Sainte-Suzanne face à Orthez : l'élection consultative transformée en référendum sur la défusion
Depuis 1973, Sainte-Suzanne est associée à Orthez, mais cette union est aujourd'hui remise en question de manière spectaculaire. Pour la première fois, les électeurs de cette petite commune sont appelés à se prononcer indirectement sur son avenir lors de l'élection du conseil consultatif du 15 mars. Une seule liste se présente à ce scrutin, portée par l'association J'aime Suzanne, qui milite activement pour la défusion des deux entités depuis une décennie.
Une décennie de combat pour l'autonomie
Le mouvement autonomiste a pris forme en 2014 avec un collectif qui s'est rapidement transformé en association. Les défenseurs de la séparation ont réussi à rassembler 588 signatures parmi les 972 électeurs lors d'une première pétition en décembre 2014. Un an plus tard, ils ont renouvelé cet exploit avec 682 signatures sur 936 inscrits, démontrant une adhésion significative à leur cause au sein de la population.
Pourtant, une pétition ne constitue pas un référendum officiel, où les électeurs s'expriment dans le secret de l'urne. Les autonomistes attendent toujours une décision de la cour administrative d'appel de Bordeaux concernant l'arrêté préfectoral de 2021 qui a refusé la séparation. En attendant ce jugement crucial, ils ont décidé de se présenter aux élections du conseil consultatif, une assemblée qu'ils ont eux-mêmes qualifiée d'« inutile » en raison de son manque de pouvoir réel.
Une liste unique avec un objectif clair
La liste J'aime Suzanne, menée par Claire Edon, ancienne présidente de l'association, rassemble quinze candidats tous issus du mouvement autonomiste. Leur projet électoral est sans ambiguïté : obtenir la défusion complète de Sainte-Suzanne et Orthez. Sur leur page Facebook, ils affirment vouloir que Sainte-Suzanne « retrouve sa capacité à disposer de ses ressources et à construire des projets » comme toute commune indépendante.
« Cette liste a pour axe l'existence de notre Sainte-Suzanne sur le plan juridique », déclarent-ils, ajoutant que leurs candidats souhaitent « pouvoir s'imaginer un futur comme tout village alentour ». Leur plaidoyer se termine par un appel direct à la population : « Nous continuons d'affirmer que la défusion est la voie la plus favorable à tous niveaux » et invitent les électeurs à « appuyer, par leur vote, cette démarche de légitimité ».
Un scrutin transformé en référendum
L'absence de liste concurrente transforme mécaniquement cette élection consultative en référendum de facto sur la question de la défusion. Le résultat du 15 mars révélera la véritable volonté des habitants de Sainte-Suzanne. Si une majorité des électeurs inscrits participe au scrutin en votant pour la liste unique, cela sera interprété comme un soutien massif à la séparation. À l'inverse, une faible participation ou de nombreux votes blancs constituerait un désaveu pour les autonomistes.
Luis-Miguel Conéjéro, élu d'opposition au conseil municipal d'Orthez et habitant de Sainte-Suzanne, a parfaitement saisi cet enjeu démocratique. Dans un communiqué, ce partisan de longue date de la fusion appelle les villageois à voter massivement le 15 mars. Il propose une stratégie claire : voter pour l'unique liste si l'on est favorable à la défusion, ou glisser une enveloppe vide dans l'urne dans le cas contraire.
« Le vote blanc pourra être interprété comme l'expression d'un souhait de fusion définitive avec Orthez », estime-t-il, soulignant que cette consultation offre « une occasion démocratique pour recueillir une expression claire et incontestable de la volonté du village ».
Un enjeu qui dépasse le mandat consultatif
Cette décision électorale engage bien plus que le simple mandat du futur conseil consultatif. Elle influencera également l'action du prochain maire d'Orthez, qui devra « prendre ses responsabilités pour trancher un dossier qui n'a que trop longtemps divisé » la communauté. Luis-Miguel Conéjéro appelle à « une issue claire et apaisée sans forcément attendre la décision de la cour d'appel ».
Les enjeux sont considérables :
- La légitimité démocratique du mouvement autonomiste
- L'avenir institutionnel de Sainte-Suzanne
- Les relations futures entre les deux entités
- La gestion des ressources et des projets communaux
Alors que le débat sur la défusion anime Sainte-Suzanne depuis dix ans, le scrutin du 15 mars pourrait enfin apporter une réponse claire à cette question fondamentale : les habitants souhaitent-ils maintenir l'association avec Orthez ou retrouver leur pleine autonomie communale ? La réponse se trouvera dans les urnes, transformant une simple élection consultative en moment historique pour cette petite commune des Pyrénées-Atlantiques.



