Xavier Driencourt : « Macron a raison sur les médecins, tort sur l’Algérie »
Driencourt : Macron a raison sur les médecins, tort sur l’Algérie

Il est devenu, au fil des années, l’une des bêtes noires du régime algérien. Xavier Driencourt a passé près de huit ans à l’ambassade d’Alger, en deux mandats : 2008-2012, puis de 2017 à 2020. Auteur de L’énigme algérienne (L’Observatoire, 2022) et de France-Algérie, le double aveuglement (L’Observatoire, 2025), il plaide, depuis sa retraite, pour une fermeté qu’Emmanuel Macron, selon lui, n’a jamais su traduire en actes.

Lundi 27 avril, en visite dans un hôpital de l’Ariège, le chef de l’État a qualifié de « mabouls » ceux qui défendent une position de fermeté à l’égard de l’Algérie. Bruno Retailleau, désigné dix jours plus tôt candidat des Républicains à la présidentielle, s’est senti visé : il a répliqué dès le lendemain par une lettre dévoilée par nos confrères du Figaro. Le diplomate remet en question la position du quai d’Orsay et du ministre des Affaires Étrangères Jean-Noël Barrot, qui parle d’une « diplomatie exigeante » dont les résultats peinent à se voir.

Une politique jugée incohérente

Xavier Driencourt a été ambassadeur de France en Algérie de 2008 à 2012, puis de 2017 à 2020. Interrogé par Le Point, il revient sur les propos d’Emmanuel Macron et les contradictions de la stratégie française. Selon lui, le président a raison de dénoncer les lourdeurs administratives pour les médecins étrangers, mais il fait un « amalgame » en liant ce dossier à l’Algérie. « Cela n’a aucun rapport », estime-t-il.

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Driencourt souligne que le président a relancé le débat sur l’Algérie alors que celui-ci était apaisé depuis trois mois. « C’est sans doute une manœuvre politique », ajoute-t-il. Il partage les critiques de Bruno Retailleau sur le fond, mais regrette la forme : « Il faut faire sans le dire, maintenir une ambiguïté stratégique. »

Des contradictions présidentielles

L’ancien ambassadeur rappelle qu’en août 2025, Emmanuel Macron lui-même demandait à François Bayrou « une approche de plus grande fermeté » avec l’Algérie. Pourtant, les mesures annoncées n’ont pas été suivies d’effets. « Nous avons continué à délivrer 250 000 visas par an, augmenté le nombre de visas étudiants, alors qu’on sait que les étudiants algériens ne repartent pas », déplore-t-il.

Driencourt raconte qu’en 2017, lors d’une réunion avec les ministres Le Drian et Collomb, il avait demandé des instructions claires sur les visas. « La réponse a été : “Faites au mieux.” » Il a alors mis en place un plan d’action réduisant les visas de 430 000 à 279 000, sans l’annoncer, contrairement à Gérald Darmanin en 2021.

L’échec de la « diplomatie exigeante »

Le cas du journaliste Christophe Gleizes, condamné à sept ans de prison en Algérie, illustre l’inefficacité de la stratégie française. « On nous a dit de ne pas en rajouter avant le procès. Rien n’a été rajouté, pourtant le verdict est tombé plein pot », constate Driencourt. Il compare cette situation à celle de Boualem Sansal, libéré grâce à un comité de soutien et à l’intervention de Berlin.

Selon lui, les Algériens ne comprennent que le rapport de force, hérité de l’URSS de Brejnev. « Nous savons faire le rapport de force avec Poutine en Ukraine, mais pas avec Alger », regrette-t-il.

Une crise qui pourrait durer

Interrogé sur une possible inversion de tendance avant la présidentielle de 2027, Driencourt se montre pessimiste. « Les Algériens sont en position de force : ils reçoivent le pape, le baril de pétrole dépasse 100 dollars, ils ont engrangé 20 milliards de dollars. Pourquoi changeraient-ils ? »

Il conclut : « Nous aussi, nous sommes en position de force, mais nous refusons d’utiliser nos leviers. C’est ça, le drame français. »

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