Un vent de fraîcheur batave souffle sur l'Élysée
La cour de l'Élysée a accueilli un souffle de nouveauté en ce début mars avec la visite officielle de Rob Jetten, le tout nouveau Premier ministre des Pays-Bas. Emmanuel Macron a réservé un accueil chaleureux à ce jeune leader de trente-huit ans, qui devient ainsi le plus jeune chef de gouvernement de l'histoire néerlandaise et le premier à être ouvertement homosexuel. Rob Jetten succède à Dick Schoof après un mandat chaotique de dix-huit mois, avec pour mission de restaurer la confiance de la nation.
Sur le perron du palais présidentiel, le dirigeant néerlandais a prononcé quelques mots dans un français honorable pour remercier son hôte, avant de poursuivre son discours dans sa langue maternelle. Devant le président français, il a délivré un message résolument proeuropéen, en parfaite harmonie avec la ligne défendue par Paris depuis huit années.
Un allié précieux pour la défense européenne et l'Ukraine
Rob Jetten a salué avec enthousiasme la volonté française de renforcer la défense européenne comme pilier puissant au sein de l'Otan. Il a apporté son soutien à la coopération sur la dissuasion nucléaire proposée par Emmanuel Macron à huit partenaires, dont le Royaume-Uni, l'Allemagne et la Pologne. Face aux tensions persistantes au Moyen-Orient, le Premier ministre néerlandais a confirmé le déploiement de la frégate Evertsen pour escorter le porte-avions Charles de Gaulle et sécuriser la Méditerranée orientale, répondant ainsi à l'appel de la France.
Fraîchement revenu de Kiev, Rob Jetten a réitéré le soutien inébranlable des Pays-Bas à l'Ukraine. Sur le plan économique, il a appuyé l'achèvement de l'union des marchés des capitaux, essentiel pour libérer des financements cruciaux pour l'économie européenne. Cette convergence de vues avec Paris contraste cependant avec la situation complexe que le jeune Premier ministre doit gérer à La Haye.
Un gouvernement minoritaire face à d'immenses défis nationaux
L'arrivée au pouvoir de Rob Jetten est le fruit de négociations laborieuses ayant abouti à un accord de gouvernement intitulé « Aan de slag » (« Au travail ») en février. Sa coalition tripartite réunit son parti progressiste D66, les libéraux du VVD et les chrétiens-démocrates du CDA. Cependant, cette alliance ne dispose que de soixante-six sièges sur cent cinquante à la chambre basse, laissant le gouvernement minoritaire et dépendant d'alliances au cas par cas.
Le programme de cette coalition impose un tour de vis budgétaire sévère, avec l'objectif de réaliser seize milliards et demi d'euros de coupes dans la santé et la sécurité sociale. Cette rigueur financière pourrait influencer les négociations sur le futur budget européen, les Pays-Bas restant traditionnellement soucieux des deniers publics.
Des réformes sociales ambitieuses et controversées
Le gouvernement de Rob Jetten s'attaque frontalement à des totems sociaux. Sur les retraites, il prévoit d'accélérer le recul de l'âge légal de départ à partir de 2033, en le liant strictement à l'espérance de vie. Cette mesure pourrait repousser l'âge de la retraite à soixante-dix ans pour les trentenaires actuels, provoquant le refus des grands syndicats néerlandais de négocier tant que ce plan ne sera pas retiré.
Dans le domaine de la santé, la franchise médicale obligatoire, gelée depuis neuf ans, sera portée à quatre cent soixante euros dès l'an prochain, avec une perspective d'atteindre cinq cent vingt euros d'ici 2030. Ces réformes suscitent déjà de vives critiques de l'opposition, qui dénonce un programme où « les gens ordinaires paieront des centaines d'euros de plus ».
La crise du logement et la nomination d'une ministre au parcours militaire
Face à la crise historique de l'habitat, Rob Jetten a abandonné les grandes utopies électorales, comme la construction de « dix nouvelles villes », pour des promesses plus concrètes : la construction de cent mille nouveaux logements par an. Un objectif ambitieux alors que seulement soixante-dix mille logements ont été livrés l'an dernier et que les réserves foncières s'amenuisent.
Pour relever ce défi titanesque, le Premier ministre a nommé Elanor Boekholt-O'Sullivan, première femme à avoir atteint le grade de lieutenante générale dans l'armée néerlandaise, au poste de ministre du Logement et de l'Aménagement du territoire. Forte de son expérience en Afghanistan, elle devra faire preuve de détermination pour accomplir sa mission.
Le gouvernement annonce la création d'au moins trente sites de construction d'intérêt national et promet une offensive contre la bureaucratie locale, perçue comme un frein majeur. L'État central reprendra fermement la main sur l'aménagement du territoire, fixant par la loi où, combien et dans quels délais les habitations doivent être construites, une véritable révolution centralisatrice pour les Pays-Bas.
Un durcissement de la politique migratoire
Le volet migratoire du programme marque un tournant vers plus de fermeté. Le ministre CDA Bart van den Brink est chargé de mettre en œuvre des législations visant à freiner l'immigration et l'asile. La coalition soutient la refonte du modèle migratoire européen, avec l'ambition de faire traiter les demandes d'asile en dehors des frontières de l'Europe.
Sur le plan national, Rob Jetten promet d'accélérer les procédures de l'autorité néerlandaise de l'asile, d'être implacable envers les demandeurs causant des nuisances et de restreindre sévèrement le regroupement familial en cas de crise. Ces mesures sont toutefois jugées insuffisantes par l'extrême droite du PVV de Geert Wilders, qui fustige une politique migratoire encore trop peu restrictive.
Un agenda européen ambitieux malgré les vents contraires domestiques
Malgré les défis nationaux, l'accord de gouvernement assume pleinement un agenda européen géopolitique et décomplexé. Le programme stipule que l'indépendance de l'Europe est une « urgence absolue ». La coalition entend jouer un rôle moteur pour réformer l'économie de l'Union, réduire les dépendances stratégiques et soutenir massivement la base industrielle de défense européenne.
Les Pays-Bas proposent même la création d'un Mécanisme Européen de Défense pour des achats militaires conjoints. La Haye promet d'être intraitable avec les États sapant l'Union, comme la Hongrie ou la Slovaquie, en militant pour simplifier la procédure de l'article 7 afin de pouvoir les priver plus facilement de leur droit de vote.
Fort de cette feuille de route ambitieuse, Rob Jetten fera son baptême du feu continental la semaine prochaine à Bruxelles, lors de son premier Conseil européen le 19 mars. Il siégera pour la première fois face à Viktor Orban, en pleine campagne des législatives hongroises, un face-à-face qui promet d'être tendu au vu des positions néerlandaises sur l'article 7.



