L'État français sécurise ses intérêts stratégiques dans la défense
Le ministère de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle a publié un arrêté au Journal Officiel ce dimanche 8 mars, confirmant l'acquisition par l'État d'une action préférentielle, communément appelée « golden share », dans le groupe français de défense LMB Aerospace. Cette mesure intervient directement après la vente de l'entreprise à la société américaine Loar Group, une transaction annoncée fin janvier qui avait suscité de vives inquiétudes et des polémiques politiques.
Une acquisition symbolique pour un contrôle substantiel
L'arrêté ministériel stipule précisément que « l'État décide de se porter acquéreur d'une action de la société par actions simplifiée LMB auprès de la société par actions simplifiée ASC3 LMB Holding, pour un prix d'un euro ». Le commissaire aux participations de l'État est chargé de l'exécution de cette décision. Bien que le coût soit nominal, cette action préférentielle confère à l'État un droit de regard déterminant sur les décisions stratégiques futures de Loar Group concernant LMB Aerospace.
Ce mécanisme permet au gouvernement de s'opposer à toute décision qui lui semblerait contraire aux intérêts nationaux français, notamment en matière de souveraineté industrielle et de sécurité. Le ministre de l'économie et des finances, Roland Lescure, avait anticipé cette mesure pour rassurer l'opinion publique et les acteurs politiques.
Contexte d'une vente controversée
LMB Aerospace, fabricant corrézien spécialisé dans les ventilateurs pour les avions Rafale et les sous-marins nucléaires, représente un actif stratégique sensible. Sa vente à un groupe américain a été perçue par certains critiques comme une forme de « braderie » d'un patrimoine industriel crucial, d'autant plus que les relations avec les États-Unis, allié traditionnel, sont jugées de plus en plus imprévisibles.
Les réactions ont été vives, avec des accusations portées contre le gouvernement pour avoir compromis la souveraineté technologique française. Bercy s'est efforcé de calmer les esprits en garantissant le maintien des activités de LMB sur le territoire national et en promettant ce dispositif de contrôle via la golden share.
Implications et perspectives
Cette action préférentielle symbolise la volonté de l'État de conserver un levier de pouvoir dans des secteurs jugés vitaux, même après la privatisation ou la cession à des entités étrangères. Elle s'inscrit dans une stratégie plus large de protection des intérêts industriels français face aux dynamiques de la globalisation.
Le PDG de LMB avait précédemment exprimé son sentiment d'être « pris au milieu d'intérêts purement politiques qui déforment la réalité », reflétant les tensions entre les impératifs économiques et les considérations géopolitiques. Avec cette golden share, le gouvernement cherche à équilibrer ces forces, en permettant la transaction tout en se réservant un droit de veto sur les orientations futures de l'entreprise.



