Airflex stratégique sur le programme Scaf
Alors que les divergences concernant l'avion de combat du futur entre l'Allemagne, la France et l'Espagne s'étalent publiquement, Airbus, représentant les intérêts allemands et espagnols dans le projet Système de combat aérien du futur (Scaf), adopte une position pragmatique. Son directeur général, Guillaume Faury, a annoncé que le groupe soutiendrait une solution à deux avions de combat distincts « si les clients l'exigent » et jouerait « un rôle de premier plan » dans cette configuration alternative.
Engagements nationaux et tensions persistantes
L'Espagne a réaffirmé jeudi son engagement total envers le programme Scaf, basé sur les principes établis dans l'accord-cadre signé en juin 2019 par les trois nations. Le ministère espagnol de la Défense a souligné cette position dans une déclaration écrite en réponse à une question de l'AFP.
Cependant, le climat reste tendu. Le chancelier allemand Friedrich Merz a exprimé publiquement mercredi ses doutes sur l'avenir du Scaf, un projet franco-germano-espagnol bloqué depuis des mois. Les désaccords portent principalement sur les tensions entre Airbus et Dassault Aviation, qui représente la France.
Appels à l'unité européenne
De son côté, l'Élysée a indiqué mercredi qu'Emmanuel Macron reste « engagé pour le succès du projet » Scaf. Le président français juge « incompréhensible » que les divergences ne soient pas surmontées à un moment où l'Europe doit « montrer unité et performance ».
Guillaume Faury a rappelé la nécessité de la coopération : « Nous croyons également qu'une ambition de cette envergure ne peut être réalisée que par la coopération, favorisant l'interopérabilité opérationnelle et les synergies sur l'ensemble du cycle de vie pour les forces aériennes européennes. » Mais il a ajouté une mise en garde : « Le blocage autour d'un pilier unique ne doit pas mettre en danger l'avenir entier du programme. »
Un projet ambitieux au cœur des enjeux technologiques
Lancé en 2017 par Emmanuel Macron et l'ancienne chancelière allemande Angela Merkel, rejoint par l'Espagne en 2019, le Scaf est bien plus qu'un simple avion. Il s'agit d'un système intégré comprenant :
- Un avion de combat de nouvelle génération
- Des drones connectés
- Un système de communication numérique innovant, surnommé « cloud de combat »
Selon les accords initiaux, la France (désignée leader), l'Allemagne et l'Espagne doivent participer au développement à parts égales, chacune pour un tiers. Cependant, Dassault Aviation, maître d'œuvre du pilier avion de combat, exige une révision de la gouvernance pour obtenir la liberté de choisir ses sous-traitants, ce qui cristallise les tensions actuelles.
Cette impasse soulève des questions cruciales sur la capacité de l'Europe à mener à bien des projets de défense communs ambitieux, alors que les besoins en souveraineté technologique et militaire n'ont jamais été aussi pressants.



