La droite européenne a volé au secours du groupe du Rassemblement national (RN) au Parlement européen. Mardi 15 juillet, la commission des affaires juridiques (JURI) a rejeté une demande de levée d'immunité de trois eurodéputés RN, accusés de détournement de fonds publics dans le cadre de l'affaire des assistants parlementaires. Le vote, à bulletin secret, a vu la majorité des groupes de droite (PPE, CRE) s'opposer à la demande, tandis que la gauche et les libéraux y étaient favorables.
Les faits reprochés aux eurodéputés RN
Les trois eurodéputés concernés sont Gilles Lebreton, Philippe Olivier et André Rougé. Ils sont soupçonnés d'avoir employé des assistants parlementaires fictifs, rémunérés par le Parlement européen mais travaillant en réalité pour le parti. Selon l'enquête, les faits remonteraient à la période 2014-2017. Le Parquet européen, qui a diligenté l'enquête, estimait que la levée d'immunité était nécessaire pour permettre aux autorités judiciaires françaises de poursuivre les investigations.
Un vote sous tension
Le vote a eu lieu dans une atmosphère tendue. Les eurodéputés de gauche ont dénoncé une « alliance contre-nature » entre la droite et l'extrême droite. « C'est un jour noir pour la transparence et la lutte contre la corruption », a déclaré l'eurodéputée socialiste Aurore Lalucq. De son côté, la droite s'est retranchée derrière des arguments de procédure, estimant que la demande de levée d'immunité était « prématurée » et que les preuves étaient insuffisantes. « Nous ne pouvons pas accepter que des procédures politiques soient utilisées pour nuire à des élus », a justifié l'eurodéputé PPE Jeroen Lenaers.
Les conséquences politiques
Ce rejet marque un coup d'arrêt pour l'enquête du Parquet européen, qui devra trouver d'autres moyens de progresser. Pour le RN, c'est une victoire politique, mais qui pourrait ternir son image de parti « propre » qu'il tente de promouvoir depuis plusieurs années. « La vérité finira par éclater », a prévenu l'eurodéputé écologiste David Cormand. Le Parquet européen a indiqué qu'il étudiait les voies de recours possibles.
Les réactions au sein du RN
Les eurodéputés RN concernés se sont félicités de la décision. « C'est la preuve que les accusations sont infondées », a déclaré Gilles Lebreton. Marine Le Pen, présidente du groupe RN au Parlement européen, a salué « un vote de bon sens » et dénoncé « une instrumentalisation de la justice à des fins politiques ». Cependant, certains observateurs notent que cette affaire pourrait fragiliser le RN à l'approche des élections européennes de 2029.
Un précédent inquiétant pour la lutte anti-corruption
Les organisations de lutte contre la corruption ont vivement réagi. Transparency International a qualifié la décision de « grave entrave à la justice ». « Le Parlement européen donne un signal désastreux : l'immunité parlementaire ne doit pas être un bouclier contre les enquêtes légitimes », a déclaré sa porte-parole. Selon une enquête d'opinion récente, 68% des citoyens européens estiment que les institutions européennes ne font pas assez pour lutter contre la corruption.
La position du Parquet européen
Le Parquet européen, créé en 2021 pour enquêter sur les fraudes impliquant les fonds de l'UE, a exprimé sa déception. « Nous regrettons cette décision qui ne facilite pas notre travail », a indiqué un porte-parole. Le Parquet envisage désormais de transmettre l'affaire aux juridictions françaises, qui pourraient demander une nouvelle levée d'immunité. Mais la procédure pourrait prendre plusieurs mois.



