Un revirement politique à Vence
Dans un communiqué publié ce mardi, la maire de Vence Anne Sattonnet a annoncé qu'elle renonçait finalement à l'augmentation de son indemnité de fonction. Cette décision intervient seulement cinq jours après que le conseil municipal ait entériné la hausse générale des indemnités des élus, un dossier qui s'était rapidement transformé en premier conflit politique de son mandat.
Le contexte de la décision initiale
Le 10 avril, le conseil municipal de Vence avait voté la revalorisation des indemnités de tous les élus, une mesure liée au passage de la commune dans la strate des villes de plus de 20 000 habitants. Avec 20 253 Vençois recensés, la ville franchissait effectivement ce seuil démographique important.
Le dispositif initial prévoyait une indemnité mensuelle brute de 3 855 euros pour le maire, 1 640 euros pour le premier adjoint, 1 150 euros pour les adjoints, 431 euros pour les conseillers délégués et 82 euros pour les autres élus municipaux.
Les critiques de l'opposition
Cette décision avait immédiatement suscité de vives réactions lors de la séance du conseil municipal. Nathalie Russel, élue de la liste sans étiquette « Objectif Vence », avait interrogé le signal politique envoyé par cette augmentation.
Son colistier Patrice Miran avait quant à lui évoqué l'impact financier de la mesure, estimé à 221 000 euros sur l'ensemble du mandat, dans un contexte où la situation financière communale apparaît préoccupante avec seulement 600 000 euros d'épargne nette pour près de 27 millions d'euros à financer.
Marie-Laure Maurel, du camp de l'ancien maire Régis Lebigre, avait dénoncé ce « premier signal » du mandat, soulignant qu'il ne s'agissait « ni d'un projet ni d'une économie, mais d'une augmentation ». Elle n'avait pas manqué de rappeler que l'actuelle maire avait, en 2017, quitté la séance du conseil municipal pour protester contre une hausse similaire.
Même l'opposant de gauche Jean-Louis Fiori, tout en reconnaissant la légitimité d'indemniser les élus, avait jugé que « l'augmentation est un mauvais message adressé aux Vençois ». Il avait notamment souligné que l'ancien maire Régis Lebigre percevait une indemnité inférieure d'environ 1 000 euros à celle alors votée pour Anne Sattonnet.
La défense de la majorité
Face à ces critiques, la nouvelle maire avait défendu un dispositif qu'elle qualifiait d'« équilibré ». Malgré cela, les dix élus d'opposition avaient voté contre la délibération, créant une première fracture politique au sein du nouveau conseil municipal.
Le revirement stratégique
Dans son communiqué, Anne Sattonnet explique sa décision : « J'ai décidé de ne pas percevoir l'augmentation d'indemnité de maire liée au changement de strate de la commune. » Cependant, elle précise immédiatement qu'elle « maintient la revalorisation pour l'ensemble des élus, de la majorité comme de l'opposition. »
Ce choix stratégique permet à la première magistrate de répondre sur le plan symbolique aux critiques les plus virulentes, sans remettre en cause l'équilibre général de la mesure pour les autres élus. L'ajustement concernant uniquement l'indemnité du maire sera soumis au vote lors du prochain conseil municipal.
Les implications politiques
Ce revirement illustre la sensibilité particulière des questions d'indemnités des élus dans le contexte économique actuel. En renonçant personnellement à l'augmentation tout en la maintenant pour les autres, Anne Sattonnet cherche visiblement à apaiser les tensions tout en préservant la cohésion de son équipe municipale.
Le premier adjoint Alexandre Pastorelly, qui conserve sa revalorisation, occupe par ailleurs des délégations étendues incluant les finances, la performance publique, la participation citoyenne et le suivi du projet du mandat. Il est également conseiller métropolitain, ce qui justifie selon la majorité le niveau de son indemnité.
Ce dossier des indemnités, premier véritable test politique pour la nouvelle municipalité, révèle les équilibres délicats que doit trouver Anne Sattonnet entre les nécessités de gestion municipale et les impératifs d'image politique, dans une ville où elle n'a été élue qu'avec 109 voix d'avance.



