Une déclaration conjointe pour une sécurité européenne renforcée
Les ministres et vice-ministres de la Défense de cinq nations européennes majeures – la France, l'Allemagne, l'Italie, la Pologne et le Royaume-Uni – ont lancé un appel vigoureux en faveur d'une plus grande responsabilité de l'Europe dans sa propre sécurité. Cette prise de position intervient dans le cadre d'une déclaration conjointe publiée vendredi à l'issue d'une réunion tenue à Cracovie, dans le sud de la Pologne. Les cinq pays, regroupés sous le format informel dit de « l'E5 », réaffirment avec force que l'Otan demeure la pierre angulaire de la défense collective sur le continent. Cependant, ils affirment leur détermination à « assumer une plus grande responsabilité » pour la sécurité de l'Europe en œuvrant résolument à la construction d'une « Otan plus européenne ».
Renforcer la dissuasion face aux menaces
Dans leur texte, les signataires s'engagent à « renforcer davantage la dissuasion et la défense » de l'Alliance. L'objectif déclaré est double : prévenir une éventuelle agression de la Russie et garantir la capacité de répondre efficacement à un large éventail de menaces contemporaines. Cet engagement s'inscrit dans le contexte des décisions prises lors du sommet de l'Otan à La Haye en 2025. Sous la pression insistante de l'administration américaine, les alliés s'y sont engagés à élever progressivement leurs dépenses de défense et de sécurité à 5 % de leur Produit intérieur brut (PIB) national, mettant ainsi fin à des décennies de sous-investissement chronique dans le domaine militaire.
La question cruciale du partage des charges
Les cinq ministres abordent frontalement la question épineuse du partage des efforts financiers au sein de l'Alliance atlantique. Ils appellent de leurs vœux « un partage équitable des charges entre Alliés », soulignant que des réponses efficaces aux défis actuels exigent une contribution proportionnée de tous les membres. « Nous œuvrerons à une Otan plus européenne, renforçant l'état de préparation de la défense européenne », assurent-ils. Cette ambition passe nécessairement, selon eux, par une montée en puissance significative de l'industrie de défense européenne, jugée indispensable à l'autonomie stratégique du continent.
Des situations nationales contrastées
Les chiffres révèlent des disparités importantes entre les signataires. La Pologne, plus grand pays du flanc oriental de l'Otan et voisin direct de la Russie et de l'Ukraine, apparaît comme un modèle. Selon les estimations de l'Alliance pour 2025, son budget de la défense atteint déjà 4,48 % de son PIB, la plaçant parmi les meilleurs élèves avec les États baltes. Elle devance très largement la France (2,05 %), l'Italie (2,01 %) et l'Espagne (2,0 %), cette dernière n'étant pas signataire de la déclaration mais régulièrement citée dans les débats. Dans un entretien accordé jeudi, le ministre polonais de la Défense a publiquement appelé l'Espagne, la France et l'Italie à augmenter substantiellement leurs dépenses militaires.
Des critiques et des justifications
Ces propos font écho à des critiques inhabituellement sévères émises plus tôt dans la semaine par Johann Wadephul, chef de la diplomatie allemande, qui a jugé « insuffisants » les efforts de la France en la matière. Face à ces remarques, la ministre française de la Défense, Catherine Vautrin, a défendu le bilan et les engagements de son pays lors d'une conférence de presse tenue vendredi en Pologne. « La France depuis dix ans a multiplié par deux son budget de la défense, et nous allons continuer », a-t-elle plaidé avec fermeté. Elle a également rappelé l'invitation des États-Unis, alliés historiques, à prendre davantage en main la défense européenne. « Je crois que tout cela nous invite à poursuivre les augmentations des budgets de défense de chacun de nos pays », a conclu la ministre, soulignant ainsi une dynamique collective incontournable.



