les élections approchaient.

Elle s'attend « à une participation plus élevée qu'en 2024 », en raison de l'espoir de changement apporté par la candidature de Roumen Radev. Cet espoir est palpable parmi les électeurs, comme en témoigne Decho Kostadinov, 57 ans, qui déclare dans un bureau de vote : « Je vote pour le changement. Ces gens devraient partir, ils devraient rendre ce qu'ils ont volé et quitter la Bulgarie ».

La stratégie politique de Radev

Jeudi soir, lors d'un meeting devant plus de 10 000 personnes à Sofia, Roumen Radev a appelé à « resserrer les rangs » et présenté sa formation comme « une alternative à ce cartel pervers des vieux partis ». Il a affirmé qu'il ne formerait pas de majorité avec le parti représentant les minorités turque et rom de l'influent Delyan Peevski, sanctionné par les États-Unis et le Royaume-Uni pour corruption.

Radev vise la majorité absolue au parlement de 240 sièges et refuse également de gouverner avec le GERB, « parce qu'il est en désaccord sur la corruption ». Il ne ferme pas totalement la porte au PP-DB, mais ne partage pas sa vision « des enjeux géopolitiques », comme le souligne Boryana Dimitrova. Tout dépendra donc du nombre de partis qui franchiront la barre des 4% nécessaire pour entrer au parlement.

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Les perceptions des électeurs

Parmi les partisans de Radev, Lazar Lazarov, 28 ans, professeur de philosophie, explique : « Radev veut que la Bulgarie ait un avenir. Il a fait ses preuves comme président. C'est celui qui est le plus acceptable pour l'Union européenne, les États-Unis, la Russie et même pour la Chine ».

Face à cette montée en puissance, Boïko Borissov, 65 ans, dénie à son adversaire le statut d'« homme nouveau » et refuse de se voir accoler l'étiquette du « statu quo ». Lors d'un meeting mercredi soir, l'ex-pompier et garde du corps devenu maire de Sofia en 2005 a vanté les réalisations de son parti : « Le GERB a réalisé les rêves des années 1990 : rejoindre la zone euro et Schengen ».

La lutte contre les irrégularités électorales

Le manque de confiance dans le processus électoral pourrait peser sur la participation, tombée à seulement 39% lors du scrutin d'octobre 2024. Au cours des dernières semaines, la police a intensifié ses opérations et saisi plus d'un million d'euros, selon les autorités, destinés à inciter des électeurs à voter pour tel ou tel parti.

Des centaines de personnes ont été interpellées, dont des conseillers municipaux et des maires. Les différentes formations politiques ont appelé les Bulgares à se rendre massivement aux urnes pour limiter le poids de ces votes potentiellement achetés et assurer la légitimité du scrutin.