Bordeaux bascule à droite : analyse des quatre facteurs de la défaite de la gauche
Il est toujours aisé de refaire le match une fois le résultat connu. Surtout lorsqu'il s'agit d'une défaite, comme celle subie par Pierre Hurmic ce dimanche 22 mars face à Thomas Cazenave, avec un score serré de 50,95% contre 49,05%. Cet échec électoral interroge profondément sur les raisons qui ont conduit à la bascule à droite de la ville de Bordeaux, traditionnellement ancrée à gauche.
1. Une mobilisation électorale défaillante dans les bastions de gauche
« La participation dans les bureaux traditionnellement à gauche a été trop faible », constate Stéphane Pfeiffer, adjoint au maire et codirecteur de campagne de Bordeaux en confiance, la liste du maire sortant. « Il y a clairement une sous-représentation de l'électorat de gauche et une participation historiquement faible au niveau national », confirme le député écologiste Nicolas Thierry, qui se limite ici à une analyse factuelle du scrutin bordelais. « Et la règle veut qu'en cas de faible mobilisation, la gauche soit toujours pénalisée. »
La participation en baisse, avec une diminution de 1,35% par rapport au premier tour, constituait donc un mauvais présage. « Par rapport aux législatives de 2024, la mobilisation à Bordeaux centre est passée de 73 à 55%. Ce différentiel, c'est l'électorat de gauche qui ne s'est pas déplacé », a noté Nicolas Thierry.
« Au bureau de vote Cazemajor [quartier de la gare Saint-Jean] par exemple, nous ne gagnons que 450 voix par rapport au premier tour », détaille Stéphane Pfeiffer. Alors que le score de La France insoumise et de l'extrême gauche au premier tour offrait un réservoir théorique de 632 votes à Pierre Hurmic.
La situation est encore plus marquante au Grand-Parc (bureau Condorcet), où Thomas Cazenave a multiplié par dix son avance, passant de 91 à 988 voix d'un dimanche à l'autre. La promesse de Pierre Hurmic d'y investir 5 millions d'euros en fin de campagne n'a pas porté ses fruits. Pour Stéphane Pfeiffer, « c'est interrogatif et frustrant. On y a pourtant fait beaucoup, comme le territoire zéro chômeur ou un nouveau centre d'animation, mais on a sûrement mal communiqué. On a peut-être manqué de présence sur le terrain et d'un lien plus direct avec la population. »
2. Une campagne trop centriste et éloignée des quartiers populaires
C'est le reproche fréquemment entendu autour de la campagne de Pierre Hurmic : un manque de présence dans les quartiers « à gauche » et des thèmes trop centristes, qu'il considérait pourtant comme « le ventre mou de la politique ».
L'analyse des intentions de vote dans le deuxième sondage de campagne pour Politico soulignait que l'espace au centre était très étroit pour la candidature Hurmic. « Je n'ai jamais pensé que cette campagne se gagnerait en cherchant des voix au centre », affirme Nicolas Thierry.
Après le score décevant du premier tour, la campagne de Bordeaux en confiance a clairement opéré un virage à gauche, multipliant les actions et conférences de presse à Saint-Michel, au Grand-Parc, à la Benauge… « On n'y était peut-être pas assez présents », reconnaissait Pierre Hurmic la semaine précédente. Mais cette prise de conscience est probablement arrivée trop tard.
3. Des sujets de campagne subis plutôt que choisis
Propreté, embouteillages, incivilités, sécurité : ces thèmes de campagne ont occupé un espace considérable, non seulement à Bordeaux mais dans de nombreuses villes. « On s'y est un peu laissés enfermer », convenait Hurmic au moment de réorienter sa campagne « pour s'adresser davantage aux électeurs de gauche » en abordant la solidarité, le pouvoir d'achat ou le maintien des services publics.
« Contrairement au sport, quand le débat se déplace sur le terrain adverse, en politique, on perd », image Nicolas Thierry. « Ces sujets, on ne les a pas choisis mais subis. » « Certains ont été difficiles à faire émerger », reconnaît Stéphane Pfeiffer, quand Nicolas Thierry rappelle que le contexte en 2020 était plus favorable à l'écologie : « On sortait du Covid avec les grandes marches pour le climat, la parole scientifique était écoutée, il y avait une vague verte. »
4. L'union de la gauche : une occasion ratée
Malgré plusieurs appels du pied et un débat interne, Pierre Hurmic n'a jamais souhaité réaliser l'union avec Nordine Raymond à Bordeaux, encore moins lorsque le candidat de La France insoumise ne s'est pas qualifié pour le second tour. « Les fusions d'appareils ne fonctionnent pas », avait insisté le maire de Bordeaux, fermant la porte à un rapprochement.
Nicolas Thierry pense quant à lui que « l'union change le récit d'une campagne. Cela crée une dynamique de confiance au sein de l'électorat, notamment chez les plus jeunes que cela mobilise. Dès que la gauche se réunit dans toute sa diversité, elle est capable de toucher un électorat plus large. Si on ne démontre pas qu'on peut le faire pour des municipales, comment être crédibles l'année prochaine pour la présidentielle ? »
Cette analyse en quatre points révèle ainsi les failles stratégiques et structurelles qui ont conduit à la défaite de la gauche bordelaise, offrant des enseignements cruciaux pour les futures batailles électorales.



