Montpon-Ménestérol : une élection municipale sous le signe de l'incertitude politique
Le scrutin municipal de Montpon-Ménestérol, en Dordogne, s'annonce particulièrement serré et imprévisible. Le duel traditionnel entre la maire sortante de gauche et son principal adversaire de droite pourrait être sérieusement perturbé par la présence d'une troisième liste, classée à l'extrême droite. Cette dernière pâtit cependant d'un handicap majeur : l'absence de soutien officiel du Rassemblement national (RN), pourtant bien implanté localement.
Le Rassemblement national rate une opportunité en Dordogne
Dans cette commune périgordine, fief de la députée RN Nadine Lechon, le parti n'est pas parvenu à monter sa propre liste municipale malgré plusieurs tentatives. Une situation qui interroge, alors que le potentiel électoral du RN y est indéniable : 56,5 % des voix lors de la présidentielle de 2022 et 61,6 % aux législatives de 2024. Pourtant, le parti refuse fermement de soutenir la liste d'extrême droite en lice, créant une division inattendue à droite.
Cette liste indépendante présente des documents de campagne sans logo RN, ni photos des figures nationales du parti comme Jordan Bardella ou Marine Le Pen. Un manque de visibilité qui risque de lui coûter cher, privant ses candidats de l'effet d'aubaine habituellement associé à l'étiquette frontiste. Cette inconnue conditionne toute l'élection : va-t-il y avoir une triangulaire au second tour ? La maire sortante divers gauche va-t-elle bénéficier de la dispersion des voix à droite ?
Rozenn Rouiller, une maire sortante fragilisée mais confiante
Trois équipes sont donc en lice pour ce scrutin. Rozenn Rouiller, conseillère municipale durant deux mandats, est devenue maire en 2020 au terme d'une triangulaire serrée, coiffant son suivant de seulement 84 bulletins avec 37,51 % des voix. Élue de peu, son mandat a été compliqué par des démissions au sein de son équipe et des critiques sur son management par des agents municipaux.
Pour cette campagne, elle mise sur la continuité de son action, avec l'engagement de ne pas augmenter la fiscalité locale. À moins d'une semaine du premier tour, elle reconnaît qu'une fragmentation de la droite pourrait lui profiter, notant avec malice « des sensibilités très proches » chez ses adversaires. Mais elle reste sceptique sur le potentiel de la liste d'extrême droite : « Vont-ils faire 10 % ou 50 % ? On verra bien, mais je ne crois pas que ce sera 50 %. Les gens font la différence entre les élections nationales et les élections locales. »
Pierre Marceteau, le challenger qui rêve d'alternance
Son principal concurrent est Pierre Marceteau, un ex-UMP de 33 ans qui a réussi à unir les oppositions montponnaises, auparavant divisées au sein du Conseil municipal. Il joue à fond la carte du renouveau, affirmant : « Rien ne se fait, rien ne se restaure, rien ne se construit. Aucune infrastructure marquante n'a émergé en vingt ans. »
Initialement inquiet de l'émergence du RN, il analyse désormais la liste d'extrême droite avec détachement : « Elle n'a pas le soutien du parti, personne ne les connaît et ceux qui les connaissent ne veulent pas en entendre parler. Ils avaient fait 60 voix en 2020 [65 voix précisément], ils vont faire pareil. » Il taclé également son meneur, Daniel Géry : « Il nous avait sollicités pour être sur notre liste, mais ses valeurs ne sont pas compatibles avec les nôtres. » Pierre Marceteau assure qu'il n'y aura aucun accord dans l'entre-deux-tours avec cette liste.
Daniel Géry, l'inconnu du scrutin
La liste d'extrême droite a connu des péripéties avant même le début de la campagne. Initialement menée par Jean-Michel Heurteur-Moulin, elle a été reprise par Jeannine Chouzenoux avant que Daniel Géry n'en hérite la première place. Zemmouriste de cœur et ancien mégretiste, son parcours politique n'est pas dans l'orthodoxie RN, ce qui constitue un handicap certain.
Conscient de cette faiblesse, il affirme que sa liste compte pourtant de nombreux adhérents RN. Son discours se veut essentiellement sécuritaire, sans toutefois se démarquer significativement des propositions de Pierre Marceteau, qui visent également à renforcer la police municipale. En cas de qualification pour le deuxième tour, Daniel Géry ne ferme pas la porte à un rapprochement avec le candidat de droite, tout en reconnaissant : « Mais pour se parler, il faut être deux. »
Cette élection municipale à Montpon-Ménestérol illustre ainsi les recompositions politiques locales, où les étiquettes nationales ne suffisent plus à garantir le succès, et où chaque voix pourrait compter double dans un scrutin à trois où les alliances semblent improbables.



