"Nous devrions être propriétaires" : Trump menace de bloquer un pont Canada-USA financé par Ottawa
Publié aujourd'hui à 10h06
C'est le pont de la discorde en pleine période de tensions géopolitiques et commerciales. La structure reliant les États-Unis et le Canada, entièrement financée par ce dernier, suscite la colère de Donald Trump, qui exige d'en devenir le copropriétaire à hauteur d'au moins 50%.
Une exigence de propriété à 50-50
Le président américain a menacé lundi de bloquer le projet de pont entre le Canada et les États-Unis, estimant que son pays devrait posséder "la moitié, au moins" de cette infrastructure stratégique. Dans un message décousu publié sur son réseau Truth Social, Trump a déclaré : "Je ne permettrai pas que ce pont ouvre tant que les États-Unis ne reçoivent pas une compensation pour tout ce que nous leur avons donné, et aussi tant que le Canada ne traitera pas les États-Unis de manière aussi équitable et juste que nous le méritons."
"Nous allons commencer des négociations, IMMEDIATEMENT", a-t-il ajouté, précisant : "Avec tout ce que nous leur avons donné, nous devrions être propriétaires, peut-être, de la moitié au moins de cet actif."
Un projet pharaonique de 6,4 milliards de dollars
Ce pont encore en construction au-dessus de la rivière Detroit doit relier la ville américaine de Detroit (Michigan) à la ville canadienne de Windsor (Ontario). Les travaux ont démarré en 2018 pour un coût total de 6,4 milliards de dollars canadiens, soit environ 4 milliards d'euros, avec une ouverture prévue courant 2026.
Selon un document publié par la Windsor-Detroit Bridge Authority, maître d'ouvrage du projet, le Canada assure intégralement le financement du pont, mais celui-ci appartiendra conjointement à ce pays et à l'État américain du Michigan. L'infrastructure portera le nom de la légende canadienne du hockey sur glace Gordie Howe.
Des tensions géopolitiques exacerbées
Dans le reste de son message, Donald Trump a critiqué à nouveau la volonté d'Ottawa de se rapprocher de la Chine, estimant que Pékin "mangera le Canada tout cru". Le président républicain s'en prend également à l'ancien président démocrate Barack Obama, qui avait autorisé ce projet de pont.
Depuis son retour au pouvoir, Trump a multiplié les déclarations hostiles contre le Canada et les attaques commerciales, allant jusqu'à déclarer à plusieurs reprises qu'il fallait en faire le 51e État américain. Il a récemment menacé le pays de droits de douane de "100%" en cas d'accord commercial avec la Chine et annoncé que les États-Unis allaient retirer la certification d'avions fabriqués au Canada, notamment des jets Bombardier.
Un contexte commercial tendu
Mi-janvier, le Premier ministre canadien Mark Carney avait annoncé des accords avec la Chine sur les droits de douane réciproques et sur l'importation de véhicules électriques, au cours d'une visite à Pékin saluée comme le début d'un nouveau partenariat après des années de brouille.
Cette affaire de pont s'inscrit donc dans un climat de relations internationales particulièrement tendues, où les infrastructures transfrontalières deviennent des enjeux de pouvoir et de souveraineté économique. La position intransigeante de Trump risque de retarder considérablement l'ouverture de cette liaison cruciale pour les échanges entre les deux pays.