Le général Goujon pilote la machine de recrutement de l'armée de terre
Depuis août 2024, le général Arnaud Goujon occupe les fonctions de sous-directeur du recrutement de l'armée de terre, avec la responsabilité stratégique du pôle recrutement jeunesse. Cet ancien officier de la Légion étrangère, diplômé de Saint-Cyr et de l'Université Paris-Dauphine, supervise une organisation colossale chargée d'engager environ 15 000 soldats chaque année, faisant ainsi de l'armée de terre le premier recruteur de France. Sa mission dépasse largement les simples chiffres : il doit adapter la stratégie des ressources humaines militaires aux défis démographiques et technologiques de la prochaine décennie.
Une recrutement à échelle industrielle mais exigeant
"Nous recrutons à échelle industrielle : environ 15 000 personnes par an", explique le général Goujon. "Ce chiffre stable depuis dix ans correspond à notre taux de renouvellement normal dans une armée qui doit rester jeune. C'est un double défi de quantité et de qualité." Loin de se limiter aux fantassins, l'armée de terre recherche massivement des profils spécialisés dans des domaines en tension :
- Métiers du numérique et de la cybersécurité
- Spécialistes en logistique et maintenance
- Ingénieurs et techniciens spécialisés
L'institution militaire se trouve ainsi en concurrence frontale avec le secteur privé pour attirer ces compétences rares.
Adapter le discours pour séduire la génération Z
Face à la génération Z souvent mal comprise, l'armée de terre mise sur sa marque employeur, "l'une des plus puissantes du pays". "Ces jeunes cherchent du sens, un cadre, du collectif, de la solidarité et de l'aventure", analyse le général. La campagne de recrutement "Peux-tu le faire ?" adopte une approche directe et transparente, présentant les réalités des métiers militaires sans fard.
L'armée propose 117 métiers différents, avec des parcours professionnels évolutifs : la moitié des sous-officiers sont d'anciens militaires du rang, et la moitié des officiers sont d'anciens sous-officiers. "Dans l'armée de terre, il y a un escalier social qui fonctionne à plein", souligne le responsable du recrutement.
Les défis spécifiques du recrutement féminin
La proportion de femmes dans les recrutements reste stable autour de 12 à 13%, un chiffre que le général Goujon aimerait voir augmenter. "Notre institution est perçue comme extrêmement masculine et intimidante", reconnaît-il. Pour y remédier, plusieurs stratégies sont déployées :
- Mise en avant systématique des femmes dans la communication
- Réseau d'ambassadrices sur les réseaux sociaux
- Réponses aux questions pratiques sur la vie quotidienne
Si le combat d'infanterie reste majoritairement masculin, de nombreux métiers, notamment dans le numérique, sont "absolument neutres quant au genre". "Ne pas recruter de femmes dans ces domaines reviendrait à combattre avec une main dans le dos", affirme le général.
Fidélisation et rémunération compétitive
Les engagements dominants varient de trois à neuf ans pour les militaires du rang, avec une durée moyenne de service entre six et sept ans. "En termes de rémunération, nous sommes compétitifs avec le secteur privé", assure le général Goujon. Un jeune soldat bénéficie du logement et de la nourriture, ce qui lui confère un fort pouvoir d'achat. Le ministère a développé un plan de fidélisation pour prolonger la durée moyenne de service.
Anticiper les défis de la prochaine décennie
Le général Goujon identifie trois tendances lourdes préoccupantes pour l'horizon 2030 :
- La baisse des classes d'âge à partir de 2032-2033
- La diminution des vocations scientifiques
- La compétition accrue pour les compétences techniques
Pour y faire face, l'armée de terre a développé des partenariats avec des lycées professionnels et créé l'École militaire préparatoire technique (EMPT), faisant de l'apprentissage "une voie d'avenir stratégique".
Relancer la machine du recrutement après la pandémie
Après un creux début 2023 lié aux restrictions post-Covid, l'armée de terre est "retournée activement au contact de la jeunesse" et a retrouvé ses flux habituels de recrutement. "Aujourd'hui, notre véritable défi n'est plus la quantité, mais d'attirer des profils de pointe", explique le général. Pour la première fois, des campagnes publicitaires spécifiques ciblent les métiers du numérique avec des slogans comme "Faire de sa ligne de code sa ligne de front".
Le paradoxe actuel réside dans l'étau entre "l'urgence du temps court et les cycles très longs de la construction des ressources humaines". Mais le général Goujon se montre confiant : "Nous sommes en capacité aujourd'hui de remonter en puissance rapidement", grâce au socle de compétences préservé malgré les années de décroissance budgétaire.



