Chili : le président Kast lance un gouvernement d'urgence et durcit la politique migratoire
L'avocat José Antonio Kast a officiellement pris la présidence du Chili ce mercredi, promettant de mettre en place un « gouvernement d'urgence » et annonçant immédiatement des mesures fortes pour décourager l'immigration irrégulière. Le chef d'État le plus à droite du pays depuis la dictature militaire d'Augusto Pinochet (1973-1990) arrive au pouvoir avec un discours de fermeté face à la délinquance et à l'immigration, des thèmes centraux de sa campagne.
Un gouvernement d'urgence pour répondre aux crises
Dans son premier discours à la nation, prononcé depuis le palais présidentiel de la Moneda à Santiago, José Antonio Kast, 60 ans, a assuré que son « gouvernement d'urgence » ne serait pas un simple slogan. « Pour faire face à ces situations d'urgence en matière de sécurité, de santé, d'éducation et d'emploi, le Chili a besoin d'un gouvernement d'urgence, et c'est ce que nous allons avoir », a-t-il déclaré devant des milliers de partisans rassemblés dans la capitale.
Investi lors d'une cérémonie devant le Parlement réuni à Valparaiso, à 110 km à l'ouest de Santiago, le dirigeant d'extrême droite succède au président de gauche Gabriel Boric, après sa large victoire en décembre face à la communiste modérée Jeannette Jara.
Premières mesures : la construction de barrières frontalières
Dès mercredi soir, le nouveau président a signé six premiers décrets, dont trois consacrés à freiner la migration irrégulière. Il a ordonné au chef de l'armée, Pedro Varela, de construire des « barrières physiques » à la frontière avec la Bolivie pour stopper l'entrée de migrants illégaux. Cette décision s'inscrit dans un contexte où près de 337 000 étrangers sont sans-papiers au Chili, selon les données officielles.
José Antonio Kast a également annoncé un « audit » de tous les ministères pour évaluer l'état dans lequel le gouvernement sortant a laissé l'administration, affirmant : « On nous remet un pays en plus mauvais état que ce que nous pouvions imaginer ».
Un nouveau souffle conservateur en Amérique latine
L'arrivée au pouvoir de José Antonio Kast inscrit le Chili dans une vague de gouvernements conservateurs en Amérique latine, offrant un nouvel allié dans la région aux États-Unis. Plusieurs dirigeants de la région ont assisté à sa prestation de serment, dont Javier Milei (Argentine), Rodrigo Paz (Bolivie), Daniel Noboa (Équateur), et la lauréate du prix Nobel de la paix, la Vénézuélienne Maria Corina Machado.
Ancien député et père de neuf enfants, José Antonio Kast représente « une droite conservatrice comme on n'en a pas connu depuis le retour à la démocratie », selon Rodrigo Arellano, analyste politique à l'Université privée du Développement de Santiago.
Une équipe gouvernementale qui divise
Le gouvernement Kast, composé de 24 ministres, comprend deux ex-avocats de l'ancien dictateur Augusto Pinochet et une militante anti-avortement à la tête du ministère de la Femme, suscitant l'indignation de l'opposition. Martina Vivar, étudiante de 20 ans, a exprimé sa « rage » face à la victoire de ce qu'elle qualifie de « campagne de peur ».
Bien que la droite soit en position de force au Parlement, elle aura besoin de voix du centre gauche pour mettre en œuvre ses promesses. Le politologue Alejandro Olivares, de l'Université du Chili, note que cette équipe « avec très peu d'expérience en négociation et en gestion politique » pourrait causer des problèmes avec le Parlement.
Le nouveau président promet d'agir rapidement pour juguler la hausse des crimes violents, bien que le Chili reste l'un des pays les plus sûrs d'Amérique latine avec un taux d'homicides de 5,4 pour 100 000 habitants en 2025.



