Les intelligences artificielles se prononcent sur le second tour des municipales
Dimanche, le scrutin s'annonce particulièrement serré dans plusieurs grandes villes de France. Entre jeux d'alliances, soutiens plus ou moins affirmés, vote sanction et abstention, prédire les vainqueurs relève du défi. Les intelligences artificielles génératives, elles, n'hésitent pas à se mouiller. Ce vendredi, à 48 heures du rendez-vous électoral, nous avons sollicité deux de ces IA pour connaître leurs prédictions : ChatGPT, le robot conversationnel d'OpenAI, et Le Chat, celui de la start-up française Mistral AI.
Pour chacune des sept villes étudiées - Paris, Bordeaux, Marseille, Lyon, Toulouse, Strasbourg et Nantes - nous avons réalisé un prompt listant les résultats complets du premier tour, l'abstention constatée et toutes les alliances, ralliements ou soutiens observés durant l'entre-deux-tours. Puis nous avons posé cette question cruciale : « compte tenu de la dynamique des candidats et de la logique de report des voix, en tenant compte des incertitudes liées à l'abstention, qui a le plus de chances de gagner dimanche ? » Voici les résultats détaillés.
Paris : duel serré et pronostics divergents
Preuve que le duel s'annonce extrêmement serré dans la capitale, Le Chat et ChatGPT nous livrent deux pronostics différents avec un prompt pourtant identique. Le Chat se montre plutôt favorable à Emmanuel Grégoire (37,98 % au 1er tour) tandis que ChatGPT penche plutôt en faveur de Rachida Dati (25,46 %).
« Emmanuel Grégoire part avec un léger avantage dans les sondages, mais l'écart est si faible que tout peut basculer selon la mobilisation des électeurs et le report effectif des voix », nous explique Le Chat. « Rachida Dati reste en embuscade, avec une réelle chance de l'emporter si les reports de voix de Bournazel et Knafo se confirment massivement et si l'abstention ne profite pas trop à Grégoire. »
« Légère avance à Rachida Dati dans les probabilités de victoire », rétorque ChatGPT, expliquant ce résultat par une « réserve de voix plus large et plus disciplinée » chez la candidate de la droite, « l'effet mécanique du retrait du centre et d'une partie de la droite » et la « division persistante de la gauche avec Chikirou ». « Mais c'est loin d'être joué », poursuit ChatGPT, qui avance qu'Emmanuel Grégoire « peut encore gagner s'il réussit une mobilisation forte à gauche ou si les électeurs de Chikirou pratiquent un vote utile anti-Dati ».
Marseille : consensus sur Benoît Payan favori
Dans la cité phocéenne, les deux IA sont d'accord pour faire de Benoît Payan le favori. Le maire PS sortant (36,7 % au 1er tour) bénéficie du retrait de l'Insoumis Sébastien Delogu (11,94 %). Il est opposé au député RN Franck Allisio (35,02 %) et à la candidate du centre et de la droite Martine Vassal (12,4 %).
Selon ChatGPT, Benoît Payan a des chances d'être reconduit à son poste « pour trois raisons structurantes : un réservoir de voix clair à gauche, une logique de front anti-RN et sa position de tête au 1er tour. » Mais ChatGPT ajoute que « l'écart est très fragile », que « le RN est en capacité réelle de gagner » et que « tout se jouera sur la mobilisation et les reports de la droite ».
Pour Le Chat, « Benoît Payan part favori grâce au report des voix de gauche et d'une partie de la droite modérée, ainsi qu'à la dynamique du vote utile contre le RN. Franck Allisio reste en embuscade, mais sa victoire dépendrait d'une mobilisation exceptionnelle de son électorat et d'une abstention très forte chez les électeurs de gauche et du centre. Martine Vassal, en position d'arbitre, ne semble pas en mesure de l'emporter. »
Bordeaux : Thomas Cazenave légèrement favori
Dans le port de la Lune, le maire écologiste Pierre Hurmic, crédité de 27,68 % des voix au 1er tour devant Thomas Cazenave (25,58 %), est donné perdant par les deux IA. Le retrait surprise de l'économiste Philippe Dessertine (20,2 % au 1er tour) offre un « réservoir clé » de voix qui devraient majoritairement profiter au candidat macroniste, estiment-elles.
« Thomas Cazenave a aujourd'hui une probabilité légèrement supérieure de l'emporter mais Pierre Hurmic reste totalement en mesure de gagner si la gauche se mobilise fortement », note ChatGPT, ajoutant qu'on « est typiquement dans une élection locale à pile ou face, où quelques milliers de voix peuvent faire basculer le résultat. »
Le Chat, pour sa part, envisage « un duel très serré, avec un léger avantage pour Thomas Cazenave, grâce à un report plus probable des voix de Dessertine et une meilleure mobilisation de son électorat traditionnel. Cependant, tout dépendra de la capacité de Hurmic à mobiliser les abstentionnistes et à capter une partie des voix de gauche et du centre ».
