Métropole Nice Côte d'Azur : les frondeurs d'Estrosi récompensés parmi les 20 vice-présidents élus
Le premier conseil métropolitain de la Métropole Nice Côte d'Azur, présidé par le maire de Nice Éric Ciotti, s'est tenu ce jeudi 9 avril 2026 au Palais de la Méditerranée. Cette séance historique a vu l'élection des 20 vice-présidents de l'exécutif métropolitain, avec attribution de leurs délégations respectives. Un vote à bulletin secret a été organisé pour chaque nomination, révélant une composition politique diversifiée où les anciens « frondeurs » de Christian Estrosi occupent une place significative.
Une élection méticuleuse pour un exécutif élargi
L'élection des vice-présidents s'est déroulée un à un, nécessitant 132 votes distincts sur les 133 conseillers métropolitains, Christian Estrosi étant absent. Bryan Masson, maire RN de Cagnes-sur-Mer, a ouvert la marche en obtenant 94 voix pour devenir premier vice-président, délégué à la Coordination des politiques métropolitaines et à l'aménagement du territoire. Il succède ainsi à Louis Nègre dans cette fonction stratégique.
Françoise Souliman, première adjointe d'Éric Ciotti à Nice et ancienne préfète, a été élue deuxième vice-présidente avec 105 voix, en charge du Logement et des relations avec les services de l'État. Pierre Ippolito, adjoint niçois aux Entreprises, a quant à lui obtenu 109 voix pour la troisième vice-présidence, avec des délégations étendues à la Transformation métropolitaine, l'enseignement supérieur et l'aménagement de la plaine du Var.
Une représentation politique diversifiée
La liste des élus reflète la pluralité politique du territoire :
- Joseph Segura, maire LR de Saint-Laurent-du-Var (94 voix) : Activités portuaires et maritimes
- Anne Sattonet, maire de Vence (Nouvelle Énergie, 112 voix) : Politique de la ville et renouvellement urbain
- Jean-Marc Governatori (Écologie au centre, 98 voix) : Transition écologique, énergie et plan alimentaire territorial
- Xavier Beck (UDR, 99 voix) : Contractualisation avec l'État et collectivités locales
- Bertrand Gasiglia (110 voix) : Voirie métropolitaine
- Stanislas Polski (MRC, 97 voix) : Aménagement stratégique de la vallée du Paillon
Les délégations techniques complètent ce tableau avec Anaïs Tosel (Eau et assainissement), Stéphane Revello (Numérique et innovation), Antoine Véran (Agriculture et montagne), Lœtitia Loré (Ruralité et reconstruction des vallées), Pascale Guit-Nicol (Insertion et formation), Martine Barengo-Ferrier (Patrimoine), Colette Fabron (Stations de montagne), Olivier Riquier (Prévention des risques), Laurent Merengone (Mobilités), Cédric Cirasa (Déchets et propreté), et Marie-France Césari (Urbanisme et foncier).
La revanche des frondeurs
Parmi ces 20 vice-présidents, six appartiennent au groupe des « frondeurs » - ces 18 maires qui avaient refusé de signer la « charte de confiance » de Christian Estrosi en juillet 2024. Ce document engageait ses signataires à refuser toute alliance avec le Rassemblement national et La France insoumise, tout en soutenant systématiquement l'action métropolitaine.
L'épisode avait conduit Christian Estrosi à démissionner spectaculairement avant d'être réélu, dans ce qu'il présentait comme une manœuvre pour « clarifier » les positions face à son rival Éric Ciotti. Xavier Beck avait alors perdu sa vice-présidence, tandis qu'Antoine Véran, pourtant signataire de la charte, s'était vu retirer ses délégations en février 2025 après avoir assisté aux vœux d'Éric Ciotti.
D'autres anciens frondeurs comme Pascal Bonsignore (Aspremont), Julie Charles (Saint-Jeannet), Jean Merra (Saint-Sauveur-sur-Tinée) et Yanne Souchet (Roure) ont également obtenu des délégations, bien que sans titre de vice-président.
L'ère de l'apaisement selon Ciotti
« C'est le temps de l'apaisement », a insisté Éric Ciotti lors de son discours d'installation. Le nouveau président de la métropole a reconnu les divergences politiques avec certains vice-présidents, citant notamment Joseph Segura et Stanislas Polski, mais a justifié leurs nominations par leur importance territoriale et sa volonté d'ouverture.
« J'ai la volonté de présider cette métropole de façon ouverte, de façon non politicienne », a déclaré Ciotti. « La métropole, ce sont des compétences techniques. Bien sûr qu'il y a des choix politiques à faire, mais la plupart relèvent du bon sens, du pragmatisme. »
Le maire de Nice a également critiqué les pratiques de l'ancienne mandature : « Beaucoup de maires ont perdu toute responsabilité dans le précédent mandat parce qu'ils étaient mes amis politiques ou mes amis personnels. Il y a même des maires qui se sont vus retirer leur fonction de vice-président parce qu'ils s'étaient rendus à mes vœux. C'est des pratiques que j'ai condamnées, et c'est des pratiques que je n'appliquerai pas. »
Cette réorganisation marque ainsi un tournant dans la gouvernance de la Métropole Nice Côte d'Azur, avec un exécutif élargi qui intègre d'anciens opposants et privilégie, selon les mots de son président, « l'esprit nouveau » et « plus de pouvoir pour les maires ».



