Les maires octogénaires de Palavas et Uzès visent de nouveaux mandats records
Maires octogénaires de Palavas et Uzès visent nouveaux mandats

Les maires octogénaires de Palavas et Uzès visent de nouveaux mandats records

« Jean-Luc Chapon ? Bien sûr que je vais voter pour lui. Pourquoi ? Il y a un autre candidat ? » Cette réplique de Lucienne, 82 ans, résume l'attachement des habitants d'Uzès, dans le Gard, à leur maire sortant. Les 8 900 résidents de cette superbe cité médiévale pourraient bien accorder une nouvelle fois leurs suffrages dès le premier tour à l'insubmersible Jean-Luc Chapon, 84 ans, qui s'engage dans un huitième mandat.

Des candidats âgés mais passionnés

Pour répondre à Lucienne, oui, il y aura bien au moins un autre candidat : un ex-adjoint de 79 ans, mécontent que le maire sortant ne l'ait pas repris sur sa liste. « Au moins, il ne m'attaquera pas sur mon âge », s'amuse Jean-Luc Chapon. Mais pourquoi se présenter encore à un âge où d'autres aspirent à profiter de leur retraite ?

À ceux qui lui posent la question, l'élu dégaine une citation de Confucius : « Choisis un travail qui te plaît, et tu auras le sentiment de ne jamais avoir travaillé de ta vie. » « Pour moi, ajoute le maire, ce n'est pas un travail, c'est une passion. » Regarder les papys jouer aux boules, très peu pour lui. « S'il arrête la mairie, il meurt », soupire un de ses amis.

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Un autre indéboulonnable à Palavas-les-Flots

« J'ai 20 ans dans ma tête ! », jure, à 88 kilomètres de là, un autre indéboulonnable. Du même âge que Jean-Luc Chapon, à quelques jours près, l'ex-LR Christian Jeanjean repart lui aussi gaiement pour un tour, en briguant une nouvelle fois les suffrages des 6 100 habitants de la station balnéaire de Palavas-les-Flots, dans l'Hérault.

« J'ai une belle peau, je travaille bien, je ne suis pas fatigué. Je fais du sport, du vélo, du bateau, du jardinage. Je suis un homme heureux, et je me sens prêt à continuer ce boulot », proclame l'octogénaire, qui fêtera ses 90 printemps, si les électeurs le reconduisent, au cours de son septième mandat.

Des parcours politiques exceptionnels

Président du syndicat d'initiative à 25 ans, Christian Jeanjean a été élu pour la première fois conseiller municipal à 29 ans, avant de s'asseoir enfin dans le fauteuil de maire à 47 ans. Le quadra Jeanjean avait pris la place, à l'époque, d'un maire sortant vieillissant, qui venait lui-même d'enchaîner six mandats. Un fauteuil qu'il n'a guère quitté depuis.

Régulièrement élu et réélu dès le premier tour, son pouvoir n'a vacillé pour l'instant qu'une seule fois, en 2014 : battu au second tour à neuf voix près, son challenger divers droite a obtenu l'invalidation des élections. Viré de son bureau pendant trois mois, sous administration provisoire, Jeanjean a lavé l'affront en remportant haut la main le nouveau scrutin.

Des réalisations qui marquent les territoires

En trente-sept et quarante-trois ans de pouvoir, les deux octogénaires ont eu le temps d'imprimer leur marque sur leurs communes respectives. À Palavas-les-Flots, petite station entre mer et étang, nichée dans un mouchoir de poche, la principale réalisation de l'ère Jeanjean se voit depuis Montpellier : un ancien château d'eau transformé en restaurant panoramique tournant.

À Uzès, Jean-Luc Chapon a hérité, dans les années 1980, d'un centre ancien en piteux état. Il a surfé sur son classement en secteur sauvegardé, grâce à la loi Malraux, pour le rénover et lui donner ce cachet qui attire aujourd'hui dans la cité de riches retraités. L'élu a aussi doté sa petite ville, entre autres, d'une zone d'activités, d'une salle de spectacle, L'Ombrière, et d'une piscine intercommunale.

Les secrets de leur longévité politique

L'un des secrets de sa longévité ? Chapon, venu de l'UDF, et toujours au centre droit, ratisse large. Son premier adjoint est socialiste, son adjointe à la famille a été candidate aux élections européennes sur une liste écologiste, « et on trouve aussi autour de lui des gens très à droite », note un observateur. « On prend les gens sans regarder leur étiquette politique », sourit le maire.

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Les associations de la commune sont également largement représentées au conseil. Et Chapon n'oublie pas d'inviter sur sa liste le duc d'Uzès, Jacques de Crussol, dont le château jouxte l'hôtel de ville. « S'il est resté aussi longtemps à Uzès, c'est aussi parce qu'il n'a pas pu prendre le conseil général, et qu'il n'a pas été député ou sénateur », analyse un élu.

Une proximité exceptionnelle avec les administrés

Ont-ils vraiment besoin de faire campagne, ces deux élus qui connaissent quasiment chacun de leurs administrés ? « Tout le monde a mon numéro de téléphone, assure Jeanjean. Les gens m'appellent même la nuit s'ils ont un problème. » Quant à Chapon, il reçoit personnellement chaque matin, dans son bureau du rez-de-chaussée de la mairie, les Uzétiens qui le sollicitent.

Imaginer un autre à leur place ? Impossible. À Palavas, Christian Jeanjean n'est visiblement pas pressé de céder éventuellement un jour la place à son fils Jérôme, avocat, conseiller municipal et futur colistier. « Mon fils a beaucoup de travail, élude l'élu. Mais il fait ce qu'il veut, s'il veut se présenter un jour, il a le tempérament, il en est capable. » On a connu soutien plus enthousiaste.

À Uzès, Jean-Luc Chapon a cédé en 2020 la présidence de la communauté de communes à l'ex-député socialiste Fabrice Verdier, qu'il a également nommé premier adjoint. Chapon assure bien s'entendre avec Verdier et lui déléguer largement... mais entend bien conserver son fauteuil de maire jusqu'en 2032. Qui considère-t-il comme son dauphin ? « Celui qui me remplacera, c'est celui qui aura le mieux joué », glisse le maire. Qui promet que, cette fois, juré, c'est son « dernier mandat ». On n'est pas obligé de le croire.