Lyon : Grégory Doucet favori de justesse
Dans la capitale des Gaules, le maire sortant écologiste Grégory Doucet, qui est arrivé en tête du 1er tour (37,36 %) devant le candidat du « socle commun » Jean-Michel Aulas (36,78 %), a obtenu le ralliement de la députée LFI Anaïs Belouassa-Cherifi (10,41 %). Pour les deux IA, il sera favori dimanche.
« Grégory Doucet est favori de justesse, dit Le Chat. Il part avec un léger avantage grâce au ralliement de LFI et à sa dynamique de premier tour. Cependant, l'écart est si faible que tout dépendra de la mobilisation des électeurs et des reports de voix des candidats éliminés, notamment ceux de la droite modérée et du centre. Si Jean-Michel Aulas parvient à mobiliser davantage l'électorat de droite et à capter une partie des voix du centre, il peut l'emporter. »
ChatGPT, lui, fait état « d'une légère avance probabiliste » pour le maire écologiste grâce à « la discipline des reports à gauche et le ralliement explicite de LFI », qui lui « donnent un avantage réel mais fragile ». « Si surprise il y a dimanche, elle viendra surtout d'une forte remobilisation des abstentionnistes ou d'un report massif et inhabituel des voix de droite vers Aulas », assure ChatGPT.
Toulouse : Jean-Luc Moudenc en position favorable
Au lendemain du 1er tour, le candidat PS François Briançon, arrivé en troisième position (24,99 %), a choisi de s'allier à l'Insoumis François Piquemal (27,56 %), classé deuxième derrière le maire sortant divers droite Jean-Luc Moudenc (37,23 %). Mais pour les deux IA, Jean-Luc Moudenc sera bien favori dimanche.
« Jean-Luc Moudenc part avec un léger avantage selon les sondages, mais l'écart est si faible que tout peut basculer d'ici dimanche, observe Le Chat. La clé du scrutin réside dans la mobilisation des électeurs de gauche et le niveau de participation. Si la gauche parvient à mobiliser massivement ses électeurs et à limiter les reports vers Moudenc, Piquemal a une chance réelle de l'emporter. À l'inverse, une abstention élevée ou un report plus important que prévu vers Moudenc pourrait lui assurer la victoire. »
« Moudenc est favori, mais un basculement reste crédible », appuie ChatGPT. « On est sur un duel ouvert, pas verrouillé. » ChatGPT donne l'avantage au maire sortant car « il part en tête avec une avance nette, ses réserves de voix sont plus homogènes et l'union de la gauche reste électoralement incertaine dans ses reports ». Toutefois, ChatGPT prévient que « si la gauche vote massivement et est disciplinée, François Piquemal peut créer la surprise ».
Nantes : Johanna Rolland en position de force
La maire sortante socialiste Johanna Rolland (35,24 %), talonnée au 1er tour par le candidat LR Foulques Chombart de Lauwe (33,77 %), a noué un accord avec l'Insoumis William Aucant (11,2 %). Dimanche, elle est donnée favorite par les deux IA.
ChatGPT lui accorde « un avantage clair mais non décisif », s'appuyant sur la réalité d'une « union de la gauche déjà actée », d'un « réservoir de voix plus homogène » et d'une « meilleure probabilité de discipline électorale ». Pour s'imposer, Foulques Chombart de Lauwe devrait « capter massivement le centre, limiter l'abstention dans son camp et bénéficier d'un léger reflux à gauche », souligne ChatGPT.
Le Chat, lui, est plus mesuré mais il estime tout de même que « Johanna Rolland part avec un léger avantage grâce à l'alliance avec LFI et son statut de maire sortante ». « Mais l'écart est si faible que tout peut basculer selon la mobilisation et les reports effectifs », prévient Le Chat, qui prédit un « scrutin très serré ».
Strasbourg : triangulaire extrêmement indécise
Dans la cité alsacienne, la triangulaire qui s'annonce entre Catherine Trautmann (25,93 % au 1er tour), le LR Jean-Philippe Vetter (24,23 %) et la maire sortante écologiste Jeanne Barseghian (19,72 %), qui s'est alliée au candidat des Insoumis Florian Kobryn (12,03 %) après le 1er tour, est particulièrement indécise, mais les deux IA donnent tout de même un léger avantage à Catherine Trautmann.
« Catherine Trautmann a aujourd'hui la probabilité la plus élevée de l'emporter, mais c'est une triangulaire extrêmement incertaine, où quelques milliers de voix ou une variation de participation de 2 – 3 points peuvent totalement inverser le résultat », assure ChatGPT.
« Aucun candidat ne part favori net », prévient Le Chat, même si « Catherine Trautmann a un léger avantage ». Le Chat explique que « tout dépendra de la capacité de chacun à mobiliser son électorat et à convaincre les indécis ou les abstentionnistes. Si les reports de voix se font comme prévu, Trautmann pourrait l'emporter de justesse, mais une surprise reste possible, notamment si l'alliance Barseghian-Kobryn parvient à mobiliser davantage que prévu ».
Ces prédictions des intelligences artificielles, bien que fondées sur une analyse rigoureuse des données disponibles, restent soumises aux aléas de la mobilisation électorale et aux dynamiques de dernière minute. Dimanche, les électeurs auront le dernier mot dans ces sept grandes villes où rien n'est encore véritablement joué.



