Hongrie : une campagne électorale sous tension à l'approche des législatives
À quatre semaines des élections législatives en Hongrie, le climat politique s'est considérablement tendu avec l'organisation de rassemblements rivaux par le Premier ministre Viktor Orban et son principal adversaire, Peter Magyar. Dimanche à Budapest, les deux hommes ont mobilisé leurs partisans lors de marches concurrentes, chacun agitant des allégations d'ingérence étrangère dans une campagne électorale qui prend des accents de plus en plus conflictuels.
Des accusations croisées entre les deux camps
Viktor Orban, qui brigue un cinquième mandat consécutif lors du scrutin du 12 avril mais qui se trouve à la traîne dans les sondages indépendants, accuse ouvertement l'Union européenne et l'Ukraine de soutenir l'opposition, voire de la financer. Des panneaux d'affichage représentant le président ukrainien Volodymyr Zelensky sous un jour négatif ont fleuri dans tout le pays, illustrant cette stratégie offensive.
De son côté, Peter Magyar, le chef de l'opposition, accuse Viktor Orban de chercher l'aide de la Russie et de son président Vladimir Poutine pour se maintenir au pouvoir. Ces accusations font suite à des révélations du média d'investigation régional VSquare et du quotidien britannique Financial Times concernant une campagne russe secrète sur les réseaux sociaux visant à influencer le processus électoral hongrois.
Deux marches concurrentes lors de la fête nationale
Les deux camps ont œuvré à mobiliser leurs partisans dimanche, jour de fête nationale qui commémore le soulèvement de 1848 contre la domination autrichienne et le règne des Habsbourg. Dans la matinée, les sympathisants du parti Fidesz de Viktor Orban se sont rassemblés dans un parc pour une « marche pour la paix » qui a traversé un pont sur le Danube jusqu'au Parlement, devant lequel le Premier ministre nationaliste a prononcé un discours à 13 heures locales.
La « marche nationale » de Peter Magyar a quant à elle démarré du centre-ville pour se diriger vers la Place des Héros, où le leader de l'opposition s'est adressé à la foule à 16 heures 30. Ces événements simultanés ont matérialisé la fracture politique qui traverse la Hongrie à l'approche des élections législatives.
Une campagne centrée sur les attaques contre Zelensky
Distancé dans les sondages, Viktor Orban a récemment concentré sa campagne sur les attaques contre le président ukrainien, présentant Peter Magyar comme sa « marionnette » qui entraînerait les Hongrois dans la guerre contre la Russie. « Il fait tout ce qu'il peut pour ramener au même niveau la psychose de la guerre qui lui a valu une quatrième super-majorité en 2022 », souligne Robert Laszlo, spécialiste des élections au sein du groupe de réflexion Political Capital.
Cette stratégie, jusqu'ici sans effet notable dans les sondages, cherche à déplacer l'attention des questions domestiques, explique l'analyste. « Après 16 ans au pouvoir, Viktor Orban n'a pas de bonne réponse au principal message de Peter Magyar, selon lequel les services publics s'effondrent à cause de la corruption généralisée », ajoute-t-il.
Une consultation populaire polémique
Le gouvernement, adepte des consultations de la population, en a lancé une nouvelle avec pour slogan « Ne laissons pas Zelensky avoir le dernier mot », doublée d'une campagne d'affichage le représentant tout sourire, comme en train de narguer les Hongrois. Le dirigeant ukrainien est l'homme politique le plus impopulaire en Hongrie, derrière le président russe Vladimir Poutine, selon une étude publiée l'an dernier par l'institut de recherche politique Policy Solutions.
Tensions diplomatiques autour de l'oléoduc Droujba
La semaine dernière, le ton était vivement monté entre Viktor Orban et Volodymyr Zelensky après l'arrestation par la Hongrie de sept convoyeurs de fonds ukrainiens et la saisie d'environ 70 millions d'euros qu'ils transportaient. Ces tensions s'inscrivent dans le contexte plus large d'une dispute concernant l'oléoduc Droujba, dont la Hongrie attribue le blocage à la volonté de Kiev de lui nuire.
L'Ukraine affirme que les réparations de cet oléoduc qui passe par son territoire et livre du gaz russe à la Hongrie et la Slovaquie ne sont pas terminées, après qu'il a été endommagé fin janvier par des frappes russes. Mais le président Volodymyr Zelensky a aussi récemment laissé entendre qu'il aimerait qu'elles ne soient pas faites « car il s'agit de pétrole russe ».
En représailles, Viktor Orban bloque un prêt de 90 milliards d'euros de l'UE à l'Ukraine, ainsi qu'un nouveau train de sanctions contre la Russie. Le mois dernier, il avait ordonné le renforcement de la sécurité autour des principales installations énergétiques hongroises, affirmant que l'Ukraine préparait des « opérations » contre ces sites. Une annonce qui a conduit Peter Magyar à formuler de nouvelles accusations selon lesquelles le Premier ministre pourrait préparer une « opération sous fausse bannière » pour justifier des mesures exceptionnelles.



