Mort de Leila Shahid : Une diplomate emblématique s'éteint dans le Gard
Leila Shahid, diplomate d'origine libanaise et ancienne représentante de la Palestine en France et auprès de l'Union européenne, est décédée ce mercredi 19 février 2026 à l'âge de 76 ans dans sa maison de Lussan, dans le Gard. Les premières constatations privilégient la thèse du suicide, liée à une dépression profonde aggravée par l'enlisement du conflit israélo-palestinien.
Lussan, sa Jérusalem personnelle
Installée depuis une quarantaine d'années dans le mas de La Lèque, un hameau à l'écart du village, Leila Shahid partageait son temps entre le Gard, Beyrouth et le Maroc, patrie de son époux, le poète Mohamed Berrada. Elle avait découvert Lussan grâce à un ami, l'ancien ambassadeur Yves Aubin de la Mezzuzière, et en était tombée amoureuse, déclarant en 2011 à Midi Libre : "C'est ma Jérusalem". Elle comparait le village à une couronne assise sur sa colline, évoquant un mystère et une austérité qui lui rappelaient la ville sainte.
Attirée par la France depuis ses études au collège protestant français de Beyrouth, elle avait choisi le Gard pour échapper au tourisme parisien du Lubéron, appréciant la végétation méditerranéenne, la garrigue, et les odeurs de pin et de thym qui lui rappelaient son enfance au Liban.
Un engagement culturel et solidaire dans le Gard
Leila Shahid s'est fortement impliquée dans la vie locale, notamment à travers la manifestation "Lussan se livre", dont elle a été marraine à deux reprises. "Elle a été formidable pour le village", témoigne l'ancien maire Yvan Verdier, soulignant son aide pour convaincre des écrivains comme le dessinateur Plantu, attirant plus de 2000 personnes en 2016.
Son action s'étendait au-delà de Lussan :
- Fidèle du festival de chanson française de Barjac, elle avait été émue en 2014 par un hommage au drapeau palestinien du public.
- Elle a participé à "Automne palestinien en Cévennes" et inauguré en 2018 un parcours Stéphane Hessel à Vébron, en Lozère.
- En 2017, elle a fait don de six caisses de livres à la commune de Barjac, témoignant de sa passion pour la culture.
Une dépression liée aux conflits et à la retraite
Leila Shahid vivait mal l'enlisement du conflit israélo-palestinien, avec des traumatismes remontant au massacre de Chatila en 1982, qu'elle avait découvert avec l'écrivain Jean Genet. Sa retraite, qualifiée de "démission déguisée" par Le Monde, l'a isolée, elle qui avait côtoyé les plus grandes personnalités mondiales.
Bien que la reconnaissance de l'État de Palestine par Emmanuel Macron en 2025 lui ait apporté un rayon de soleil, elle restait sceptique face à la violence mondiale. L'écrasement de Gaza en 2023 l'a plongée dans une dépression dont elle ne s'est jamais remise, conduisant à sa mort par chute d'une terrasse de sept mètres, selon les pompiers gardois.
Une enquête de gendarmerie est en cours pour confirmer les circonstances exactes de son décès.



