Le grand ménage numérique du ministère des Armées : Burkhard passe au crible les projets coûteux
Burkhard audite les projets numériques coûteux des Armées

Le grand audit numérique des Armées

Il aura tenté d'opérer un vaste nettoyage. Dans un contexte de restrictions budgétaires et de menace russe persistante, l'ancien chef d'état-major des armées a lancé fin 2024 une revue approfondie des principaux projets numériques menés au sein du ministère des Armées. L'objectif du général Thierry Burkhard était d'évaluer leur efficacité opérationnelle de manière systématique, au cas par cas.

Une liste confidentielle de chantiers problématiques

Selon nos informations, quelques mois avant de quitter ses fonctions, le général Burkhard a établi une liste confidentielle recensant une dizaine de vastes projets pilotés depuis de nombreuses années, parfois depuis plus d'une décennie, sans présenter de résultats probants. Son ambition était claire : se débarrasser des initiatives les plus décevantes pour soulager les finances du ministère, se tourner vers des solutions plus fonctionnelles et mieux s'adapter à la révolution technologique observée sur le front ukrainien.

"L'idée était aussi de réfléchir à la possibilité d'établir un droit d'arrêt des initiatives manifestement vouées à l'échec", explique un expert du numérique de défense. Cette réflexion est cruciale car, même lorsque certains chantiers dérivent loin des objectifs initiaux malgré les investissements consentis, les contrats pluriannuels signés avec les géants français du numérique offrent rarement des possibilités de sortie aisées.

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Des décisions concrètes et un changement de cap

La démarche de Thierry Burkhard a produit des effets tangibles. En raison d'une série de dysfonctionnements identifiés autour d'une solution de commandement des opérations militaires, développée depuis plus de huit ans par Sopra Steria et Thales, la Direction générale de l'armement (DGA) a décidé au printemps 2025 de stopper les financements. Elle s'est tournée pour deux ans vers une solution danoise prête à l'emploi. Thales affine désormais un nouvel outil qu'il présentera à nouveau à l'armée de terre après cette période.

Ce projet s'inscrivait dans un programme plus large de modernisation des systèmes d'information des armées, doté initialement de 754,6 millions d'euros, avec un supplément de 365 millions prévu entre 2023 et 2026.

Brasidas et l'ombre de Louvois

Parmi les programmes pointés du doigt par l'ancien chef d'état-major figurait Brasidas, un logiciel de maintenance des équipements aéronautiques lancé en 2018 par le ministère des Armées et piloté par Sopra Steria. Déjà critiqué par la Cour des comptes en 2024, le premier marché notifié dans le cadre de cet accord s'élevait à 14 millions d'euros.

Les magistrats de la rue Cambon avaient souligné les "difficultés importantes" de pilotage, la nécessité d'une "attention particulière" pour éviter les dérives, ainsi que les retards accumulés. "En novembre 2023, le ministère des Armées a décidé une réorientation importante du projet avec une échéance repoussée de 2024 à 2030", notait leur rapport.

Rien n'indique que cette liste ait été reprise par le nouveau chef d'état-major, Fabien Mandon. Cependant, depuis septembre 2025, une nouvelle structure a été créée pour superviser et centraliser les grands chantiers numériques du ministère : le commissariat au numérique de défense (CND).

Une nouvelle gouvernance pour l'ère numérique

Le CND a pour mission de remettre de l'ordre dans ces projets ambitieux, de mieux s'aligner sur les bouleversements technologiques et de promouvoir une approche fondée sur la donnée et l'intelligence artificielle pour préparer les conflits futurs. Cette réorganisation pourrait inclure la réinternalisation de certaines initiatives pour en améliorer le pilotage et réaliser des économies substantielles.

Cette prudence est nourrie par le souvenir douloureux de Louvois, un logiciel défectueux conçu en interne qui, pendant près de dix ans, a empêché soldats et officiers d'être correctement payés avant son arrêt définitif en 2021. Le coût de cet échec : près de 100 millions d'euros.

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