Giorgia Meloni, une équilibriste entre Washington et Téhéran
Sur le dossier iranien, Giorgia Meloni, la présidente du Conseil italien, avance avec une prudence mesurée. Cette approche s'explique par sa position unique : elle est aujourd'hui considérée comme l'interlocutrice européenne privilégiée de Washington, tout en conservant un rôle d'alliée historique de Téhéran, avec un canal de dialogue toujours actif.
Des éloges de Washington pour une alliée précieuse
Dans une interview téléphonique accordée au quotidien italien Corriere della Sera, le président américain a récemment fait l'éloge de Giorgia Meloni, la qualifiant de "grande dirigeante" et d'"amie". Il a souligné qu'elle est une alliée précieuse pour son pays, engagé dans un conflit en Iran. Ces déclarations interviennent après l'annonce par Rome de l'envoi de structures navales pour la défense de Chypre, aux côtés de la France, de l'Espagne et des Pays-Bas, ainsi qu'en soutien aux pays du Golfe, ciblés par les frappes de riposte de Téhéran depuis une semaine.
Une guerre loin de faire l'unanimité en Italie et en Europe
Cependant, la guerre en Iran ne fait pas l'unanimité en Italie, en Europe, ni même aux États-Unis. Elle attise les craintes d'une inflation galopante des prix de l'énergie, un enjeu crucial dans un pays où les factures d'électricité figurent parmi les plus chères d'Europe, selon Euronews. De plus, Donald Trump est peu apprécié des Italiens : un sondage Yougov de janvier révèle que seuls 15 % ont une opinion favorable de l'ancien président américain. Giorgia Meloni maintient un profil bas, consciente que l'opinion publique s'oppose fortement à l'implication italienne dans le conflit, tout en cherchant à préserver ses relations avec Trump, comme l'analyse Leo Goretti de l'Istituto d'Affari Internazionali.
Une prudence de mise face aux défis intérieurs
La prudence de Giorgia Meloni est d'autant plus nécessaire que son gouvernement doit faire face à un référendum les 22 et 23 mars prochains sur une réforme judiciaire, qui pourrait servir de vote de confiance. Après le début des frappes le 28 février, elle a attendu trois jours avant de s'exprimer, selon le quotidien d'opposition Il Manifesto. Le journal note qu'elle a pris soin de ne pas exprimer un soutien ouvert à l'attaque, ni de critiquer Trump ou Israël. Dans un entretien radiophonique avec RTL 102.5, elle s'est alarmée d'une "crise toujours plus évidente du droit international", sans condamner explicitement les frappes en Iran, tout en évoquant l'invasion russe en Ukraine comme un précédent problématique.
Engagements diplomatiques et militaires limités
Au-delà de l'envoi de moyens navals, Giorgia Meloni a confirmé l'utilisation des bases américaines en Italie, comme la Naval Air Station Sigonella en Sicile, pour un soutien logistique, conformément aux accords bilatéraux de 1954. Elle a insisté sur le fait que ces opérations "n'impliquent pas de bombardements" et a réitéré que l'Italie n'est pas en guerre et ne souhaite pas y entrer. Elle travaille également sur le front diplomatique, en contact avec les alliés et les dirigeants du Moyen-Orient.
Rome, médiateur historique entre Washington et Téhéran
Contrairement à d'autres pays occidentaux, l'Italie, deuxième partenaire commercial européen de l'Iran derrière l'Allemagne, maintient un canal de discussion avec Téhéran. Le géant italien des hydrocarbures Eni, présent en Iran depuis 1950, pourrait servir de canal de dialogue. Giorgia Meloni a exprimé son souhait de relancer les négociations sur le nucléaire iranien, tout en soulignant la nécessité d'une désescalade et en conditionnant cela à l'arrêt des attaques iraniennes contre les pays voisins. Avant les frappes de février, Rome a souvent joué un rôle de médiateur entre Washington et Téhéran, accueillant même des cycles de négociations en avril 2025.



