Lartigue, le plus petit village de Gironde, en pleine effervescence électorale
Il est rare qu'une commune voie 40% de sa population se porter candidate aux élections municipales. À Bordeaux, cela représenterait plus de 100 000 personnes. Mais à Lartigue, commune officiellement peuplée de 41 habitants et la moins peuplée du département de la Gironde, cette statistique devient réalité. Sur les 46 personnes inscrites sur les listes électorales, 16 font partie de l'une des deux listes candidates pour diriger la municipalité.
Une opposition inédite dans un village à la croisée des départements
Situé à la frontière entre la Gironde, le Lot-et-Garonne et les Landes, le petit village vit depuis quelques semaines au rythme d'une campagne électorale inhabituellement animée. « C'est la démocratie, il faut tenir compte de l'avis des habitants », témoigne un Lartiguais qui préfère rester anonyme, assis sur son tracteur tout juste éteint. « Il manque une certaine envie de se regrouper », déplore-t-il.
« On pourrait tous s'asseoir autour d'une table, mais on ne le fait pas », résume Cyril Castets, candidat et à l'origine de la deuxième liste. Philippe Lamothe, le maire sortant, assure avoir été « surpris » de cette annonce, mais n'en perd pas pour autant son sens de l'humour : « J'aurais mieux fait de me présenter à Bazas », commente-t-il en référence à la ville voisine qui ne compte pour l'instant qu'une liste déclarée.
Un village qui se meurt selon l'opposition
C'est bien le bilan du maire sortant, à la tête de la commune depuis 2014, qui est remis en cause par Cyril Castets : « Notre village est en train de mourir, il faut ramener de l'attractivité dans nos campagnes ». Habitant à Pessac, dans l'agglomération de Bordeaux, Cyril Castets affirme passer une bonne partie de son temps à Lartigue, où réside son père et où il a passé une partie de sa jeunesse. L'homme de 51 ans assure avoir réussi à construire une liste assez facilement, avec même deux suppléants en plus de sept membres.
« Il y a eu une vie ici, il n'y a plus rien. Il faut ramener de l'attractivité dans nos campagnes », déplore Cyril Castets qui voudrait une fête du village, disparue depuis plusieurs années. « Ce n'est pas un argument, rétorque Philippe Lamothe. C'est au Comité des fêtes qu'il faut le reprocher, pas à la mairie », déplore l'ancien avocat de 81 ans, qui lui aussi aimerait bien revoir des fêtes dans sa commune mais regrette des tensions et un manque de dynamisme au sein du Comité des fêtes.
Gestion des terrains et relations avec les villages voisins
La liste d'opposition pointe également la gestion par la mairie d'un lot de terrains constructibles destinés à la vente. « Il faut s'en servir pour attirer des familles, ramener de la jeunesse dans la commune », selon Cyril Castets. Le maire lui, ne veut pas s'en débarrasser trop vite. « Il faut garder une cohérence architecturale avec des maisons de style landais », se défend Philippe Lamothe, qui précise qu'à l'heure actuelle, ces terrains ne peuvent pas être vendus car ils nécessitent encore des travaux.
Les marges de manœuvre sont très limitées dans une commune d'officiellement 41 habitants, et même seulement « 23 à l'année » selon l'édile, l'autre partie des résidences n'étant que partiellement occupées. Une entente dynamique avec les villages voisins serait la bienvenue mais une nouvelle fois, Philippe Lamothe « n'a rien fait pour la rendre possible », estime Cyril Castets. La mise en place d'un panneau sens interdit sur la route en direction de Giscos au mois de mai dernier n'a pas contribué à l'amélioration de ces relations.
Une démocratie vivante malgré les divergences
Si Cyril Castets et sa liste espèrent bien enclencher une nouvelle dynamique dans la commune, il précise toutefois que ce n'est pas une liste « contre le maire ». « On fait ça pour Lartigue, on veut s'occuper des habitants, comprendre ce dont ils ont besoin », explique le candidat.
« Il n'y a aucune animosité », assure de son côté Bruno Meilhan-Bordes, conseiller municipal sortant et présent sur la liste de Philippe Lamothe. « Je dirai même que c'est assez sain et pas inintéressant, ça montre une certaine vie de la démocratie dans la commune », selon le retraité de 68 ans, qui salue la motivation de son adversaire.
« C'est dommage car il n'y a pas de dialogue. Si j'avais été mis au courant, peut-être que l'on aurait pu s'entendre pour une liste commune », déplore de son côté le maire sortant qui demeure sceptique. « Une seconde liste n'est pas faite pour réconcilier les gens. Cela ne va pas améliorer les conditions de vie, quel que soit le résultat », conclut-il.
En attendant, la campagne est déjà lancée et les deux listes s'attardent pour convaincre un maximum de citoyens. Avec 41 inscrits à l'heure actuelle, elles pourront facilement identifier les voix déjà acquises et cibler les habitants qui restent indécis. Réponse attendue le 15 mars prochain dans ce petit village qui, malgré sa taille modeste, connaît une vie démocratique particulièrement intense.



