Eurovision : un livre décrypte la géopolitique derrière les paillettes du concours
Eurovision : la géopolitique derrière les paillettes

Eurovision : un livre révèle la géopolitique cachée derrière le kitsch et les paillettes

Le livre « Géopolitique de l’Eurovision - La bande-son de la construction européenne », qui paraît ce jeudi, décrypte comment, derrière son apparence kitsch et scintillante, l'Eurovision représente un événement de soft power sans cesse « percuté par l'actualité ». Les auteurs Cyrille Bret et Florent Parmentier analysent ce phénomène à travers les boycotts inédits, les polémiques récurrentes et les votes de blocs qui marquent le plus grand concours musical au monde.

Un concours musical au cœur des enjeux politiques

Alors que la 70e édition se tiendra en mai à Vienne, les auteurs présentent l'Eurovision comme un « phénomène politique, médiatique et géopolitique ». Cyrille Bret, chercheur associé à l'institut Jacques Delors, souligne que bien que le règlement exige une neutralité politique, le concours « pâtit du syndrome des Jeux olympiques », destinés à promouvoir la paix mais devenant un champ de bataille pour les stratégies de domination mondiale. Il précise : « C’est apolitique selon les termes du règlement, mais en réalité, c’est une arène politique. La différence, c’est qu’on ne conquiert pas des territoires, mais des espaces médiatiques. Les armes, ce sont des chansons et des chorégraphies. »

Boycotts et prises de position politiques

Le livre aborde notamment le boycott inédit des diffuseurs publics espagnol, irlandais, islandais, slovène et hollandais, opposés à la participation d'Israël. Cyrille Bret y voit « une prise de position politique très nette », visant à refuser à Israël « une vitrine de visibilité, ni un gage de notabilité et de respectabilité ». Il rappelle que ces pays ont également réclamé l'exclusion des groupes audiovisuels russe et biélorusse depuis 2022, démontrant leur conviction que l'Eurovision est un « outil d'influence majeur ».

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Florent Parmentier, secrétaire général du Centre de recherches politiques de Sciences-Po, complexifie l'analyse en évoquant l'aspect financier : « L’organisation d’une finale coûte en moyenne entre 20 et 30 millions d’euros. Pour un audiovisuel public, ça représente un investissement considérable. » Il souligne également l'implication de Moroccanoil, principal partenaire de l'Eurovision, dont les capitaux israéliens pourraient compliquer les boycotts.

Anticipations pour la prochaine édition et perspectives françaises

Cyrille Bret anticipe une édition perturbée, avec « plein de drapeaux palestiniens, de couleurs palestiniennes », et prévoit que les réalisateurs autrichiens devront jongler avec la neutralité imposée par le règlement. Il s'attend à « un jeu du chat et de la souris » pour maintenir l'apparence d'Israël comme un candidat ordinaire, mais prédit que « la polémique continuera », probablement avec des sifflets dans la salle.

Concernant la France, qui n'a pas gagné depuis Marie Myriam en 1977, Florent Parmentier nuance : « Ça dépend de nombreux facteurs. Si on regarde ces dernières années, le classement français s’est plutôt amélioré avec Barbara Pravi 2e et Slimane 4e. » Il ajoute que la performance future dépendra de la capacité des candidats à répondre aux « questions géopolitiques » soulevées lors des entretiens.

En définitive, ce livre offre une plongée fascinante dans les coulisses géopolitiques de l'Eurovision, révélant comment ce concours musical dépasse largement le simple divertissement pour devenir un reflet des tensions et alliances internationales.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale