Une photo révélatrice d'une situation critique
La photographie transmise par Dan F. à sa famille pourrait passer pour une mauvaise plaisanterie : un plateau-repas aux deux tiers vide, une maigre portion de viande effilochée, une simple tortilla pliée. Cette militaire américaine, en mission sur le porte-hélicoptères USS Tripoli déployé dans le cadre des opérations contre l'Iran, confie également à son père que la machine à café est hors service. Ce cliché, loin d'être isolé, illustre une réalité préoccupante à bord du navire.
Des témoignages accablants qui affluent
Les révélations, initialement publiées par USA Today, se multiplient. Sur l'USS Tripoli, les trois mille cinq cents Marines seraient contraints de rationner leur nourriture en raison de la prolongation des opérations et de sérieuses difficultés d'approvisionnement. Les produits frais auraient purement et simplement disparu des cuisines du navire.
Dans les messages sporadiques qu'elle parvient à envoyer lorsque le navire capte un signal Internet, la fille de Dan décrit un équipage qui partage équitablement les rations lorsque l'un reçoit davantage que les autres. « Le moral va atteindre un niveau historiquement bas », écrivait, le 11 mars, un marin du Tripoli à sa mère résidant au Texas.
Un déni officiel qui ne convainc pas
Face à ces allégations, la réaction des autorités a été rapide. En quelques heures, le secrétaire à la Guerre, Pete Hegseth, a catégoriquement démenti sur la plateforme X. « Mon équipe a confirmé que le Lincoln et le Tripoli ont plus de trente jours de vivres à bord. Nos marins méritent le meilleur, et ils l'obtiennent », a-t-il notamment affirmé.
Cependant, cette déclaration peine à apaiser les inquiétudes, notamment celles des familles qui s'organisent depuis plusieurs semaines pour soutenir leurs proches.
L'impuissance des familles face aux colis bloqués
Dan F. a préparé deux cartons remplis de shampooings, de déodorants, de dentifrices, de tampons hygiéniques, de chaussettes neuves et de sachets de vitamine C destinés à sa fille. Une mère texane a, quant à elle, dépensé 2 000 dollars, tandis qu'une pasteure de Virginie-Occidentale a mobilisé sa communauté pour expédier dix-huit cartons vers le porte-avions Abraham Lincoln, pour un coût total dépassant 550 dollars. Pourtant, aucun de ces colis n'a atteint sa destination finale.
Une suspension postale généralisée
Depuis la fin du mois de mars, pas moins de vingt-sept codes postaux militaires ont été suspendus. Des milliers de colis destinés aux militaires déployés au Moyen-Orient sont actuellement immobilisés dans des entrepôts situés entre Tokyo et la Méditerranée. « En raison de la fermeture de l'espace aérien et d'autres impacts logistiques liés au conflit en cours », a expliqué le porte-parole de l'armée, Travis Shaw, auprès d'USA Today. Cette situation est maintenue « jusqu'à nouvel ordre ».
Les autorités militaires assurent que le courrier déjà en transit au moment de la suspension est conservé dans des installations sécurisées, « en vue d'une livraison ultérieure, une fois le service rétabli ». Cette reprise dépendra « de la réouverture de l'espace aérien par les autorités civiles et de l'évaluation par le commandant de zone de la stabilité des transports et de la distribution régionaux ».
Une situation exceptionnelle dans un contexte de guerre
Il n'est pas rare d'observer des retards dans l'acheminement du courrier vers les militaires en temps de guerre. En 2003, lors du conflit en Irak, les colis mettaient en moyenne onze à quatorze jours pour parvenir aux soldats sur le terrain.
Cependant, les interruptions complètes du service postal restent plus rares et sont, en général, localisées et temporaires, à l'image de celle observée lors du retrait américain d'Afghanistan en 2021, faute de routes logistiques viables.
L'amertume et l'inquiétude des proches
Ces explications n'ont rien de rassurant pour les familles américaines, qui voient leurs efforts réduits à néant. « Nous avions la plus forte armée du monde », tempête Dan F. « On ne devrait pas manquer de nourriture, on ne devrait pas être incapable de recevoir du courrier sur un navire. Ce qui nous distinguait de nos adversaires, c'est qu'on nourrissait nos soldats. » Ce sentiment d'abandon et de frustration résume le profond malaise qui gagne les proches des militaires engagés dans cette zone de conflit, confrontés à une crise logistique inédite qui affecte à la fois le ravitaillement et le moral des troupes.



