L'offensive américaine contre l'Iran met à rude épreuve les arsenaux américains
L'intensité de la campagne militaire américaine contre l'Iran se mesure au rythme effréné auquel les arsenaux des États-Unis sont sollicités. Vue sous l'angle des dépenses financières, cette mobilisation donne véritablement le tournis : selon trois responsables américains cités par le Washington Post, le Pentagone aurait déjà épuisé 5,6 milliards de dollars de munitions lors des deux premiers jours seulement de l'offensive lancée le 28 février.
Des stocks de missiles sophistiqués en tension critique
Plus que les conséquences pour le contribuable américain, c'est surtout l'état des stocks de munitions de haute technologie qui inquiète sérieusement les observateurs. Politico rapporte les propos alarmants d'un assistant parlementaire selon lequel les États-Unis utiliseraient un nombre qualifié d'« effrayant » de missiles de dernière génération. Ces informations proviennent directement des sources du Pentagone.
Deux types de munitions font particulièrement l'objet d'une surveillance attentive :
- Les missiles de croisière Tomahawk, utilisés pour frapper des cibles iraniennes au sol
- Les missiles intercepteurs Patriot PAC-3, déployés pour contrer les missiles iraniens dans les airs
Des centaines de ces armes de précision ont déjà été tirées depuis le début des hostilités, mettant à mal les réserves stratégiques américaines.
Une évolution vers des munitions moins coûteuses
Les responsables militaires américains tentent cependant de rassurer en affirmant que la phase intensive ne constituait que le début de l'opération « Epic Fury ». Selon leurs déclarations, le conflit aurait déjà basculé dans une nouvelle phase, moins gourmande en munitions de précision.
Le secrétaire à la Défense, Pete Hegseth, et le chef d'état-major interarmées, le général Dan Caine, ont assuré qu'à mesure que les forces américaines et israéliennes établiront leur supériorité aérienne au-dessus de l'Iran, la campagne devrait davantage s'appuyer sur des bombes à guidage laser, dont les stocks sont beaucoup plus importants et moins coûteux.
Malgré ces affirmations, les frappes iraniennes se poursuivent sans relâche. Dans la nuit de vendredi à samedi, de nouvelles attaques ont visé plusieurs pays de la région, notamment l'Arabie saoudite et le Qatar, démontrant la persistance de la menace.
Des redéploiements préoccupants depuis l'Asie
Les spécialistes s'accordent généralement à dire que l'armée américaine dispose théoriquement de stocks suffisants pour sa seule campagne militaire contre l'Iran. Cependant, des interrogations profondes émergent concernant la capacité des États-Unis à mener cette intervention au Moyen-Orient sans porter préjudice à leurs engagements sur les autres théâtres d'opérations.
Selon deux responsables cités par le Washington Post, le Pentagone a déjà commencé à transférer vers le golfe Persique des éléments cruciaux du système de défense antimissile THAAD (Terminal High Altitude Area Defense) actuellement déployé en Corée du Sud.
Ces mêmes sources indiquent que l'armée puise également dans ses stocks d'intercepteurs Patriot sophistiqués déployés dans la région indo-pacifique et ailleurs dans le monde, afin de renforcer sa défense contre les attaques de drones et de missiles balistiques iraniens.
Des risques stratégiques majeurs
Pour certains experts militaires, ces redéploiements ne sont pas sans conséquences stratégiques graves. « Plus vous déployez de systèmes THAAD et Patriot, plus vous prenez de risques dans la zone indo-pacifique et en Ukraine », estime Mark Cancian, spécialiste des capacités militaires au Centre d'études stratégiques et internationales (CSIS), cité par le Washington Post.
Au Congrès américain, l'inquiétude grandit parmi certains élus. Selon Politico, le sénateur Mitch McConnell a averti dès le 11 mars que l'armée américaine n'était « pas préparée » à dissuader simultanément une agression de la Russie et de la Chine en raison de graves pénuries de munitions.
Des partenaires régionaux de plus en plus inquiets
Face à ces interrogations croissantes, le Pentagone tente de se montrer rassurant. Dans une déclaration officielle, son principal porte-parole, Sean Parnell, a affirmé que le ministère de la Défense dispose de « tout ce dont il a besoin pour exécuter n'importe quelle mission, au moment et à l'endroit choisis par le président ».
Pourtant, les inquiétudes commencent à se manifester ouvertement chez certains partenaires régionaux des États-Unis. La chaîne CNN rapporte ainsi que des responsables de plusieurs pays du Golfe s'alarment de voir leurs réserves de missiles américains diminuer dangereusement, alors qu'ils en dépendent directement pour intercepter les frappes iraniennes.
En Corée du Sud, le président Lee Jae-myung a déclaré que Séoul avait « exprimé son opposition » au retrait partiel du dispositif THAAD. « La réalité est que nous ne pouvons pas imposer pleinement notre position », a-t-il reconnu avec amertume, révélant les tensions diplomatiques sous-jacentes.
Plus que jamais appelés à jouer le rôle d'arsenal des démocraties, les États-Unis suscitent désormais des doutes quant à leur capacité réelle à honorer cet engagement stratégique fondamental. La campagne contre l'Iran révèle ainsi les limites matérielles de la puissance militaire américaine dans un contexte de tensions géopolitiques multiples.



