Suzette Bloch, ancienne journaliste à l'AFP et petite-fille de Marc Bloch, revient sur l'annonce de l'entrée de l'historien résistant au Panthéon. Contactée début novembre 2025 via Facebook par le conseiller mémoire de l'Élysée, elle a été surprise : « Cette histoire est un sacré serpent de mer. » En 2006, dix-sept historiens avaient déjà demandé cette panthéonisation sans suite. Cette fois, la décision du président a relancé le débat familial.
Un accord familial sous conditions
« Est-ce qu'il aurait voulu cela ? » s'interroge Suzette Bloch. « C'était quelqu'un de modeste. Mais il a accepté les médailles de son vivant. » Après des discussions, la famille a donné son accord, mais avec des conditions précises, transmises par lettre au président. Elles portent sur le respect de l'unicité de Marc Bloch : historien, soldat et résistant. La famille a demandé que la communauté universitaire et la jeunesse soient au premier plan de l'hommage, et que les autorités religieuses se fassent discrètes. « Marc Bloch était juif, mais il était avant tout un laïque. Il a toujours refusé d'être essentialisé à une religion qu'il ne pratiquait pas. »
L'extrême droite indésirable
Suzette Bloch précise avoir demandé qu'aucun représentant de l'extrême droite ne soit présent : « Ils sont les héritiers des Waffen-SS qui ont assassiné mon grand-père. » Le protocole prévoit l'invitation de tous les présidents de groupe à l'Assemblée nationale. « J'ose espérer que certains ne viendront pas », ajoute-t-elle.
Pour elle, Marc Bloch mérite le Panthéon pour tous les aspects de sa vie : son œuvre d'historien, qui a révolutionné l'historiographie, mais aussi son engagement militant. « C'était un militant de la première heure de l'antifascisme. Je le dis avec force, à une époque où ce terme est trop souvent galvaudé. »
Une mémoire familiale transmise par l'extérieur
Suzette Bloch n'a pas connu son grand-père, fusillé le 16 juin 1944. Son père, Louis, ne lui en parlait jamais. « Je crois que comme beaucoup de gens de cette génération, il avait été traumatisé par la mort de ses parents. » La mémoire familiale s'est donc construite en grande partie par l'extérieur : le milieu universitaire, les écrits. « L'histoire de ma famille m'a surtout été transmise par l'extérieur », confie-t-elle.
Elle se dit touchée par l'engouement des jeunes pour Marc Bloch. « Son entrée au Panthéon est une aventure qui m'a conduit à rencontrer une jeunesse extraordinaire, qui s'est emparée de Marc Bloch, de ses idéaux et de ses valeurs. L'esprit critique, le savoir, le courage physique et moral, ne jamais avoir peur de défendre ses opinions… Tout cela parle aux jeunes. »
La panthéonisation de Marc Bloch est prévue le 23 juin 2026. Elle sera l'occasion de redécouvrir l'homme derrière l'historien, le soldat et le résistant, dont l'œuvre et l'engagement restent d'actualité.



