Un débat télévisé sous tension à Bordeaux
Ce mercredi 18 mars, le plateau du débat TV7-Public Sénat des municipales à Bordeaux présentait un spectacle inhabituel. Au siège de la Chambre de commerce et d'industrie, seulement deux pupitres étaient visibles au lieu des trois initialement prévus. Cette configuration reflétait directement la véritable bombe politique qui avait explosé la veille au soir : le désistement soudain de Philippe Dessertine, candidat sans étiquette.
Accusations croisées entre le maire sortant et le député
L'absence de Dessertine a immédiatement nourri des échanges particulièrement vifs entre Pierre Hurmic, le maire sortant écologiste, et Thomas Cazenave, député Renaissance et candidat de la droite et du centre. Cazenave a affirmé avoir « tendu la main jusqu'à la dernière minute » vers Dessertine, tout en reconnaissant que ce dernier « avait annoncé très tôt qu'il n'y aurait pas de fusion ». Le député a salué « un choix responsable » de la part de l'économiste.
Pierre Hurmic a répliqué avec virulence, dénonçant « les pressions, les coups bas, les attaques » qu'aurait subis le candidat sans étiquette. « Quand j'entends ça, autorisez-moi à parler de brutalité du débat politique », a-t-il lancé. Le maire sortant a même affirmé : « C'est la première fois dans l'histoire bordelaise qu'un candidat, au moment où il allait déposer sa liste, est ainsi débranché. »
La justification de Dessertine et ses implications
Mardi soir, Philippe Dessertine avait justifié sa décision par des considérations arithmétiques, évoquant la nécessité de conquérir « a minima 10 000 voix ». S'il a confirmé « recevoir des pressions depuis six mois », l'économiste a semblé les écarter, tout en déplorant que « le système n'aime pas les candidats hors système ». Ces déclarations ont donné l'impression qu'il livrait quelques indices sans tout révéler.
Sur cette base, Pierre Hurmic s'est étonné de voir un candidat « débranché avec autant de violence » et a exprimé son refus de voir importer à Bordeaux de telles « mœurs politiques ». « Je n'ai pas envie qu'on importe à Bordeaux de telles pratiques », a-t-il insisté.
La contre-attaque de Thomas Cazenave
« Je suis très choqué par les propos de Pierre Hurmic, prêt à tout pour se sauver », a répliqué Thomas Cazenave. Le député a opposé ses interventions de fond aux attaques personnelles dont il s'estime victime. Il a rappelé s'être vu qualifier en Conseil municipal de « trumpiste », de « collabo », voire « d'empoisonneur d'enfant sur le lait infantile » dans un récent communiqué de l'équipe Hurmic.
« Et désormais, je serais brutal, violent, j'abîmerai la démocratie », a-t-il ironisé. Pour Cazenave, ces « amabilités » illustrent « la méthode » du maire sortant : « Cliver, attaquer, et maintenant calomnier. »
L'interprétation divergente des pressions politiques
Selon Thomas Cazenave, Philippe Dessertine aurait simplement fait face à la réalité électorale. « La pression, c'est le résultat des urnes. Philippe Dessertine le dit lui-même, il ne pouvait pas gagner », a-t-il défendu. Le député a cité des « Bordelaises et Bordelais » rencontrés la veille qui le sommaient de s'unir avec l'économiste.
« J'ai tendu la main jusqu'à la dernière minute, je comprends et respecte qu'il ne veuille pas se rapprocher », a répété Cazenave, reprochant à Hurmic de placer le débat politique au niveau des « attaques personnelles et des invectives ». Il a conclu : « S'il y a de la diffamation ou de la calomnie, on est dans un État de droit. »
Cette polémique s'inscrit dans un contexte déjà tendu. En décembre dernier, une conseillère municipale de la majorité avait comparé les explications de Thomas Cazenave sur la surévaluation des recettes de l'État à des « histoires sombres de notre État », provoquant une suspension de séance et des excuses ultérieures.



