Jean-Noël Barrot en tournée au Kurdistan : la France réaffirme son soutien aux Kurdes
Barrot au Kurdistan : la France soutient les Kurdes face à Daech

Une tournée éclair au cœur du Moyen-Orient

Le Falcon gouvernemental s'est finalement immobilisé sur le tarmac de l'aéroport d'Erbil avec un retard notable. Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, en est descendu prestement, manifestement pressé par un agenda chargé. Sa journée avait débuté à Damas, s'était poursuivie à Bagdad en début d'après-midi, pour s'achever à Erbil quelques heures plus tard seulement. Après y avoir passé la nuit, il s'est envolé vendredi matin pour Beyrouth, bouclant ainsi une tournée régionale intensive.

Un double message à Erbil

Dans la capitale du Kurdistan irakien, Jean-Noël Barrot a délivré un message clair et double. D'une part, il a insisté sur le fait que la reconfiguration politique en Syrie ne devait en aucun cas conduire à une résurgence de Daech. D'autre part, il a réaffirmé que la France continuerait de soutenir les Kurdes, en veillant particulièrement à ce que les autorités syriennes respectent leurs engagements concernant les droits des minorités.

Le gouvernement régional du Kurdistan a déployé des efforts considérables pour accueillir le chef de la diplomatie française. Un dîner au palais avec Netchirvan Barzani, le président du gouvernement régional, a été organisé, suivi le lendemain d'une réception matinale à Pirmam, la résidence de l'ancien président Massoud Barzani. Ce dernier est considéré par une majorité de Kurdes comme un héros et l'un des principaux artisans du Kurdistan autonome.

Rencontres cruciales avec les leaders kurdes syriens

Pour permettre à Jean-Noël Barrot de s'entretenir avec les figures majeures du Kurdistan syrien, le gouvernement a consenti à organiser une rencontre en soirée avec Mazloum Abdi et la commandante Rohilat Afrin, tous deux héros de la lutte contre les djihadistes de Daech. La discussion, qui s'est prolongée tard dans la nuit, a été l'occasion pour le ministre de marteler son message principal : « Il ne faut pas relâcher la garde dans le combat contre Daech. »

Face au sentiment d'abandon exprimé par de nombreux Kurdes syriens, le ministre a assuré que le désengagement américain n'empêcherait pas Paris de maintenir son soutien. Cette affirmation soulève cependant une question cruciale : la France dispose-t-elle réellement des moyens nécessaires pour tenir cette promesse ?

Les assurances de la France face aux inquiétudes kurdes

Interrogé sur le sentiment d'abandon ressenti par les Kurdes du Rojava, Jean-Noël Barrot a récusé le terme d'« Occident », affirmant que la politique étrangère de la France était indépendante. Il a rappelé que la relation avec les Kurdes, qu'ils soient en Irak, en Syrie ou ailleurs, était ancienne et fondée sur une amitié indéfectible.

Concernant les craintes des autorités du Kurdistan syrien de revenir sous le contrôle de Damas et de voir les droits des femmes remis en question, le ministre a insisté sur le fait que l'identité kurde devait être respectée. Il a souligné que les Kurdes devaient prendre part à la vie économique, sociale et politique d'une Syrie réunifiée, rappelant leur rôle crucial dans le combat contre Daech.

La lutte contre Daech reste prioritaire

Lors de son long entretien avec Mazloum Abdi, le ministre a été remercié pour les efforts de médiation français à tous les niveaux, y compris celui du président de la République, pour éviter un bain de sang dans la région kurde de Syrie et obtenir un cessez-le-feu. Jean-Noël Barrot a quant à lui invité son interlocuteur à ne pas relâcher la vigilance dans le combat contre Daech, soulignant que l'organisation terroriste chercherait à saboter tout accord pendant cette phase de transition.

Sur la question du risque de résurgence de Daech aux confins de l'Irak et de la Syrie, le ministre a insisté sur la nécessité de maintenir la sécurité des prisons et des camps du Nord-Est syrien. Il a évoqué la redéfinition de l'architecture régionale de lutte contre Daech, avec un rôle accru des autorités syriennes au sein de la coalition internationale.

Engagements militaires et coopérations économiques

Concernant la présence militaire française en Irak, Jean-Noël Barrot a affirmé qu'elle était très appréciée par le gouvernement fédéral irakien comme par celui de la région autonome du Kurdistan. Cette présence se décline sur trois volets : au sein de la coalition internationale contre Daech, dans le cadre de l'opération de l'Otan commandée cette année par un général français, et dans la formation des militaires irakiens.

Sur le plan économique, le ministre a salué la décision des autorités kurdes syriennes de faciliter l'extension de la présence consulaire française à Erbil. Il a annoncé l'approfondissement des coopérations économiques avec le Kurdistan irakien et l'Irak, avec la participation de vingt entreprises françaises à la Foire internationale de Bagdad. Des projets concrets sont en cours dans les domaines de la sécurisation des infrastructures énergétiques et de l'innovation dans le traitement des eaux.

Questions sensibles : djihadistes et chrétiens

Sur le transfert des anciens djihadistes vers les prisons irakiennes, le ministre a confirmé que les transferts se poursuivaient et iraient jusqu'à leur terme, remerciant les autorités irakiennes de leur coopération. Concernant les enfants de djihadistes ayant grandi dans des camps, il a rappelé que la position française était inchangée : les adultes doivent être jugés là où ils ont commis leurs crimes, tandis que les enfants, non responsables des actes de leurs parents, sont rapatriés lorsque cela est possible.

Enfin, sur la situation en Iran, Jean-Noël Barrot a appelé Téhéran à saisir la voie de négociation proposée par les États-Unis, tout en exigeant la fin de la répression, la libération des prisonniers, la fin des exécutions et le rétablissement des droits fondamentaux du peuple iranien.