Danemark : Mette Frederiksen envisage des élections anticipées après son bras de fer avec Trump
Danemark : élections anticipées après le bras de fer Frederiksen-Trump

Danemark : Mette Frederiksen pourrait convoquer des élections anticipées

La Première ministre danoise Mette Frederiksen, sortie politiquement renforcée de son bras de fer avec l'ancien président américain Donald Trump au sujet du Groenland, envisagerait sérieusement d'avancer les élections législatives initialement prévues pour le 31 octobre prochain. Selon le média Bloomberg, la cheffe du gouvernement social-démocrate chercherait à capitaliser sur l'élan actuel en choisissant le moment qu'elle jugerait le plus opportun pour convoquer les urnes.

Un contexte national préalablement défavorable

Avant la résurgence des tensions avec les États-Unis en janvier dernier, Mette Frederiksen se trouvait pourtant fragilisée sur le plan intérieur. La hausse persistante du coût de la vie, combinée à la suppression controversée d'un jour férié, avait suscité un vif mécontentement au sein de l'opinion publique danoise. Symptôme de ce recul, les sociaux-démocrates avaient subi un revers significatif lors des élections municipales de l'année dernière, perdant même leur bastion historique : la capitale Copenhague, une première depuis un siècle.

Le regain de popularité grâce aux tensions internationales

Les tensions diplomatiques autour du Groenland semblent avoir dévié l'attention des préoccupations domestiques et propulsé Mette Frederiksen, 48 ans, comme la leader capable de tenir tête à une puissance américaine imprévisible, avec le soutien affiché de l'Europe. Depuis cet épisode, les sociaux-démocrates danois ont progressé dans les sondages, passant de 18% en décembre à 23% en janvier.

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"La question du Groenland n'étant toujours pas résolue de manière définitive, les électeurs souhaitent élire la personne la plus à même de diriger le Danemark dans un environnement mondial plus hostile", analyse Bloomberg. Le média estime que la Première ministre, née dans un milieu ouvrier et engagée en politique dès l'adolescence, dispose désormais de solides arguments. Devenue députée à seulement 23 ans en 2001, elle est considérée depuis ses débuts comme une personnalité au franc-parler, parfois qualifiée de "Margaret Thatcher de gauche".

Une victoire diplomatique saluée

La déclaration commune publiée avec d'autres dirigeants européens exhortant Donald Trump à respecter les frontières du Groenland a été perçue au Danemark comme une importante victoire diplomatique. Début janvier, l'ancien président américain avait en effet déclaré qu'il s'emparerait du Groenland, territoire danois autonome de l'Arctique. Une menace d'autant plus inquiétante qu'elle intervenait juste après la capture par les Américains du dirigeant vénézuélien Nicolas Maduro.

Un phénomène international

Mette Frederiksen n'est cependant pas la seule dirigeante à bénéficier de la conjoncture internationale. Au Canada, en Australie ou encore au Brésil, de nombreux leaders ont fait de la défense de la démocratie et des valeurs libérales contre Donald Trump un atout électoral. La cheffe du gouvernement danois avait d'ailleurs connu un scénario similaire lors de la gestion de la crise du Covid-19, qui avait temporairement boosté sa popularité.

Des perspectives électorales encore incertaines

Malgré ce regain de popularité, les sociaux-démocrates, qui détiennent actuellement 50 sièges sur 179 au Parlement, passeraient à 41 députés selon les derniers sondages. Ils devraient se maintenir comme première force politique, mais n'auront d'autre choix que de chercher des alliances avec d'autres partis. Actuellement, ils dirigent le pays en coalition avec le centre-droit.

"Si des élections avaient lieu aujourd'hui, la coalition devrait remporter 73 sièges. Il leur manquerait tout de même 17 sièges pour atteindre les 90 nécessaires à la majorité, ce qui les obligerait à négocier avec d'autres partis. Mais c'est loin de ce qui, il y a quelques mois à peine, ressemblait à une déroute imminente", explique le média Politico.

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Un soutien jugé éphémère par les experts

La question centrale est désormais de savoir si Mette Frederiksen ira jusqu'à convoquer des élections anticipées pour profiter de cette séquence politique favorable. Elle l'avait déjà fait en 2022, en organisant un scrutin éclair alors que sa popularité était en baisse, parvenant ainsi à conserver le pouvoir.

Néanmoins, "ce type de soutien est éphémère", rappelle Kasper Moller Hansen, professeur de sciences politiques à l'université de Copenhague, auprès de Bloomberg. "Si les électeurs défendent leur nation dans les moments difficiles, ce n'est pas pour autant que les Danois sont soudainement devenus des sociaux-démocrates". En quelques années, la cote de popularité de la dirigeante a considérablement reculé, passant de 79% en 2020 à seulement 34%, selon les données de POLITICO.

La décision de Mette Frederiksen concernant la tenue d'élections anticipées sera donc cruciale, devant peser l'avantage d'un contexte international favorable contre la volatilité de l'opinion publique et les défis économiques persistants auxquels fait face le Danemark.