Le Kenya en Russie pour stopper l'enrôlement forcé de ses citoyens dans l'armée russe
Kenya en Russie contre l'enrôlement forcé de ses citoyens

Le Kenya lance une offensive diplomatique à Moscou contre l'enrôlement forcé

Le ministre des Affaires étrangères du Kenya, Musala Mudavadi, a entamé dimanche une visite officielle de deux jours à Moscou. L'objectif principal de cette mission diplomatique est de mettre un terme à l'enrôlement forcé de citoyens kényans dans l'armée russe, un problème qui affecte également de nombreux autres pays africains.

Un recrutement basé sur la tromperie et des promesses fallacieuses

Plusieurs médias, dont Sud Ouest, ont documenté ces derniers mois comment des Kényans, souvent sans aucune expérience militaire, se voient promettre depuis le Kenya des emplois civils bien rémunérés en Russie. Une fois sur place, ils sont contraints de signer un contrat avec l'armée russe et envoyés sur le front ukrainien après une formation militaire accélérée.

Les services de renseignement kényans estiment que plus de 1 000 Kényans ont péri dans ces conditions, selon un rapport dont l'AFP a obtenu copie. Musala Mudavadi, qui rencontrera son homologue russe Sergueï Lavrov et d'autres membres du gouvernement, « intensifiera les efforts diplomatiques afin d'empêcher de nouveaux problèmes liés à des recrutements trompeurs », indique un communiqué du ministère kenyan.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

La demande de rapatriement et la protection des citoyens

Le ministre kenyan « plaidera également pour la mise en place, à leur intention, d'une procédure sûre en vue de leur rapatriement », précise le texte officiel. Cette démarche fait écho à celle de l'Afrique du Sud, qui a obtenu fin février le rapatriement de quinze de ses ressortissants sur dix-sept ayant appelé à l'aide en novembre dernier.

Ces Sud-Africains expliquaient être coincés dans la région du Donbass après avoir été attirés en Russie par la ruse et contraints de rejoindre des unités de mercenaires soutenant l'armée russe.

Un schéma délibéré de recrutement illégal

La découverte de cette tromperie a provoqué d'importants remous au Kenya. Abraham Korir Sing'Oei, numéro deux du ministère des Affaires étrangères kenyan, a jugé « inacceptable » que ses ressortissants soient utilisés comme « chair à canon » par l'armée russe.

« Il semble qu'il y ait un schéma consistant à attirer des gens et à les faire mourir », a déploré le diplomate, dénonçant un « programme intentionnel visant à recruter de manière illégale des personnes d'ascendance africaine ».

L'ampleur du phénomène à l'échelle africaine

L'Ukraine estime que près de 1 800 Africains combattent contre elle au sein des forces russes. Le collectif All Eyes on Wagner a publié mi-février les noms de 1 417 Africains enrôlés entre janvier 2023 et septembre 2025, avec plus de 300 morts au combat.

Les Égyptiens, Camerounais et Ghanéens constituent les principaux contingents africains sur place, mais ces chiffres sont probablement sous-estimés compte tenu de l'ampleur du phénomène observé au Kenya.

Le contexte économique et la controverse d'un accord de main-d'œuvre

L'Afrique, avec sa population jeune en quête d'opportunités à l'étranger, représente un vivier idéal pour des recruteurs peu scrupuleux. Depuis 2023, plus de 400 000 Kényans ont quitté leur pays pour échapper à la pauvreté et au chômage.

Leurs transferts d'argent sont cruciaux pour l'économie kényane. En novembre, Musala Mudavadi estimait ces envois à 6,7 milliards d'euros pour 2025, soit environ un tiers des recettes fiscales de l'État.

Dans ce contexte, le ministre kenyan souhaite également signer un accord de main-d'œuvre avec la Russie durant sa visite. Une initiative qualifiée de « ridicule » par Ojiro Odhiambo de l'ONG Vocal Africa, qui dénonce l'« insensibilité » de Nairobi face au sort de ses citoyens.

« Conclure un accord de main-d'œuvre signifie tout simplement que davantage de jeunes hommes vont être attirés pour rejoindre l'armée russe », affirme-t-il, estimant que cela revient à « soutenir la Russie dans cette guerre ».

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale

Plus de 400 familles de victimes kényanes ont contacté l'ONG, mais rares sont celles qui maintiennent encore un contact avec leurs projets contraints de porter l'uniforme russe. La plupart de ces hommes sont présumés morts ou disparus.