Le quotidien surchargé des maires de petits villages : une réalité méconnue
Maires de petits villages : un quotidien surchargé et méconnu

Le quotidien intense des maires de villages minuscules

À quoi ressemble véritablement la vie d'un élu qui administre une commune de quelques dizaines d'habitants seulement ? À l'approche du premier tour des élections municipales, nous avons rencontré plusieurs maires de très petites communes qui décrivent une réalité bien éloignée des clichés sur la tranquillité supposée de leur fonction.

Une disponibilité permanente pour les administrés

Est-il réellement plus facile de gérer une ville de 80 000 habitants ou un village de 80 âmes ? La première impression pourrait laisser croire que les difficultés sont proportionnelles à la taille de la population, et qu'il serait donc plus reposant d'être maire d'une petite commune. Pourtant, après avoir échangé avec plusieurs élus à la tête de minuscules villages, on comprend que le maire d'une grande ville n'aurait aucune raison d'échanger son poste avec l'un de ses homologues des petites communes. Certains suggèrent même que les maires des grandes villes pourraient être plus tranquilles !

Direction le sud de la Charente-Maritime, entre Jonzac et Montendre, dans l'une des plus petites communes du département. Le Pin compte exactement 72 habitants, une église, un cimetière et des vignes à perte de vue. Christian Salah, 76 ans, maire de cette commune, pourra bientôt reprendre une vie normale après son mandat. « Lire et marcher », espère-t-il simplement. Ce retraité, qui fut également premier adjoint lors du mandat précédent, a décidé de ne pas se représenter.

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« On est toujours sur le pied de guerre »

Mais à quoi ressemble le quotidien d'un élu qui a donné son numéro de téléphone personnel à presque tous ses administrés ? Administrer un village de poche signifie-t-il qu'on ne s'occupe que de problèmes minuscules ?

« Les gens ne s'imaginent pas la réalité. Le maire, c'est la première personne qu'on appelle au moindre problème : un chien qui divague, la fumée du voisin, un fossé qui déborde, un arbre qui tombe sur la route. La semaine dernière, la gendarmerie m'a appelé pour un différend conjugal, le mari avait porté des coups sur sa femme. J'y suis allé personnellement parce que je les connais bien. La même semaine, un autre habitant a cherché des noises à son voisin. On est constamment sur le pied de guerre. C'est presque un emploi à temps plein. Franchement, je ne sais pas comment font ceux qui parviennent à garder une activité professionnelle en parallèle », raconte Christian Salah, ancien artisan menuisier.

Dans ces petites communes comme ailleurs, les conflits de voisinage ne manquent pas. Il faut également poser des panneaux sur la chaussée pour prévenir des risques, participer à toutes les réunions intercommunales, prendre rendez-vous avec les syndicats pour les futurs chantiers d'écoulement des eaux pluviales... La liste des responsabilités est longue et variée.

Des budgets limités pour des responsabilités étendues

Claude Boisselet, maire de Givrezac depuis vingt-cinq ans, décrit un agenda tout aussi chargé. Ce bourg situé dans le canton de Pons se résume à un petit pâté de maisons habité par 75 personnes, entouré de champs à perte de vue. « Il faut gérer le quotidien et tout ce qui peut nuire à la collectivité. Ce matin, je suis arrivé à la mairie, une personne m'attendait déjà pour me demander de classer la commune en catastrophe naturelle suite à la canicule de 2025. Dans l'après-midi, il faut retrouver les propriétaires qui se sont volatilisés d'une caravane en état de délabrement sur un terrain envahi de ronces. Un autre jour, je suis sur le tracteur pour broyer des déchets verts ou je passe le balai pour nettoyer le bourg », énumère sans se plaindre cet élu de 76 ans, ancien agriculteur.

À Givrezac, on est très loin des budgets mastodontes des grandes villes. Le village dispose d'une enveloppe annuelle d'environ 110 000 euros seulement. « Pas de quoi lancer trente-six projets simultanément. Mais nous avons tout de même réussi à refaire la salle des fêtes, rénover l'église classée, moderniser la mairie et créer un logement à louer. Parmi les projets en cours, nous prévoyons la réhabilitation de certains espaces du cimetière », résume Claude Boisselet qui s'apprête lui aussi à raccrocher l'écharpe tricolore.

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La crainte de disparaître de la carte

Bernard Caillaud, maire de Villemorin et ses 130 habitants dans les Vals de Saintonge, se montre un peu plus pessimiste quant à sa marge de manœuvre. « À petites communes, petits moyens », résume-t-il. Avec un budget qui tourne également autour de 100 000 euros, il estime que les temps ont radicalement changé et « que des villages comme Villemorin ne peuvent plus faire grand-chose aujourd'hui. Il y a trente ans, nous avons rénové la mairie et l'église. Ce qui nous a véritablement tués financièrement, c'est la suppression de la taxe d'habitation. Cette mesure nous a fait perdre 20 000 euros de recettes annuelles. Aujourd'hui, nous nous contentons surtout de colmater les brèches », assure l'élu qui ne souhaite pas se représenter.

Une inquiétude commune émerge chez tous les maires interrogés : la peur de voir leur commune purement et simplement rayée de la carte. À Givrezac, cette crainte constitue l'une des batailles principales de Claude Boisselet qui refuse catégoriquement d'envisager une fusion et défend avec conviction un modèle précieux de démocratie locale.

« L'objectif affiché du gouvernement, c'est de regrouper les plus petites communes pour réaliser des économies, alors que c'est exactement le contraire qui se produit dans la réalité. C'est pourtant une bonne chose de prendre des décisions au plus près du terrain. Nous avons le sentiment très net qu'on cherche à nous faire disparaître progressivement. Un territoire sans petites communes, aussi minuscules soient-elles, c'est comme une plante sans racines, cela ne peut tout simplement pas fonctionner durablement », conclut avec émotion l'agriculteur à la retraite.