La 19e brigade d'artillerie, fer de lance des feux de précision et de la défense sol-air
19e brigade d'artillerie : le grand retour des feux de précision

La renaissance d'une unité clé pour le combat moderne

La devise de la 19e brigade d'artillerie (19e BART), « cherche, cible et frappe », résume avec une efficacité redoutable sa mission fondamentale : neutraliser l'ennemi à distance, bien avant le contact direct. Réactivée en septembre 2024, cette unité symbolise le retour en force des feux de précision dans la profondeur et de la défense sol-air au cœur des priorités stratégiques de l'armée de Terre française.

Les leçons cruelles du conflit ukrainien

Plus de quatre années de guerre en Ukraine ont radicalement transformé le champ de bataille. La zone de mort, qui s'étendait à une quarantaine de kilomètres avec l'artillerie traditionnelle avant 2022, dépasse désormais les 100 kilomètres derrière la ligne de contact, grâce aux drones et aux lance-roquettes de type Himars. Cette évolution a une conséquence dramatique : environ 70 % des pertes enregistrées en Ukraine sont imputables à la combinaison meurtrière des tirs d'artillerie et des drones. Cette réalité a sonné l'alerte et imposé une adaptation urgente.

Une brigade aux compétences complémentaires

Pour répondre à ce défi, l'armée de Terre a constitué une brigade regroupant trois régiments aux savoir-faire distincts et indispensables au combat de haute intensité :

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  • Le 1er régiment d'artillerie (1er RA) et ses lance-roquettes unitaires (LRU), capables de frappes chirurgicales jusqu'à 80 km.
  • Le 54e RA, spécialiste de la défense antiaérienne.
  • Le 61e RA, les « yeux » de la brigade, entièrement dédié au renseignement par drones.

À ce trio s'ajoute l'École des drones, créée en 2023 et basée à Chaumont (Haute-Marne). Avec ses 56 formateurs, elle assure la formation annuelle de 1 000 stagiaires au « drone du combattant », un outil devenu incontournable sur le champ de bataille contemporain.

Une visite révélatrice des ambitions et des défis

Vendredi 27 mars, les trois régiments et l'École des drones étaient réunis sur le camp du 1er RA à Bourogne, près de Belfort, pour accueillir le général Pierre Schill, chef d'état-major de l'armée de Terre (Cemat). Cette visite a été l'occasion de présenter des innovations concrètes, incarnant « l'esprit pionnier » voulu par le général.

Dans les sous-sols d'un bâtiment, un poste de commandement réduit à une douzaine de personnes a été installé. Sous une lumière rouge, les officiers y coordonnent et simulent des tirs d'artillerie, tandis qu'un écran affiche la situation tactique, enrichie par des images en direct de drones d'observation.

Sur le terrain, des soldats du 61e RA ont démontré l'utilisation d'un fusil brouilleur Nerod, capable de neutraliser un drone en le forçant à atterrir. Ce régiment est le seul de l'armée de Terre spécialisé dans la défense sol-air, avec un arsenal allant du fusil à pompe pour les cibles rapprochées au poste de tir de missile Mistral, d'une portée approchant les six kilomètres.

Un chemin encore long vers la pleine capacité opérationnelle

Si le général Schill a salué « l'esprit bâtisseur » de la brigade et affirmé qu'elle était sa « priorité et son effort », il n'a pas minoré les défis. La 19e BART, bien que « cohérente » et prête à s'engager « dès ce soir », reste sous-dimensionnée et sous-équipée.

L'idéal, selon le Cemat, serait d'atteindre un « poids de forme » de sept régiments d'ici 2030 à 2033, incluant un régiment de reconnaissance par drones, trois régiments sol-air et trois régiments de feux longue portée combinant canons, missiles, drones et munitions téléopérées (MTO).

Le défi crucial du renouvellement des équipements

Les décennies de « dividendes de la paix » et de guerres asymétriques ont relégué au second plan les feux longue portée et la défense sol-air. Les LRU, pièces maîtresses de l'arsenal, ne sont plus qu'une poignée et arrivent en fin de vie. Leur remplacement est une question urgente.

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Plusieurs candidats sont sur la table : le M142 HIMARS américain, le K239 Chunmoo sud-coréen, le Pinaka indien, le PULS israélien, ou encore un programme national. Des tests de tir d'une roquette à 150 km de portée (contre 80 actuellement) sont prévus, tandis que le Cemat presse pour qu'un choix soit acté dès 2026.

Un agenda chargé pour une unité stratégique

Malgré sa jeunesse, l'agenda de la 19e brigade est déjà très dense. Après l'exercice « Toll 2025 » et l'évaluation des postes de commandement lors de l'exercice national Orion cette année, ses regards se tournent vers l'international.

Elle est notamment attendue pour un exercice majeur en Finlande en avril 2027, un terrain exigeant qui validera sa capacité à opérer dans le cadre de l'OTAN sur le flanc est de l'Europe. Cette brigade est une brique essentielle pour l'objectif de l'armée de Terre : disposer d'une division déployable sous trente jours en 2027, et pouvoir commander un corps d'armée de 60 000 hommes avec des partenaires en 2030. Son développement est donc capital pour la crédibilité opérationnelle de la France.