Le Pentagone envisage de détourner des armes ukrainiennes vers le Moyen-Orient
Le ciel est lourd de fumée et les tensions ne faiblissent pas. Selon le Washington Post, dans son édition du jeudi 26 mars, le Pentagone étudie sérieusement la possibilité de détourner vers le Moyen-Orient des armes initialement destinées à l'Ukraine. Cette réflexion intervient alors que la guerre en Iran épuise rapidement certains stocks de munitions parmi les plus critiques de l'armée américaine.
Des missiles intercepteurs au cœur des préoccupations
Le journal américain, citant trois sources bien informées, révèle que parmi les équipements susceptibles d'être réorientés figurent des missiles intercepteurs de défense aérienne. Ces armes ont été acquises dans le cadre d'une initiative de l'OTAN lancée l'année dernière, permettant aux pays partenaires d'acheter des armements américains pour les fournir à Kiev. Aucune décision définitive n'a cependant été prise à ce stade.
Cette éventualité survient dans un contexte d'intensification des opérations militaires américaines dans la région. L'amiral Brad Cooper, commandant du Commandement central des forces américaines au Moyen-Orient, a déclaré le mercredi 25 mars que les États-Unis avaient frappé plus de 10 000 cibles en Iran et progressaient vers l'objectif de limiter la capacité de Téhéran à projeter sa puissance au-delà de ses frontières.
Les inquiétudes européennes et le soutien à l'Ukraine
Depuis le début de l'offensive américaine contre l'Iran, le 28 février, les capitales européennes manifestent une vive inquiétude face à l'épuisement accéléré des munitions par Washington. Cette préoccupation est d'autant plus forte que les pays européens assurent désormais l'essentiel du soutien militaire direct à l'Ukraine, y compris en dehors du cadre de l'OTAN.
Le président français Emmanuel Macron a martelé, à l'issue du sommet européen de la semaine dernière à Bruxelles, que la guerre en Iran "ne doit pas nous détourner du soutien que nous apportons à l'Ukraine". L'Alliance transatlantique, interrogée sur ce sujet par le Washington Post, n'a pas clarifié si elle était informée ou préoccupée par un éventuel réacheminement de matériel américain.
Le programme PURL et les défis logistiques
Un responsable de l'OTAN a rappelé que les membres de l'Alliance et leurs partenaires continuent d'alimenter le programme PURL (Prioritised Ukraine Requirements List). Ce mécanisme, négocié l'an dernier, finance la fourniture d'armes américaines à Kiev, à condition que les Européens en supportent le coût. "Les équipements acheminés vers l'Ukraine sont continus", a assuré ce responsable.
Depuis l'été dernier, l'initiative PURL a fourni :
- 75 % des missiles destinés aux batteries Patriot ukrainiennes
- La quasi-totalité des munitions utilisées dans les autres systèmes de défense aérienne ukrainiens
À titre de comparaison, plus de 800 missiles Patriot ont été utilisés au cours des trois premiers jours de combats dans la guerre contre l'Iran. Ce chiffre dépasse le nombre de missiles reçus par l'Ukraine pendant toute l'invasion russe à grande échelle, selon une déclaration du président Volodymyr Zelensky rapportée par EuroNews le 5 mars.
Les défis de production et la position ukrainienne
Le Pentagone tente d'accélérer la production de munitions essentielles pour le conflit iranien, mais se heurte aux limites de l'industrie de défense américaine en temps de crise. L'administration Trump prépare une demande de budget supplémentaire, le ministère de la Défense ayant initialement proposé plus de 200 milliards de dollars. En janvier, le Congrès a voté 400 millions de dollars supplémentaires à long terme pour l'armement de l'Ukraine.
Pour les Ukrainiens, la position reste délicate. Ils doivent :
- Défendre leurs intérêts face à la Russie
- Ménager leurs alliés, notamment américains
- Gérer l'urgence de la guerre sans perdre le soutien vital qui les maintient à flot
Olga Stefanishyna, ambassadrice d'Ukraine aux États-Unis, a souligné dans un communiqué que Kiev tenait ses partenaires informés de ses besoins, tout en comprenant la "période d'incertitude considérable" que traverse ce conflit. La question demeure de savoir si l'épuisement des munitions américaines pourrait accélérer la fin de la guerre au Moyen-Orient, mais cette issue semble encore lointaine.



