Le projet SCAF menacé par les doutes allemands de Friedrich Merz
SCAF menacé par les doutes allemands de Merz

Le projet SCAF fragilisé par les déclarations du chancelier allemand

Le système de combat aérien du futur (SCAF), projet d'avion de combat franco-germano-espagnol lancé en 2017, traverse une période de turbulences sérieuses. Friedrich Merz, le chancelier allemand, a publiquement exprimé ses doutes concernant l'avenir de ce programme stratégique, mettant en lumière les tensions persistantes entre Berlin et Paris ainsi que les divergences entre les industriels Airbus et Dassault Aviation.

Des besoins militaires fondamentalement différents

Dans un entretien diffusé mercredi sur le podcast allemand Machtwechsel, Friedrich Merz a clairement indiqué que l'Allemagne et la France n'avaient pas les mêmes exigences opérationnelles. « Les Français ont besoin d'un avion capable de transporter des armes nucléaires et d'opérer depuis un porte-avions. Ce n'est pas ce dont nous avons besoin actuellement dans l'armée allemande », a déclaré le chancelier.

Cette divergence fondamentale sur les spécifications techniques et les profils d'emploi soulève une question cruciale : faut-il développer un seul appareil commun ou deux avions distincts répondant chacun aux besoins spécifiques des deux nations ? Friedrich Merz a noté que la France souhaite « un seul » avion répondant à ses exigences, tandis que l'Allemagne semble envisager d'autres options.

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Des tensions industrielles et politiques persistantes

Le projet SCAF, qui comprend non seulement un avion de combat de nouvelle génération mais aussi des drones connectés via un « cloud de combat » innovant, accumule les retards depuis plusieurs mois. Initialement prévu pour être finalisé fin février, l'accord entre les partenaires continue d'être reporté.

Selon les accords existants, la France (désignée leader du projet), l'Allemagne et l'Espagne doivent participer au développement à hauteur d'un tiers chacune. Cependant, Dassault Aviation, responsable du développement avec Airbus Allemagne et Airbus Espagne comme partenaires, exige de revoir ces accords pour obtenir plus de liberté dans le choix de ses sous-traitants.

Une source industrielle allemande déclarait récemment : « Ce ne serait pas la fin du monde si on arrivait à la conclusion qu'il fallait construire deux avions. Cela rendrait le système SCAF plus résilient ». Cette position contraste avec celle de l'Élysée, où Emmanuel Macron reste « engagé pour le succès du projet » et juge « incompréhensible » que les divergences ne soient pas surmontées alors que l'Europe doit montrer unité et performance.

Des alternatives potentielles et un contexte géopolitique tendu

Friedrich Merz a laissé entendre qu'il existait « d'autres pays en Europe » prêts à travailler avec Berlin, évoquant notamment la possibilité d'un partenariat avec le constructeur suédois SAAB, avec lequel Airbus entretient une « bonne relation ». Cependant, une association avec le projet concurrent GCAP (Global Combat Air Programme) développé par l'Italie, le Royaume-Uni et le Japon semble peu probable, ce programme étant déjà largement défini.

Ces tensions interviennent dans un contexte où la liste des différends franco-allemands s'allonge régulièrement. Berlin reproche à Paris des efforts « insuffisants » en matière de dépenses de défense et d'avoir tenté de bloquer un accord commercial avec des pays sud-américains.

Le SCAF vise à remplacer les Rafale français et les Eurofighter allemands et espagnols d'ici 2040, dans un contexte de réarmement européen face aux tensions accrues avec la Russie. L'Allemagne a parallèlement lancé un gigantesque plan d'investissement pour disposer de la première armée conventionnelle d'Europe, ajoutant une dimension supplémentaire à ces négociations complexes.

Alors que les dirigeants français et allemand promettent régulièrement de trouver un compromis, les déclarations récentes de Friedrich Merz suggèrent que le chemin vers un accord pourrait être plus long et plus difficile que prévu, avec des implications majeures pour l'industrie de défense européenne et la souveraineté stratégique du continent.

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