Le projet d'avion de combat européen Scaf a-t-il une dernière chance de redécoller ?
Le projet Scaf a-t-il une dernière chance de redécoller ?

Le projet Scaf suspendu à un ultime accord franco-allemand

Est-ce une manière de l'enterrer avec les honneurs, ou existe-t-il réellement une dernière chance que le projet d'avion de combat européen du futur Scaf redécolle ? Alors qu'il était donné pour mort ces dernières semaines, les industriels Dassault et Airbus se renvoyant la balle quant à la responsabilité de l'échec du programme, le PDG de Dassault, Éric Trappier, semble finalement lui accorder une dernière chance.

« On se donne encore un petit peu de temps, 2-3 semaines pour essayer de trouver un accord entre Français et Allemands, entre Dassault et Airbus, pour trouver un équilibre qui permettrait de continuer le projet », a déclaré l'industriel, ce mercredi lors d'une intervention au forum Guerres et Paix organisé par le magazine Le Point.

Une mission de rapprochement lancée par Macron et Merz

Le 19 mars, le président français Emmanuel Macron avait annoncé qu'il avait décidé avec le chancelier allemand Friedrich Merz de lancer une « mission de rapprochement » pour tenter de réconcilier Airbus et Dassault. Friedrich Merz s'est dit vendredi déterminé à sauver le Scaf avec la France, tout en admettant qu'il avait failli abandonner ce projet en difficulté.

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Lancé en 2017 par Berlin et Paris, rejoints par la suite par Madrid, le projet européen Scaf vise à doter ces trois pays, d'ici à 2040, d'un avion chasseur de sixième génération pour remplacer progressivement le Rafale de Dassault et l'Eurofighter, construit en partie par Airbus Defence and Space. Mais des tensions entre la France et l'Allemagne, concernant notamment la gouvernance du programme, ont éclaté au grand jour ces derniers mois.

La question cruciale du leadership

Éric Trappier a notamment dénoncé une « organisation complexe » et une « opposition de style » entre les partenaires. Il a une nouvelle fois réclamé mercredi le leadership du pilier « avion de chasse » de ce projet qui en compte trois, avec les piliers « drones » et « cloud de combat ». « Je ne suis pas pour qu'un projet industriel ambitieux qui va servir à nos armées soit cogéré, a-t-il redit ce mercredi dans sa déclaration. Il faut un chef ».

Outre la gouvernance du projet, il s'avère également que les trois pays n'ont pas les mêmes besoins en matière d'aviation de chasse, puisque la France a besoin d'un appareil capable de se poser sur un porte-avions, et de porter l'arme nucléaire, ce qui ne concerne ni l'Allemagne, ni l'Espagne.

Des besoins militaires divergents

« On va faire un avion qui succédera au Rafale, il faut qu'il conduise des missions et qu'il aille sur un porte-avions […] Ce sont des conditions majeures », a insisté Éric Trappier ce mercredi. Il a été soutenu sur ce point par la ministre déléguée des Armées, Alice Rufo. « Il faut être capable de reconnaître que la France sait faire des avions de chasse, que cela marche et sert à quelque chose et que c'est plutôt demandé à l'export » a-t-elle déclaré, en soulignant que la France avait un porte-avions et besoin de chasseurs performants pour assurer la dissuasion nucléaire.

L'ombre d'un projet alternatif et le contexte géopolitique

L'idée d'un projet avec deux avions de combat, évoquée en février par le patron d'Airbus, fait parallèlement son chemin. Le reste du projet Scaf continuerait, lui, à être développé en commun. Mais, les Européens « ont intérêt à avoir un modèle commun », a estimé le président Emmanuel Macron lors d'une visite en Inde le 19 février. Sachant que le Royaume-Uni, l'Italie et le Japon développent de leur côté un autre projet d'avion de combat, le GCAP (Global Combat Air Programme), vers lequel l'Allemagne pourrait aussi se tourner en cas d'échec du Scaf.

Alice Rufo a également estimé qu'il fallait « un travail de reconvergence » sur ce projet dans un monde qui a profondément changé après la guerre en Ukraine. « Le Scaf a été lancé à une époque où il n'y avait pas la guerre en Ukraine […], on était encore dans un état d'esprit où il y avait en Europe l'idée des dividendes de la paix », a-t-elle souligné, mettant en lumière l'urgence d'une relance dans un contexte sécuritaire dégradé.

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