Le 9 mai, nous célébrons l'Europe en tant que projet de paix, mais les nuages de la guerre s'amoncellent à nouveau. Au lieu d'attendre que la guerre nous rassemble, nous ferions mieux de nous unir pour la prévenir. La Russie n’en aura pas fini avec l’impérialisme tant qu'elle ne sera pas stoppée en Ukraine, et elle attaquera l'Europe si nous faisons preuve de faiblesse. Compter sur les États-Unis pour nous protéger est un pari dangereux. Mais nos armées ressemblent à des bonsaïs : miniatures, coûteuses et fragiles. Ce dont nous avons besoin, c’est d’un chêne solide pour nous abriter de la tempête.
Heureusement, l’Europe n’a pas besoin d’un plan B face à une Otan dominée par les États-Unis. Nous pouvons revenir au plan A : l’Union européenne de défense, avec une prise de décision conjointe, des structures de commandement intégrées, des capacités stratégiques et une force de réaction rapide. Une telle Union de défense ne ferait pas double emploi avec l’Otan, mais la renforcerait en plaçant un pilier européen solide en son centre, capable d’agir de manière indépendante si nécessaire ; séparable, mais pas séparé.
Deux tiers des Européens souhaitent que l’Europe soit capable de se défendre de manière indépendante. Nous, députés européens, partageons cet objectif. Si nous allons de l’avant, l’Europe pourra préserver la liberté de ses 450 millions de citoyens et tenir sa promesse fondatrice de paix. Pourtant, les progrès sont trop lents. Les discours des dirigeants nationaux ne sont pas suivis d’actes concrets.
Gagner du temps ou en gâcher ?
Ces dernières années, la "diplomatie" entre l’UE et les États-Unis a consisté à gagner du temps par l’apaisement. Mais après une année de pressions américaines sur l’Ukraine, de droits de douane imposés de façon unilatérale, d’ingérences dans nos élections et de menaces d’annexion du Groenland, il est clair que cette stratégie a échoué. En parallèle, l’Europe aurait dû, dans le même temps, développer son industrie de défense, renforcer ses capacités militaires et devenir plus résiliente face aux attaques hybrides et aux ingérences étrangères. Même si les dirigeants nationaux ont exprimé à plusieurs reprises le souhait d’y parvenir, la volonté politique réelle fait défaut. L’augmentation rapide de la production européenne de munitions montre ce qu’il est possible de faire lorsqu’une telle volonté politique existe. Malheureusement, une telle accélération n’a pas eu lieu dans d’autres domaines. Cela met les Européens en danger.
Trébucher dès les premiers pas
Les législations européennes prévues dans le "paquet défense" contiennent de premières mesures : réduire les délais et les formalités administratives pour la production de défense, mieux intégrer notre marché de la défense et permettre les achats conjoints. Cependant, des intérêts particuliers à court terme et de vieilles habitudes profitant aux grandes industries traditionnelles continuent de bloquer tout progrès réel. En matière d’achats de défense, ces conservatismes empêchent de donner la priorité aux équipements produits au sein de l’UE. Les tentatives visant à affaiblir l’octroi automatique des autorisations dans des délais raisonnables risquent de retarder de plusieurs années la mise en place de sites de fabrication de défense essentiels. Les licences de transfert intra-UE et le traitement des composants restent complexes, empêchant d’abaisser les barrières nationales au commerce de la défense.
L'achat groupé d'équipements pourrait permettre d'économiser jusqu'à 100 milliards d'euros par an. Les États membres restent cantonnés dans leurs retranchements nationaux. Ces lois auraient dû être finalisées l'année dernière. Depuis, Poutine a équipé six nouvelles divisions. Nous sommes engagés dans une course de vitesse sans précédent, mais les États membres trébuchent dès les premiers pas.
Gagner la course
Nous devons changer. L’Europe doit agir comme une puissance unie. Ce n’est qu’ensemble que nous pourrons construire notre autonomie stratégique en matière de défense, d’énergie et d’industrie. Les délais sont serrés. Les États-Unis ont fixé à 2027 la date butoir pour que les Européens assument une plus grande responsabilité au sein de l’Otan. Après l’Iran, ce changement pourrait s’accélérer. Cela ne peut se faire qu’en collaborant étroitement avec des partenaires clés tels que le Royaume-Uni, la Norvège, le Canada et, en tout premier lieu, l’Ukraine.
Trois étapes sont essentielles :
- Adopter d'urgence le paquet de mesures de simplification sur la défense ;
- Créer un véritable marché commun de la défense, en réduisant les dépendances grâce à l’application d’une préférence européenne, en renforçant l'interopérabilité et en réalisant des économies d'échelle ;
- Construire une Union européenne de la défense qui renforce l'Otan, mais puisse fonctionner indépendamment des États-Unis.
La Commission européenne et le Parlement européen sont prêts. Nous avons désormais besoin d'un élan de la part des gouvernements nationaux. Notre appel à tous les États membres en cette journée de l'Europe, est simple : construisons une Union européenne de la défense et faisons-le maintenant. Comme l'avait averti Paul-Henri Spaak à une autre époque : "Il n'est pas encore trop tard, mais il est temps."
(1) Voici les 24 autres signataires de l'appel : Marie-Agnes Strack-Zimmermann, Présidente de la commission de la sécurité et de la défense (Renew), Rasa Juknevičienė (PPE), Wouter Beke (PPE), Matej Tonin (PPE), Michael Gahler (PPE), Sven Mikser (S&D), Thijs Reuten (S&D), Tobias Cremer (S&D), Thomas Pellerin Carlin (S&D), Helmut Brandstätter (Renew), Lucia Yar (Renew), Hilde Vautmans (Renew), Lukas Sieper (Renew), Bart Groothuis (Renew), Martins Stakis, coordinateur SEDE (Verts/ALE), Hannah Neumann (Verts/ALE), Daniel Freund (Verts/ALE), Reinier van Lanschot (Volt), Kai Tegethoff (Volt), Anna Strolenberg (Volt), Damian Boeselager (Volt), Nela Riehl (Volt), Sergey Lagodinsky (Verts/ALE), Sandro Gozi (Renew).



