Hongrie : un chantage à la sextape secoue la campagne électorale
La campagne pour les élections législatives en Hongrie a basculé dans le scandale. À deux mois du scrutin, Peter Magyar, le chef du parti de centre-droit Tisza, qui caracole en tête des sondages, se dit victime d'un chantage à la sextape. L'eurodéputé affirme que des journalistes ont reçu une photo provenant d'une chambre, accompagnée du message "Coming soon" (À venir). Bien qu'aucune vidéo compromettante n'ait été diffusée publiquement à ce stade, Magyar pointe du doigt le Fidesz, le parti du Premier ministre Viktor Orban, qu'il accuse d'être l'instigateur de cette menace à peine déguisée.
Une plainte déposée et des accusations graves
Dans une vidéo publiée sur ses réseaux sociaux, Peter Magyar a dénoncé une "campagne de diffamation menée par le gouvernement et les services secrets". "Il est devenu clair pour moi que j'étais entré dans un kompromat classique de style russe, mais comme je n'ai rien fait d'illégal, ma conscience est claire", a-t-il insisté. Le politicien a officiellement porté plainte jeudi 12 février pour collecte illégale d'informations secrètes et utilisation non autorisée d'équipement d'enregistrement dissimulé.
Selon ses déclarations, la photo en question serait un extrait d'une vidéo filmée à son insu, capturant un moment intime consenti avec son ancienne compagne. "J’ai une vie sexuelle, mais je ne permettrai pas qu’on me fasse chanter", a-t-il martelé, refusant de se laisser intimider.
L'implication présumée des services secrets
La photo a non seulement été envoyée à des journalistes et partagée sur les réseaux sociaux, mais elle est également apparue sur le site radnaimark.hu avec la légende "Once upon a time" (Il était une fois) et la date "2024.08.03". Peter Magyar identifie cette date comme correspondant à une fête durant laquelle il a eu une relation avec son ex-petite amie. Radnai Mark, vice-président du Tisza, a catégoriquement nié tout lien avec cette fuite.
Dans son récit, Magyar explique avoir été invité dans un appartement par Evelin Vogel, son ancienne compagne, avec qui il était déjà séparé. "Je ne savais pas qu'il s'agissait d'une opération des services secrets. J'ai été invité dans une propriété où séjournaient des inconnus ; il y avait de l'alcool et une substance qui ressemblait à de la drogue sur une table, mais je n'y ai pas touché", a-t-il affirmé.
Cependant, le média indépendant hongrois Blikk rappelle que le 25 septembre 2024, Peter Magyar avait déjà accusé Evelin Vogel de tenter de le faire chanter, ainsi que son parti, en réclamant 30 millions de forints (environ 79 000 euros). Face à ces allégations, l'intéressée a fermement démenti, assurant qu'elle n'était pas à l'origine de la visite dans l'appartement et se disant prête à engager des poursuites judiciaires conjointement avec Magyar. "Une personne saine d’esprit ne peut imaginer que j’y sois impliquée, et encore moins avec les services secrets russes… J’en sais autant que Peter ou le public au sujet de cette vidéo", a-t-elle réagi.
Un contexte électoral tendu et des démentis officiels
Alors que Peter Magyar ne fournit pas de preuve tangible de l'implication du gouvernement Orban dans cette affaire, l'exécutif hongrois a nié être à l'origine de ce chantage, sans s'étendre longuement sur le sujet. Le chef de cabinet de Viktor Orban a déclaré ne pas pouvoir commenter un dossier dont il n'a pas connaissance, et le porte-parole du gouvernement est resté silencieux face aux questions de l'agence Reuters.
Cet événement pourrait marquer un tournant décisif dans la campagne électorale. Un sondage publié vendredi 13 février place le parti de Peter Magyar dix points devant le Fidesz de Viktor Orban. Actif sur la scène politique depuis le retour au pouvoir d'Orban en 2010, le leader de 44 ans axe principalement son discours sur la lutte contre la corruption, accusant l'actuel Premier ministre d'avoir utilisé sa position pour enrichir son entourage. Le 10 février, l'ONG Transparency International a classé la Hongrie comme "le membre de l'Union européenne le plus corrompu" pour la troisième année consécutive, ajoutant une dimension supplémentaire à ce climat politique explosif.



