Groenland : la stratégie danoise pour contenir l'appétit américain avant les élections
Si la tension a baissé d'un cran, l'intérêt américain pour l'immense territoire autonome danois n'a pas faibli. La ligne rouge côté groenlandais et danois reste inchangée : aucun transfert de souveraineté n'est envisageable. Après un début d'année tumultueux marqué par les menaces répétées de Donald Trump de prendre le contrôle du Groenland, Copenhague et Nuuk misent désormais sur la discrétion des enceintes diplomatiques pour apaiser l'appétit américain, à l'approche des élections législatives danoises du 24 mars.
Une désescalade diplomatique en cours
« Les tensions étaient très fortes en janvier, avec des polémiques qui fusaient sur les réseaux sociaux et dans les médias, il fallait une forme de désescalade », explique l'historienne Astrid Andersen, chercheuse à l'Institut danois des études internationales (DIIS). La mise en place d'un groupe de travail diplomatique et le lancement par l'Otan d'une mission, baptisée Arctic Sentry, pour renforcer sa présence en Arctique ont permis de faire redescendre la température. « La stratégie semble donc désormais consister à la maintenir à ce niveau et à éviter autant que possible de se disputer par médias et réseaux sociaux interposés », estime-t-elle.
La ligne rouge de la souveraineté
Pourtant, l'intérêt américain pour le Groenland demeure vif. Récemment, la proposition de Donald Trump d'envoyer un navire-hôpital américain pour pallier les failles du système de santé local s'est vue opposer une fin de non-recevoir, sans toutefois envenimer la situation. « Le gouvernement danois va tout faire pour conserver une position de temporisation », insiste Mikaa Mered, spécialiste de l'Arctique. Cette prudence est d'autant plus cruciale que le Danemark est en pleine campagne électorale.
Une coopération renforcée entre Copenhague et Nuuk
Pour Julie Rademacher, présidente de l'association des Groenlandais du Danemark, « c'est la première fois qu'il y a une coopération aussi proche entre Copenhague et Nuuk. Je m'attends à ce que cela continue après les élections, quel que soit le résultat ». Elle ajoute : « Nous devons commencer notre processus de réconciliation aujourd'hui ». Même en abordant les dossiers sensibles, « il y a un risque que ce soit utilisé par Trump, il faut qu'on fasse ça ensemble Groenlandais et Danois, pour avancer ».
Les craintes d'une ingérence américaine
Un avis partagé par Aqqaluk Lynge, fondateur du parti de gauche Inuit Ataqatigiit. « On ne peut plus parler. On doit être très prudents sur tout », assure-t-il. Cet ancien ministre plaide pour un resserrement des liens avec Copenhague et redoute qu'à l'approche du vote, Donald Trump ne s'approprie le discours indépendantiste. « Il va tout utiliser », s'emporte-t-il. « Nous devons nous assurer que ces élections ne seront pas influencées par les États-Unis ».
La discrétion comme bouclier
À Nuuk, certaines associations et acteurs de la société civile choisissent eux aussi la discrétion, de peur de voir leurs propos récupérés par Washington. L'approche actuelle tend à remettre à plus tard certains dossiers sensibles entre les deux capitales, craignant qu'ils ne soient exploités par l'administration américaine. Sur le dossier de la campagne de contraception forcée des jeunes Groenlandaises dans les années 1960, un rapport remis début février au gouvernement groenlandais pourrait qualifier ces actes de génocide. « Si ses conclusions évoquent un génocide, cela ne manquera pas de provoquer de nouvelles vagues. Les gouvernements devront s'en saisir, et l'administration Trump cherchera très probablement à l'exploiter également », estime Astrid Andersen.
Une image d'unité à promouvoir
En février, la visite très policée du roi Frederik X sur l'île arctique a contribué à donner une image unie du royaume du Danemark, qui inclut le Groenland, le Danemark métropolitain et les îles Féroé. Ce voyage officiel, préparé avec minutie, visait aussi à créer des contre-images positives. « Une partie de sa visite visait bien sûr aussi à créer de belles contre-images face aux images produites par les États-Unis : des images du roi accueilli au Groenland, destinées à montrer que les relations avec le Danemark sont fortes et positives », ajoute Astrid Andersen. Cette stratégie de communication vise à renvoyer une image d'union face aux ambitions américaines, tout en préservant la souveraineté danoise sur le territoire groenlandais.



