Municipales en Sud-Gironde : des campagnes à la débrouille sans remboursement public
En Sud-Gironde, les candidats aux élections municipales doivent puiser dans leurs propres ressources pour financer leurs campagnes. En effet, dans les communes de moins de 9 000 habitants, aucun remboursement public des frais de campagne n'est prévu par le code électoral, à l'exception des dépenses dites « officielles ». Cette situation contraint les aspirants maires et leurs équipes à faire preuve de créativité et de modestie budgétaire.
Un financement basé sur l'engagement personnel
« On fait vraiment à la débrouille », confie Jean-Philippe Delcamp, candidat et opposant sortant à Langon. Pour la liste Lutte ouvrière, pas de budget millimétré : « On a fait chacun de notre côté. On imprime avec nos propres moyens et on distribue. » Cette approche artisanale, faite de système D et de porte-à-porte, illustre la réalité des campagnes municipales dans les petites communes, où chaque euro compte.
À Langon, le maire sortant Jérôme Guillem, réélu dès le premier tour, explique que sa campagne a été financée par les contributions personnelles des membres de son équipe. « Ce sont les élus volontaires qui mettent en commun », précise Christophe Doray, adjoint aux finances. Ainsi, une dizaine d'élus ont versé environ 25 euros chacun par mois, accumulant 18 400 euros sur la mandature. Ce budget a été alloué à 40 % pour les impressions et 60 % pour la communication, incluant un carnet de campagne en papier glacé facturé 4 000 euros.
Des dépenses non plafonnées et des inégalités
Contrairement aux communes de plus de 9 000 habitants, où les dépenses de campagne sont plafonnées, les petites municipalités ne bénéficient d'aucune limite légale. François-Xavier Marques, élu conseiller d'opposition RN, a investi près de 3 000 euros de sa poche, principalement en frais d'impression. Il déplore cette absence de plafond : « Je ne trouve pas ça normal, on devrait avoir, comme pour les communes de plus de 9 000 habitants, un plafond à ne pas dépasser. »
À La Réole, avec 4 500 habitants, Bruno Marty a utilisé son argent personnel et celui de ses adjoints, soit environ 3 800 euros. En face, la liste RN a dépensé 2 900 euros, partiellement avancés par le parti. Dans les villages de moins de 1 000 habitants, comme Blasimon, la campagne se résume à des coûts minimes. Daniel Barbe, maire et président de l'Association des maires ruraux de Gironde, estime ses dépenses à 1 000 euros, soit 1 euro par habitant, avec une communication basée sur les réseaux sociaux et des réunions publiques simples.
Les règles de financement : un cadre strict mais inéquitable
Le code électoral stipule que dans les communes de moins de 9 000 habitants, les candidats n'ont pas d'obligation de compte de campagne, mais aucun remboursement public n'est prévu. Seules les dépenses « officielles » (affiches, circulaires, bulletins de vote) peuvent être couvertes via l'article R39, si la liste obtient au moins 5 % des voix. Pour les communes de moins de 1 000 habitants, tout reste à la charge des candidats.
Cette démocratie locale, financée sur fonds propres, soulève des questions d'équité et d'accès à la vie politique. Alors que les campagnes se déroulent souvent dans la simplicité, elles représentent un investissement significatif pour les candidats, mettant en lumière les défis du financement électoral dans les zones rurales.



