La Chine, une puissance distante dans les conflits mondiaux
La guerre ne se confond pas avec la puissance. L'une peut exister sans l'autre, et l'une peut même affaiblir l'autre. Cette idée éclaire en partie la retenue manifestée par la Chine depuis le début du conflit en Iran. Dans ses déclarations publiques, Pékin fait preuve d'une prudence encore plus grande que celle des Nations unies. Son vocabulaire est mesuré ; son ton, sobre ; son implication, distante. Autant dire qu'avec des alliés comme la Chine, on n'a guère besoin d'ennemis. L'Iran et le Venezuela en ont désormais pris conscience.
Une retenue stratégique face aux conflits
Si, comme certains l'estiment, la Troisième Guerre mondiale pourrait éclater dans le détroit d'Ormuz, elle se déroulerait sans la participation de Pékin. La Chine constitue un empire qui ne pratique pas l'impérialisme traditionnel. Pourtant, depuis l'avènement de Xi Jinping, les démonstrations de force ne manquent pas. C'est ce que révélait l'essai de François Bougon, Dans la tête de Xi Jinping (2017). Après s'être attribué, en 2016, le titre de commandant en chef des armées, Xi a ordonné des opérations navales autour d'îles japonaises, dont certaines sont désormais revendiquées par Pékin comme relevant de la souveraineté chinoise.
De même, en mer de Chine méridionale, le président chinois a fait construire des îles artificielles qui empiètent sur l'espace maritime des Philippines. Quant aux déploiements aéronavals spectaculaires autour de Taïwan, ils reflètent l'impatience et la détermination de la Chine à rattacher cette île, de gré ou de force.
Le pari risqué d'une invasion de Taïwan
D'un point de vue militaire, une invasion de Taïwan représente un pari extrêmement risqué. Envahir une île constitue l'une des épreuves tactiques et stratégiques les plus difficiles à surmonter, comme le confirment tous les manuels de guerre. Les échecs de Napoléon Bonaparte et d'Adolf Hitler face à l'Angleterre, ainsi que celui des États-Unis à Cuba avec la désastreuse offensive de la baie des Cochons, en témoignent.
Taïwan est vaste – presque autant que les Pays-Bas – et peuplé (plus de 24 millions d'habitants). Une campagne militaire serait donc très coûteuse en vies humaines, ce qui pose un problème majeur. Il s'agit moins d'un enjeu extérieur que d'un défi intérieur. Pour les Chinois, Taïwan est chinois, ils l'ont appris à l'école, mais sont-ils prêts à mourir pour elle ? Rien n'est moins sûr.
Selon une étude de 2021, réalisée par la New York University de Shanghai et l'université nationale de Singapour, rapportée par le journaliste Frédéric Lemaître dans Cinq ans dans la Chine de Xi Jinping, 55% des Chinois sont favorables au lancement d'une guerre d'unification avec Taïwan. Un score honorable, mais qui ne représente qu'un peu plus de la moitié de l'opinion. Pour une guerre longue et meurtrière, cela reste insuffisant, suscitant ainsi l'hésitation du Parti communiste.
L'influence de l'opinion publique en Chine
La Chine, bien que dictature, voit l'opinion publique exercer une influence sur les décisions de Xi Jinping. Depuis la guerre sino-vietnamienne de 1979, où environ 30 000 Chinois sont morts, la population se méfie des interventions armées, voire les désapprouve. Certains y voient un traumatisme, d'autres une culture propre à un pays gigantesque, militariste et téméraire, mais où l'expansionnisme n'est pas la norme.
La violence criminelle du gouvernement envers les populations jugées réfractaires, comme les Tibétains ou les Ouïgours, induit l'Occident en erreur sur la politique étrangère de Pékin. Rien n'indique que Xi Jinping ait l'ambition d'assumer la responsabilité d'une police mondiale comparable à celle exercée par les États-Unis depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Il n'en a ni le luxe, ni l'envie. Frédéric Lemaître l'écrit : « Xi est nationaliste, mais pas forcément belliqueux. »
Un soutien limité aux alliés
La Chine aide ses alliés principalement dans le cadre domestique. Par exemple, le Venezuela a bénéficié d'équipements militaires et sécuritaires pour réprimer les manifestations contre le régime de Nicolas Maduro. Depuis le début de la guerre en Ukraine, la Chine apporte un soutien financier et logistique à la Russie, mais elle n'a pas envoyé de soldats au front.
De même, l'Iran vendait son pétrole à Pékin, mais Pékin n'a pas déployé le moindre avion de chasse pour défendre Téhéran. Autre exemple : le soutien à la création d'un État palestinien. Cette position diplomatique constante ne s'est jamais traduite dans les faits, du moins pas de façon significative.
Des déclarations de principes, de l'argent (plus ou moins), de la coopération énergétique et/ou commerciale, voilà l'apport de la Chine à ses alliés. Cela permet naturellement de questionner la raison même d'alliances si peu fructueuses. Même si les États-Unis de Donald Trump sont terrifiants, un renversement d'alliance pour la France et l'Europe ressemblerait, pour l'heure, à un amateurisme dangereux. C'est une des leçons à tirer de la guerre en Iran : la Chine reste à l'écart et compte le rester.



