Munich : le chancelier allemand Friedrich Merz appelle à une Europe souveraine face aux grandes puissances
À Munich, alors que l’attention se portait sur l’arrivée du secrétaire d’État américain Marco Rubio, dont le discours du samedi 14 février était attendu pour jauger la position de l’administration Trump envers ses alliés européens, le chancelier allemand Friedrich Merz a pris les devants. Avant même l’atterrissage d’Emmanuel Macron en Bavière, c’est lui qui a ouvert les débats, un choix tactique révélé par le président de la conférence, Wolfgang Ischinger, pour éviter de s’exprimer dans l’ombre de l’Américain le lendemain.
Vêtu d’une cravate bleu roi, Friedrich Merz s’est exprimé d’abord en allemand avant de basculer en anglais pour interpeller directement Washington, cherchant à se positionner en leader du continent. Son plaidoyer musclé pour la liberté et l’affirmation de la puissance européenne a marqué l’ouverture de cette édition de la Conférence de Munich sur la sécurité, un événement qu’il fréquente depuis plus de trente ans et qu’il décrit comme un « sismographe » de la situation politique mondiale.
Un contexte géopolitique tendu et une nouvelle ère de conflits
Friedrich Merz a souligné que la conférence se tenait sous un slogan inquiétant, « Under destruction », reflétant la destruction de l’ordre international fondé sur le droit. Il a affirmé que cet ordre, même imparfait, n’existe plus, et que le monde est entré dans une ère marquée par la politique de grande puissance, mettant fin aux « vacances de l’histoire du monde » de l’Europe.
Le chancelier a pointé du doigt le révisionnisme violent de la Russie, avec sa guerre brutale contre l’Ukraine et ses crimes de guerre quotidiens, ainsi que les ambitions de la Chine, qui vise à égaler les États-Unis sur le plan militaire et redéfinit l’ordre international à son avantage. Il a noté que le moment unipolaire post-guerre froide est révolu, et que la prétention au leadership des États-Unis est contestée, voire perdue.
Cette politique de grande puissance, selon Merz, est rapide, dure et imprévisible, exploitant les dépendances et les sphères d’influence, avec des ressources naturelles et des technologies devenues des instruments de négociation. Il a averti que c’est un jeu dangereux, d’abord pour les petits acteurs, mais aussi pour les grands à terme.
Un programme de liberté en quatre points pour l’Europe
Friedrich Merz a présenté un programme en quatre points pour préserver la liberté européenne. Premièrement, il a appelé à un renforcement militaire, politique, économique et technologique de l’Europe, avec des investissements massifs dans la dissuasion et la réduction des dépendances. L’Allemagne, a-t-il rappelé, a modifié sa Constitution pour consacrer 5% de son PIB à la sécurité, investissant des centaines de milliards d’euros dans les années à venir.
Il a mentionné le soutien à l’Ukraine, la revitalisation de l’industrie de défense, et l’objectif de faire de la Bundeswehr la plus forte armée conventionnelle d’Europe. Parallèlement, il a évoqué des mesures pour rendre la société et l’économie plus résilientes face aux attaques hybrides.
Deuxièmement, Merz a plaidé pour une Europe souveraine, concentrée sur la liberté, la sécurité et la compétitivité, en réduisant la bureaucratie et en stimulant l’innovation. Il a souligné l’importance de l’article 42 du Traité sur l’Union européenne, qui engage à une assistance mutuelle en cas d’attaque, et a mentionné des discussions avec Emmanuel Macron sur une dissuasion nucléaire européenne, dans le cadre de l’Otan.
Troisièmement, il a abordé la nécessité de forger un nouveau partenariat transatlantique, reconnaissant un fossé entre l’Europe et les États-Unis, mais insistant sur la force de l’Otan comme avantage compétitif pour les deux parties. Il a appelé à raviver la confiance et à établir un pilier européen fort au sein de l’Alliance.
Quatrièmement, Merz a évoqué la construction d’un réseau de partenariats mondiaux avec des pays comme le Canada, le Japon, l’Inde ou le Brésil, basé sur le respect mutuel et des intérêts partagés, pour éviter les dépendances et protéger la liberté.
Un appel à l’action et à la responsabilité
Le chancelier a conclu en rappelant que la liberté n’est plus un acquis dans cette nouvelle ère, et qu’elle exige fermeté, détermination et parfois des sacrifices. Il a réaffirmé l’engagement de l’Allemagne à agir avec ses voisins et alliés, jamais seule, tirant les leçons de l’histoire. Son discours se veut un appel à l’action pour façonner un avenir lumineux, fondé sur le droit et la coopération, pour les générations futures.



