Cuba et les États-Unis renouent le dialogue dans le secret
Entre Cuba et les États-Unis, le dialogue reprend discrètement. Les deux nations ont confirmé la semaine dernière être engagées dans des pourparlers, visant à « chercher des solutions, par la voie du dialogue, aux différends bilatéraux qui existent entre nos deux Nations », a déclaré Miguel Díaz-Canel devant les plus hautes autorités cubaines, incluant des membres du Bureau politique du Parti communiste cubain (PCC).
La présence intrigante de Raúl Guillermo Rodriguez Castro
Lors de cette allocution présidentielle, un homme était présent : Raúl Guillermo Rodriguez Castro. Il est présenté comme l'un des interlocuteurs de Marco Rubio – le chef de la diplomatie américaine, d'origine cubaine et fervent opposant au régime – lors de ces discussions secrètes entre les deux ennemis historiques. Mais qui est-il vraiment ?
Garde du corps et héritier du système
Né dans les années 1980, il n'est autre que le petit-fils de l'ex-dirigeant Raúl Castro, président jusqu'en 2021 et figure emblématique de la révolution cubaine aux côtés de son frère Fidel Castro. Proche de son grand-père maternel, Raúl Guillermo Rodriguez Castro a été son garde du corps personnel. En 2016, il est nommé chef de la Direction générale de la sécurité personnelle, unité chargée de protéger le président. « Il est colonel et travaille au ministère de l'Intérieur », précise Marie-Laure Geoffray, maîtresse de conférences en sciences politiques à l'université Sorbonne Nouvelle, Paris-3.
Son père, Luis Alberto Rodríguez López-Calleja, était également un dignitaire majeur du régime cubain. Général, il a dirigé jusqu'à sa mort le « GAESA », un conglomérat contrôlé par l'armée qui domine une partie cruciale de l'économie cubaine. Le militaire était aussi membre du PCC, cumulant des rôles politiques, militaires et économiques de premier plan.
Un personnage méconnu mais influent
Raúl Guillermo Rodriguez Castro incarne l'héritier de cette concentration des pouvoirs. Pourtant, « c'est un personnage peu connu en tant que personnalité politique », assure Marie-Laure Geoffray. « Il est plus connu pour appartenir au clan des petits-enfants Castro, qui bénéficient de privilèges liés à leur appartenance familiale », ajoute-t-elle. Thomas Posado, maître de conférences en civilisation latino-américaine à l'université de Rouen, abonde : « A partir du moment où l'on appartient à la famille Castro, on acquiert une certaine notoriété. Mais ce n'est pas une figure hégémonique ou vue comme un successeur. »
Rodriguez Castro est parfois surnommé « El Cangrejo » (le Crabe) en raison d'une malformation de la main opérée dans sa jeunesse. Des médias internationaux ou cubains indépendants lui prêtent un train de vie luxueux, avec jets privés et frasques. Si ces informations sont difficiles à vérifier, elles servent aux opposants au régime à « mettre le doigt où ça fait mal en pointant le creusement des inégalités à Cuba », résume Thomas Posado.
Un contexte économique catastrophique
Cuba traverse sa plus grave crise économique depuis plus de trente ans, dans une situation désastreuse. Outre l'embargo qui affaiblit La Havane depuis des décennies, les États-Unis ont instauré un blocus énergétique depuis la capture du président vénézuélien Nicolas Maduro en janvier, aggravant les pénuries et les conditions de vie des habitants.
Un réseau important mais un rôle politique incertain
Le profil de Castro, membre d'une élite cubaine qui contrôle l'économie et la politique à La Havane, pourrait offrir des atouts dans des négociations secrètes. « Il a accès non seulement à l'élite économique mais aussi à l'armée, par sa position et son titre, puis aux élites politiques gouvernantes de par ses relations familiales », explique Marie-Laure Geoffray.
Cependant, son rôle politique laisse les experts sceptiques, d'autant qu'il n'appartient pas au gouvernement. « Ce n'est pas quelqu'un qui a un profil politique suffisant pour fonctionner en propre comme un négociateur », analyse-t-elle. Thomas Posado imagine : « Je ne pense pas que les États-Unis puissent lui faire jouer un rôle de fossoyeur du gouvernement cubain », établissant un parallèle avec Delcy Rodriguez, nouvelle présidente du Venezuela.
Des mesures économiques insuffisantes
Lundi, La Havane a annoncé de nouvelles mesures économiques pour sortir de l'impasse : la diaspora cubaine pourra désormais investir sur l'île dans des secteurs comme les banques, l' agriculture, le tourisme ou les mines. Mais ces initiatives n'ont pas été jugées suffisantes. « Cuba a une économie qui ne fonctionne pas et le système politique et gouvernemental est incapable d'y remédier. Il leur faut donc opérer un changement radical », a martelé Marco Rubio, chef de la diplomatie américaine.



