Hongrie : le ministre Szijjarto accusé d'informer Moscou des délibérations secrètes de l'UE
Hongrie : le ministre accusé d'informer Moscou des secrets de l'UE

Hongrie : le ministre Szijjarto accusé d'informer Moscou des délibérations secrètes de l'UE

La Hongrie est-elle devenue le cheval de Troie de la Russie au sein de l'Union européenne ? Cette accusation récurrente prend une tournure particulièrement grave à l'approche des législatives hongroises du 12 avril. Selon des révélations du Washington Post, le ministre hongrois des Affaires étrangères, Peter Szijjarto, informerait régulièrement son homologue russe, Sergueï Lavrov, des discussions à huis clos du Conseil des Affaires étrangères de l'UE. Le journal américain s'appuie sur les déclarations anonymes d'un responsable européen de la sécurité, affirmant que ces échanges auraient lieu en direct pendant les pauses des réunions.

Une défense qui ne convainc pas

Lundi, à l'issue d'un forum à Sarvar, Peter Szijjarto a partiellement reconnu les faits dans un entretien accordé au site indépendant Telex.hu, tout en cherchant à les banaliser. « Je consulte les personnes clés pour la Hongrie avant et après les conseils des ministres des Affaires étrangères, au sujet des décisions prises ou à prendre », a-t-il déclaré. Il précise qu'il agit de même avec les Turcs, les Israéliens et les Américains, ajoutant : « Je ne vois rien d'extraordinaire à cela, c'est l'essence même de la politique étrangère et de la diplomatie ».

Le ministre hongrois affirme ne pas craindre que des informations issues de ses conversations avec Lavrov soient divulguées, car il tiendrait la même position au téléphone qu'en public. Cependant, cette défense habile élude le cœur du problème : ce qui est véritablement problématique, c'est la divulgation du délibéré confidentiel des vingt-six autres ministres, particulièrement lorsqu'il s'agit d'évaluer les sanctions individuelles, les contournements possibles et les dispositifs à mettre en place.

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Réactions européennes : de la lassitude à l'indignation

Le Premier ministre polonais, Donald Tusk, a réagi avec une lassitude révélatrice. « La nouvelle qu'Orban et ses gens informent Moscou dans les moindres détails des réunions du Conseil de l'UE ne devrait surprendre personne », a-t-il écrit sur X. « Nous en avions depuis longtemps la suspicion. C'est l'une des raisons pour lesquelles je ne prends la parole que quand c'est strictement nécessaire et ne dis que le strict minimum ». Cette déclaration est lourde de sens : un chef de gouvernement européen admet publiquement pratiquer l'autocensure au Conseil, intégrant la fuite potentielle vers Moscou comme une donnée de travail depuis des années.

Son ministre des Affaires étrangères, Radoslaw Sikorski, a été plus direct : « Cela expliquerait beaucoup de choses, Peter », a-t-il lancé sur X à son homologue hongrois. Gabrielius Landsbergis, l'ancien ministre des Affaires étrangères lituanien, a confirmé avoir été alerté dès début 2024 de l'existence d'un canal privilégié entre Budapest et Moscou.

La Commission européenne demande des clarifications

La Commission européenne a exprimé son inquiétude par la voix de sa porte-parole, Anitta Hipper, qualifiant les révélations de « très préoccupantes ». Elle a rappelé qu'une « relation de confiance entre les États membres et entre eux et l'institution est fondamentale pour le fonctionnement de l'UE ». Bruxelles attend désormais des « clarifications » de la part de Budapest.

Selon Politico, citant cinq diplomates et fonctionnaires, l'UE a déjà tiré les conséquences de cette situation : la Hongrie est désormais exclue des négociations les plus sensibles, les réunions se tenant en comités restreints sur les sujets épineux.

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Une campagne électorale hongroise sous haute tension

À moins de vingt jours des législatives, la tension est à son comble à Budapest. La campagne entre Viktor Orban et son rival, Péter Magyar, est d'une violence inouïe, multipliant les tentatives de déstabilisation par tous les moyens. Le Washington Post ajoute un élément troublant : citant un rapport interne du SVR, le service de renseignement extérieur russe, des espions russes proposaient en février de « mettre en scène un attentat contre Viktor Orban » pour « faire basculer la campagne du rationnel vers l'émotionnel ». Cette opération, baptisée « le Gamechanger », s'inspirerait explicitement de la tentative d'assassinat contre Donald Trump en juillet 2024.

Moscou surveille avec inquiétude les sondages hongrois, car Viktor Orban reste un allié précieux. Les instituts indépendants sont unanimes : le parti Tisza de Péter Magyar mène largement, avec des intentions de vote oscillant entre 51,3 % et 55 % selon les sondages, contre 35 % à 40,1 % pour le Fidesz d'Orban. Cependant, le découpage électoral avantageant le Fidesz dans 106 circonscriptions pourrait transformer une victoire en voix en défaite en sièges pour Tisza.

Des liens privilégiés avec Moscou qui divisent l'Europe

Les coups de fil entre Szijjarto et Lavrov alimentent la chronique de la campagne. Lundi, le journaliste d'investigation Szabolcs Panyi a publié la transcription d'un appel téléphonique de 2020 où Szijjarto demandait à Lavrov d'organiser une invitation à Moscou pour Peter Pellegrini, alors candidat aux élections slovaques, pour aider sa campagne. Szijjarto a confirmé les faits tout en les nuancant, affirmant avoir simplement demandé « une rencontre » et non « une faveur ».

Sa justification en dit long : « Il est toujours plus facile de coopérer avec un gouvernement souverain qu'avec un gouvernement financé par Soros ». Pour Budapest, Moscou est un partenaire légitime d'influence électorale chez les voisins, tandis que pour l'Union européenne, la Russie est infréquentable depuis qu'elle bombarde des civils ukrainiens.

Un point de rupture approche

Ces deux mondes cohabitent depuis des années au sein du même Conseil, mais le point de rupture semble proche. Si Viktor Orban est réélu le 12 avril, sa stratégie de veto contre les décisions du Conseil et ses revirements sur l'octroi du prêt à l'Ukraine ne seront probablement plus tolérés par ses partenaires européens. Le président du Conseil, Antonio Costa, devrait s'exprimer dans les prochains jours.

Lors du dernier Conseil européen, jeudi 19 mars, Viktor Orban a subi des pressions intenses. Tous les dirigeants européens ont successivement exigé qu'il tienne ses engagements vis-à-vis du prêt à l'Ukraine. Le Premier ministre hongrois a accusé le coup et est sorti de la salle lorsque le président Zelensky est intervenu en vidéo. « Il avait sans doute besoin de s'étirer », a ironisé un témoin, révélant le climat de défiance qui règne désormais au sein de l'Union européenne.