Cuba confirme des pourparlers avec les États-Unis et libère des prisonniers politiques
Dans une annonce historique, le président cubain Miguel Díaz-Canel a confirmé vendredi 13 mars que des pourparlers étaient en cours avec les États-Unis, tout en révélant la libération de 51 prisonniers politiques sous l'égide du Vatican. Cette double déclaration marque un tournant potentiel dans les relations entre ces deux ennemis idéologiques, après des mois de tensions exacerbées par les déclarations offensives de l'ancien président américain Donald Trump.
Un processus diplomatique sensible
Lors d'une intervention télévisée devant les plus hautes autorités cubaines, dont des membres du Bureau politique du Parti communiste cubain, Miguel Díaz-Canel a détaillé les objectifs de ces discussions. « Des responsables cubains ont récemment eu des discussions avec des représentants du gouvernement des États-Unis », a-t-il affirmé, précisant que ces pourparlers visaient à « chercher des solutions, par la voie du dialogue, aux différends bilatéraux qui existent entre nos deux nations ».
Le chef de l'État a souligné le caractère « très sensible » de ce processus, dont le but est de « s'éloigner de la confrontation ». Il a insisté sur la nécessité que ces échanges se fassent « sur la base de l'égalité et du respect des systèmes politiques des deux États ». Cette annonce contraste avec les démentis précédents de La Havane, alors que Donald Trump affirmait depuis mi-janvier que des négociations étaient en cours avec de hauts responsables cubains.
Le rôle crucial du Vatican
L'Église catholique joue un rôle central dans ce dégel diplomatique, agissant comme médiateur historique entre Washington et La Havane. C'est sous son égide que 51 prisonniers politiques ont été libérés, dont Adael Jesús Leyva Díaz, 29 ans, et Ronald García Sánchez, 33 ans, condamnés respectivement à 13 et 14 années de prison pour leur participation aux manifestations antigouvernementales du 11 juillet 2021.
L'ONG Cubalex, basée à Miami, a confirmé la libération d'au moins quatre autres personnes incarcérées après ces manifestations. Selon l'organisation de défense des droits humains Justicia11J, jusqu'à ces premières remises en liberté, 760 personnes étaient incarcérées pour des raisons politiques à Cuba, dont 358 pour avoir manifesté en juillet 2021.
Réactions internationales et contexte économique
La présidente mexicaine Claudia Sheinbaum a salué ces pourparlers, dénonçant l'« injustice commise depuis de nombreuses années à l'encontre du peuple cubain » due à l'embargo américain en vigueur depuis 1962. Le Mexique a intensifié son aide humanitaire, avec l'arrivée de deux nouveaux bateaux de la marine nationale à La Havane, portant à 3 000 tonnes l'aide envoyée en moins d'un mois.
Cependant, le contexte reste tendu. Un responsable de la Maison Blanche a réitéré la position de Donald Trump, qualifiant Cuba de « nation en faillite » et estimant qu'un accord avec son gouvernement « serait très facile à conclure ». Washington impose depuis janvier un blocus énergétique de facto à Cuba, invoquant une « menace exceptionnelle » pour la sécurité nationale américaine.
Crise économique et tensions sociales
L'île de 9,6 millions d'habitants est confrontée à une profonde crise économique, avec des pénuries massives de carburant et des coupures d'électricité prolongées. Ces difficultés ont provoqué des tensions sociales, comme en témoigne l'attaque d'un siège local du Parti communiste cubain dans la province de Ciego de Ávila par des manifestants protestant contre les coupures de courant et les pénuries de produits de base.
Malgré ces défis, la confirmation des pourparlers et les libérations de prisonniers politiques suggèrent une possible ouverture diplomatique. Miguel Díaz-Canel a évoqué des « facteurs internationaux » ayant facilité ces échanges avec Washington, sans fournir plus de détails, laissant entrevoir des développements à venir dans cette relation bilatérale complexe.



