Roquebrune-Cap-Martin : un budget ambitieux de 42 millions d'euros malgré des finances sous tension
Roquebrune-Cap-Martin : budget ambitieux malgré finances tendues

Roquebrune-Cap-Martin dévoile son plan financier : rigueur et investissements au programme

Le conseil municipal de Roquebrune-Cap-Martin a examiné en séance le règlement budgétaire et financier, une étape obligatoire avant le vote du budget. Dans un contexte national de contraintes accrues pour les collectivités, la commune affiche des finances solides mais prévoit une baisse progressive de son épargne brute. Le maire Patrick Cesari a présenté les grandes orientations, marquées par la modération fiscale et un programme d'investissements ambitieux de 42 millions d'euros sur la période 2026-2028.

Des finances communales robustes mais fragilisées par les décisions nationales

À la fin de l'année 2025, Roquebrune-Cap-Martin enregistrait 35 millions d'euros de recettes réelles de fonctionnement pour 29 millions d'euros de dépenses, dégageant ainsi une épargne brute de 6 millions d'euros. Cette dynamique positive confirme la capacité de la ville à investir. Cependant, cette épargne devrait diminuer significativement dans les prochaines années, passant de 2,4 millions d'euros en 2026 à seulement 1,4 million en 2028.

Cette baisse s'explique principalement par plusieurs mesures nationales impactant directement les finances locales. La suppression de la compensation liée à la taxe sur les spectacles représente un manque à gagner annuel de 646 000 euros. Parallèlement, la dotation forfaitaire de l'État chute de 676 206 euros en 2025 à 312 007 euros en 2026. Certaines recettes, comme les droits de mutation, restent également incertaines dans un contexte immobilier fluctuant.

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Une fiscalité contenue et une maîtrise des dépenses

Face à ces défis, la municipalité opte pour la modération fiscale. Les taux communaux demeurent inférieurs aux moyennes départementales et nationales, que ce soit pour la taxe foncière ou la taxe d'habitation sur les résidences secondaires. Pour 2026, seule une évolution mesurée, liée à la revalorisation nationale, est envisagée, avec pour objectif de suivre l'inflation sans alourdir excessivement la pression sur les contribuables.

La commune entend également poursuivre ses efforts pour maîtriser les dépenses de fonctionnement. La masse salariale reste encadrée malgré des hausses contraintes, notamment les cotisations retraites (+200 000 euros par an), la participation à la mutuelle et à la prévoyance, ainsi que les évolutions réglementaires et la revalorisation du SMIC. Les effectifs municipaux demeurent stables, avec une réorganisation axée sur les priorités locales comme les services techniques, les écoles, la petite enfance, l'action sociale, la sécurité, le sport et la jeunesse.

Un programme d'investissements structurants et diversifiés

Malgré le contexte financier plus tendu, Roquebrune-Cap-Martin maintient un programme d'investissements ambitieux de près de 42 millions d'euros sur la période 2026-2028. Ce plan comprend plusieurs opérations majeures :

  • La création d'un cabinet médical sur le Plateau du Cap pour 350 000 euros, avec une subvention potentielle de 160 000 euros.
  • La construction d'une nouvelle unité de crèche dans le quartier de la mairie pour 820 000 euros, dont 500 000 euros espérés en subventions.
  • La réhabilitation d'un local en Maison de l'aire marine protégée à Cabbé pour 370 000 euros, avec 73 000 euros de financements possibles.
  • Le remplacement de l'ascenseur du Fort du Cap pour 200 000 euros, dont 119 000 euros pourraient être subventionnés.

L'aménagement urbain n'est pas en reste avec le lancement d'une étude pour la couverture du marché et la création d'un parking (50 000 euros), le déploiement de la vidéoprotection (125 000 euros) et de la fibre optique (650 000 euros), ainsi que la modernisation de l'éclairage public (300 000 euros). Les travaux de voirie et la réfection des escaliers publics représentent un budget de 1,3 million d'euros.

Deux projets structurants concentrent l'essentiel de l'effort financier : la construction d'un nouveau groupe scolaire pour un coût total de 15,5 millions d'euros et la requalification de l'avenue Winston-Churchill pour 7,6 millions d'euros TTC. En 2026, près de 2 millions d'euros devraient être apportés par les partenaires publics pour soutenir ces investissements.

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L'opposition alerte sur les fragilités financières à moyen terme

Les groupes d'opposition ont rapidement exprimé leurs réserves concernant la trajectoire financière présentée. Gilbert Furlan (Cap Rocabruna) a pointé la chute préoccupante de l'épargne brute, qui passerait de plus de 6 millions à environ 1,4 million d'euros en trois ans, soit une division par quatre. «Ce n'est pas un ajustement, c'est un décrochage !», a-t-il alerté, soulignant que la commune perd progressivement sa capacité à financer ses investissements sur ses propres ressources.

Jean-Luc Delcroix (groupe Roquebrune au cœur) partage cette inquiétude, estimant que dès 2026, la commune ne financerait plus ses investissements par l'autofinancement mais par la consommation de son fonds de roulement. Cette évolution réduirait fortement les marges de manœuvre financières et pourrait conduire à des arbitrages contraints, comme une hausse des tarifs, une dégradation du service public ou une pression fiscale accrue.

Anthony Malvault (Protéger Roquebrune-Cap-Martin) a repris le terme de «prudence» utilisé par le maire, soulignant que la commune entre dans une période financière plus contrainte. Il regrette cependant «un manque de stratégie et de sécurisation», le modèle reposant beaucoup sur des subventions ou le fonds de roulement sans plan B clairement identifié.

Le maire défend une gestion saine et assume ses choix

En clôture des échanges, le maire Patrick Cesari a tenu à répondre aux critiques, notant que l'opposition reconnaissait tous une gestion financière saine ces dernières années. «J'ai parlé de rigueur et de prudence, car je suis parfaitement conscient que, dans les années à venir, les soutiens de l'État aux communes vont diminuer», a-t-il déclaré.

Le premier édile a également justifié sa décision d'engager une action en justice contre la suppression de la taxe sur les spectacles, qui représente à elle seule une perte de 600 000 euros en 2026 pour la commune. Cette démarche illustre la détermination de la municipalité à défendre les intérêts financiers de Roquebrune-Cap-Martin face aux décisions nationales impactant les ressources locales.